La Nouvelle Tribune : Dans quel cadre votre travail de recherche s’est-il inscrit ?
Tarik Malki : Après avoir travaillé au département international au sein de la BMCE Bank durant deux ans, j’ai décidé de mettre le cap sur le Canada pour préparer un MBA. Ainsi, durant cet « exil », j’ai effectué un travail de mémoire et de recherche sur les pays à risques. A cette époque, mon professeur me conseillait de m’appuyer sur ces travaux pour faire une étude spécifique de mon pays d’origine, lors de mon retour au Maroc.
A quel moment avez-vous démarré vos investigations et comment ont-elles été conduites?
A partir de l’été 2004, et ce jusqu’au printemps 2005, soit 9 mois de travail acharné. Durant ce laps de temps, j’ai rencontré près de 170 filiales d’entreprises multinationales présentes au Maroc sur l’axe Tanger/Rabat et celui de Marrakech/Agadir. C’est au travers d’un canevas de questions très précis, sous la forme d’un sondage d’opinion, que j’ai interpellé un échantillonnage d’opérateurs économiques, oeuvrant dans des secteurs d’activités différents.
Qu’est-ce qui ressort de cette étude ?
Principalement que les dirigeants d’entreprise ont une bonne perception du Maroc au niveau du risque politique encouru. Ils se félicitent du travail entrepris par l’Office des Changes et la possibilité de convertir 100% des profits, du libre transfert des capitaux. En outre, ils ont souligné l’avantage que représente le coût du marché de l’emploi, une meilleure qualification des ressources humaines et la volonté politique affichée de lutter contre le fléau de l’informel, du piratage, qui commence à porter ses fruits.
De plus, ils saluent les grands programmes économiques comme le plan Emergence, Azur, la Charte de l’investissement, la réforme du cadre règlementaire, les accords de libre échange,… Selon eux, cela contribue à une meilleure visibilité.
Et les aspects…négatifs ?
Le social. Les chefs d’entreprises sondés ont une mauvaise appréciation de l’environnement social, il s’inquiètent de l’évolution du pays, s’interrogent sur l’Initiative nationale de développement humain, son impact,… En outre, ils se sont montrés particulièrement critiques quant au nouveau code du travail et sa rigidité. Ils ont mis en avant l’indice de rigidité élevé concernant par exemple, le coût du licenciement.
Au niveau purement économique, ils déplorent l’inexistence d’un modèle économique global et fédérateur ainsi que d’une stratégie multisectorielle qui serait chapeautée par un ministère de l’Economie car ils font remarquer des dysfonctionnements majeurs sur le plan de la gouvernance. D’autre part, ils regrettent que la fiscalité soit inadaptée, le coût du fret élevé, un des plus chers au monde, la faible compétitivité des matières premières, le peu de profondeur du marché intérieur, les déficits en infrastructures,…
Comment réagissez-vous à ces «critiques», à cet état des lieux, dressé par de grands opérateurs économiques sur votre pays?
Mon propos n’engage que ma personne car je ne prétends pas être représentatif de la population. Cependant, force est de reconnaître que des avancées notables voire exceptionnelles ont été enregistrées ces dernières années. Je ne citerai que les produits disponibles à la consommation, le secteur de la distribution, des médias,…
Je partage leur vision, il y a effectivement des problèmes réels, structurels, auxquels nous devons impérativement nous attaquer.
Et au rayon des propositions que vous auriez à formuler pour améliorer la donne ?
Il faudrait segmenter le marché de l’investissement en accordant des incitations financières, créer une agence de la promotion de l’investissement automne (API) directement rattachée au Premier ministre, dont la mission serait de mettre en place une stratégie commerciale proactive de ciblage de l’investissement. Pour cela, nous devons nous donner les moyens de nos ambitions. Trois millions de Dh de budget, c’est largement insuffisant, 30 millions de Dh seraient plus réalistes. Autre priorité, celle de confier cette mission à des cadres supérieurs formés en marketing et non à des fonctionnaires car les premiers cités seront beaucoup plus performants, ils ont une approche «entreprise» avec tout ce que cela véhicule et exige comme obligation de résultats.
D’autre part, le cadre réglementaire doit être modernisé avec un cadre d’arbitrage qui permettrait de désengorger les tribunaux qui croulent sous les tonnes d’affaire, de litiges commerciaux et autres, je pense également au code des impôts qui se doit d’être rafraîchi au plus vite.
Entretien réalisé par
Rachid Hallaouy