La Nouvelle Tribune : Comment se porte l'activité de verres optiques au Maroc?
Benito Cazal : Il est difficile de connaître les réalités du marché des verres optiques au Maroc. En effet, d’une part, le marché «noir» empêche d’y voir clair et d’autre part, aucun organisme ou association professionnelle n‘établit de statistiques, en partie à cause de la réticence des acteurs à livrer les leurs. Cela étant, nous estimons que le marché marocain représente 1.750.000 verres par an avec une croissance actuellement de 5% à 7% en unités.
Quelle est la part de marché de Indo Maroc?
Nous serions incapable d’évaluer notre part de marché en ce qui concerne les verres de série. Nous savons que nous sommes leader en verres progressifs et nous estimons qu’un verre de ce type sur trois, vendu au Maroc sur le marché formel, est produit par Indo.
Parlez nous de votre développement, votre activité à l'export,...?
A partir du mois de mai, Indo Maroc surfacera et traitera une partie des commandes de verres optiques émanant d’opticiens européens, et ce, sur les mêmes lignes de production que celles sur lesquelles sont réalisés les verres destinés aux opticiens marocains. Nos procédures de fabrication locales sont, depuis nos débuts au Maroc en 1993, les mêmes que celles appliquées dans nos laboratoires européens ou américains. Nous allons donc multiplier notre capacité locale de production par sept afin de servir les opticiens européens.
Quelle est la particularité de Indo Maroc par rapport à ses concurrents sur le marché Maghreb ?
Nous sommes la seule multinationale du secteur directement installée au Maghreb. Les autres sociétés du monde de l’optique sont, soit des importateurs de verres fabriqués à façon en Europe, soit des fabricants indépendants qui importent des semi-finis, soit, encore, des distributeurs de verres fabriqués en Asie. En produisant, au Maroc, dans le cadre des procédures de notre groupe, nous sommes capables d’offrir une qualité européenne à des prix raisonnables et avec des délais «ultra courts».
Et au niveau du marché Afrique, Indo a-t-il des ambitions? Votre expérience «marocaine», va-t-elle être déterminante pour mieux appréhender ces nouveaux marchés domestiques?
Notre groupe vient de nous assigner la responsabilité d’ouvrir et de gérer de nouveaux marchés sur toute l’Afrique. Nous avons déjà démarré notre distribution en Algérie depuis fin 2006. 2007 constitue un challenge en matière d’export. Nous devons devenir à terme, une tête de pont entre l’Europe, l’Afrique du Nord et le reste du continent. L’équipe marocaine est aujourd’hui parfaitement à même de mettre en place et de gérer des accords avec des distributeurs locaux dans d’autres pays d’Afrique, du Sénégal à l’Egypte. Nous aurons, comme au Maroc, l’avantage de produire et de commercialiser des verres de qualité européenne à des tarifs avantageux.
Dans cette perspective, les accords de libre échange entre le Maroc et les USA, par exemple, vous ouvrent-ils les portes du marché américain?
Comme je l’ai dit, nous entrons cette année dans le réseau d’approvisionnement européen global de notre groupe. Il serait effectivement logique de penser que si ce projet se déroule correctement, qu’il est rentable, nous pourrions, un jour, profiter de l’ALE avec les Etats Unis. Néanmoins, pour l’instant, cela n’est pas d’actualité et nous nous concentrons sur notre projet Europe et notre projet Afrique.
Au rayon des nouvelles gammes de produits, dans un segment d'activité très dense, qu'en est-il pour Indo?
Nous offrons depuis peu, en plus des verres progressifs conventionnels, une gamme de toute dernière génération (verres LifeMade). Grâce au programme de recherche « Ergoprog », mené pendant cinq ans en collaboration avec le Centre de Biomécanique de Valence en Espagne, relatif au comportement visuel, Indo a établi des géométries de verres progressifs spécialisées qui intègrent certains facteurs humains afin d’optimiser le confort et de procurer une adaptation quasi-immédiate. Autrement dit, Indo sort dans quelques semaines le verre organique le plus fin du monde, avec un indice de réfraction de 1.76 jamais atteint auparavant.
Entretien réalisé par
Rachid Hallaouy
Qui «entretient» l’activité informelle au Maroc ?
«Il y a informel et ventes non déclarées. Ce sont deux choses différentes. L’informel est composé d’opticiens non diplômés. Les ventes non déclarées représentent une part non négligeable du marché. Ce qui nous gène, ce n’est pas tant l’existence d’opticiens non diplômés. Cela dit, le marché est ainsi fait et nous n’avons pas pour mission de le réformer, même s’il nous plait de savoir que nous participons, du côté de l’offre locale, à son évolution en tirant le standard de qualité vers le haut» déclare M. Benito Cazal. Et d’ajouter : «l’assainissement du marché, que ce soit pour ce qui est de l’informel ou pour les ventes non déclarées, vient aussi du développement d’enseignes étrangères et marocaines, comme par exemple Lynx, Lissac ou Visalis. En conséquence, nous tenons à être au plus près de ces enseignes.
Carte de visite
Indo est un groupe Espagnol du secteur de l'optique et de l'ophtalmologie : verres optiques, lunettes de soleil. La société existe depuis 69 ans et son siège est à Barcelone. Elle possède des centres de productions en Espagne et dans la plupart des pays européens, en Chine, en Thailande, au Maroc, aux Etats-Unis et au Chili. Elle exporte sur 80 pays et compte 1800 collaborateurs. Indo cote au premier marché à Madrid. Elle fabrique et distribue des marques prestigieuses de montures telles que Paco Rabanne, 212 ou Massimo Dutti. Indo est installé au Maroc depuis 1993.