Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Economie
La corruption continue de gangrener l’activité !

Auteur :

Considérée comme l’un des pondérateurs déterminants de l’attraction d’investissements directs étrangers (IDE), la corruption, combattue sans complaisance ces dernières années, continue de faire de la résistance.

La corruption est-elle actuellement réduite à sa moindre expression ? Difficile à dire. Il est clair que l’afflux, de plus en plus, important des investissements directs étrangers (selon la CNUCED, ce sont 2,9 milliards de $ en 2005, 1,07 milliard de $ en 2004, 2 milliards de $ en 2003, et une année 2006 sur une bonne lancée dépassant déjà de +2% le montant de l’année dernière), inversement proportionnel à la montée de la corruption, reste assez éloquent. Cependant, il reste légitime de se demander si cette légère amélioration est perçue dans les différentes structures, notamment au niveau du Secteur Public, d’autant que le dernier classement de Transparency International a restitué une dégringolade à la 78ème place en 2004, après un 44ème rang en 1999. Allant dans le même sens, M. Abdesselam ABOUDRAR, Président de la commission de lutte contre la corruption de la CGEM, soutient un sentiment de recrudescence chez les opérateurs (Voir Trois questions).
Du point de vue du visible, effectué suivant un “ Hara ” flagrant, vu que la pièce ou le billet glissé se font de moins en moins discrets, la corruption subie ou entretenue par les professionnels des transports est moins lourde. Certains ont tout de même déploré la fréquence plus élevée des pièces de cinq Dh (vous avez bien lu, 5 Dh !) remis à des agents véreux.
Sur un tout autre registre, notamment à la Maternité de l’hôpital Ibn Rochd, Mustapha, qui attend l’accouchement de son épouse, affirme que ceux qui ne donnent pas le bak’chich voient leurs malades maltraités. “ Si tu refuses d’arroser le personnel, on ne s’occupe de ton malade qu’en cas d’extrême urgence ”, souligne-t-il. Sur place, plusieurs fois, des témoignages se sont recoupés sur cette petite corruption. 
Dans tous les cas, les agents économiques sont unanimes pour soutenir qu’il n’y a pas corruption sans corrupteurs. Cette dame n’y est pas allée par quatre chemins. Lorsque je brûle un feu, dit-elle, je préfère casquer 50 Dh plutôt qu’une contravention de 400 Dh, au moins. Quant à savoir à qui profitera cette somme, est-ce un manque à gagner pour le Trésor public …, c’est le moindre de ses soucis. A l’hôpital, un jeune père de famille a pratiquement soutenu le même discours. De son avis, ce sont les gens, qui, de leur propre chef, décident de remettre une certaine somme au personnel soignant, pour qu’il s’occupe bien de leurs malades ! Parmi ceux qui m’ont tenu ce discours, à qui j’ai rappelé qu’ils sont payés pour ce travail et à qui j’ai demandé ce que feraient ceux qui n’ont pas les moyens de donner du bak’chich, il y en a qui ont haussé les épaules avec une moue de désintéressement...

Synergie, solidarité et autre organisation

Si l’on considère le cas de la Maternité à l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca, le système de fonctionnement de la maternité veut que la fourniture des médicaments soit prise en charge, de moitié, par l’établissement hospitalier et les patients. C’est du moins ce qu’a avancé un agent, qui a requis l’anonymat. Il a poursuivi, signifiant que des mécènes ou des médecins viennent en aide à ceux qui sont indigents. Il arrive même que ce soient d’autres patients, ayant des médicaments en sus, et qui partagent la même chambre ou le même couloir, qui leur donnent un coup de main. C’est une solidarité agissante, dit-il.
Pour en savoir davantage, nous nous sommes rendus auprès du Professeur Bouhya, Chef de Service à la ligne 8, Département Gynécologie Obstétrique au sein du même Hôpital. Il nous a dit distinctement que différents cas peuvent se présenter. Dans certaines situations, les médicaments sont disponibles. “ Par contre, il se peut que, pour une urgence, nous soyons obligés de puiser dans les excès de médicaments d’autres malades ”, a t-il tenu à préciser.
 Voulant situer la problématique sur un tout autre registre, il a insisté sur le fait que la population considère la grossesse comme physiologique et tout à fait normale, or ce n’est pas toujours le cas. Ce qui explique toute la panique qui l’entoure , c’est qu’en arrivant à l’hôpital, c’est souvent trop tard a-t-il ajouté. Pour dépasser ce qu’on pourrait appeler la corruption inutile, le Chef de Service du Département Gynécologie Obstétrique, assure qu’il est important de mener une campagne de sensibilisation pour faire comprendre aux citoyens que la grossesse n’est pas toujours quelque chose de banal, elle doit être suivie. Quant aux moyens chirurgicaux et médicamenteux, une meilleure coordination et une synergie entre les différents hôpitaux du pays permettraient une assistance plus performante des patients, conclut-il.
Peut-être pourra-t-on dupliquer ce cas sur les autres organismes où faut-il graisser la patte pour obtenir telle ou telle autre autorisation.
Quant aux moyens coercitifs à mettre en place pour atténuer la corruption, les observateurs plaident pour une plus grande efficience des structures existantes, telles que l’Inspection Générale des Finances et la Cour des Comptes, une fois mieux affranchies et dotées de moyens, qui serait fort percutante. Aussi, une campagne de lutte soutenue, dans le style du marketing social sur la prévention routière, et enfin la signature de la Convention de l’ONU contre la Corruption, serait un sérieux support où pourraient s’appuyer tous ceux qui luttent contre ce fléau. Avant tout, les opérateurs militent pour une plus forte répression et l’établissement de codes d’éthique et de vigilance.                    

D. MB.


Trois questions à M. Abdesselam Aboudrar

La Nouvelle Tribune : Constatez-vous aujourd’hui une baisse ou une recrudescence de la corruption dans les différentes franges de la population ?
M. Abdesselam Aboudrar : Malheureusement, en matière de corruption, on ne peut mesurer que des perceptions. La question n’étant plus taboue, les opérateurs font plutôt part d’un fort sentiment de recrudescence.

Quelles seraient les mesures adéquates, en termes de motivations salariales, ou de coercition, pour tendre à une corruption zéro ?
La corruption zéro n’existe nulle part. Mais il y a des démarches pour la faire reculer qui ont fait la preuve de leur efficacité dans nombre de pays. Elles allient la prévention (transparence des règles, suppression des monopoles, limitation et encadrement des pouvoirs discrétionnaires, “ accountability ” et contre-pouvoirs…) et la répression (lutte contre l’impunité, protection des dénonciateurs…).
Au niveau de votre association professionnelle, quelles actions entreprenez-vous, ou envisagez-vous de mener, pour lutter efficacement contre ce fléau?
L’action de la CGEM part de l’idée communément admise aujourd’hui que la compétitivité exige rigueur financière, technique, managériale mais aussi éthique. Cette dernière doit s’exercer au niveau de l’entreprise elle-même (codes d’éthique et vigilance), de son secteur d’activité, niveau le plus porteur (pactes et coalitions anti-corruption), et de l’ensemble du marché (appui des efforts des pouvoirs publics et de la société civile pour un système national d’intégrité).

Propos recueillis par
Daouda MBaye



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com