Trop d'impôts tue la croissance! C'est admis. Ce qui est nouveau, c'est qu'actuellement la contestation se situe à la base. De plus en plus, le salarié ou le citoyen lambda, n'hésite pas à élever le ton et à fustiger le taux de l'Impôt sur le Revenu (IR), jugé exorbitant.
C'est contraire à ce qui est généralement vécu, et qui veut que ceux qui déplorent la pression fiscale soient uniquement composés de la corporation d'entreprises, donc de personnes morales. Toujours est-il que l’Impôt sur le Revenu s’applique aux revenus et profits des personnes physiques et des personnes morales n’ayant pas opté pour l’Impôt sur les Sociétés (IS).
Pris individuellement ou réunis en groupe, les citoyens n'hésitent pas à s'entretenir longuement avec quiconque sur le sujet, pour peu qu'il en manifeste l'intérêt. C'est presque d'une seule et même voix que tous mes interlocuteurs ont exprimé leur ras-le- bol. Certains se sont empressés de bien signifier leurs préoccupations pour apporter leur pierre à l'édifice d'un Maroc moderne qui se développe. L'un d'eux, un peu plus âgé, n'a pas hésité à remonter jusqu'au PTS, le Prélèvement sur les Traitements et Salaires, supplanté par l'IGR (Impôt Général sur le Revenu) devenu aujourd'hui l'IR.
Les rectificatifs apportés aujourd'hui sont donc bienvenus, soulignent ces agents de la compagnie de transport interurbain Mdina Bus, en mouvement devant leur siège pour non paiement de salaire. Néanmoins, comme la plupart de nos sondés, ils trouvent qu'il était temps (Voir témoignages en encadré).
Les ravages d'un taux
Avec la perte de leur pouvoir d'achat, les citoyens interrogés se sont mis à tirer à boulets rouges sur les taux de l'IR, qu'ils jugent trop élevés. Pourtant, d'après plusieurs informations qui se recoupent, de nouveaux aménagements seraient en gestation… On s'attend à une légère baisse, vu que le taux marginal de 44% serait ramené à 40% (de 60.001 Dh à 120.000 Dh) et 42% (au-delà de 120.000 Dh), et la tranche exonérée passerait de 1.666,66 Dh par mois à 2.000 Dh par mois. Ces réajustements coûteraient à l’État quelque 3 milliards de Dh, estime-t-on. Ramener les taux à des niveaux plus acceptables, surtout faire en sorte que celui de l'IS soit supérieur à celui de l'IR est prôné, entre autres, par M. Kettani (Voir trois questions), permettrait de limiter la problématique.
Mais les effets néfastes d'un taux élevé sont beaucoup plus importants, selon cet opérateur qui avoue que cela l'a tout simplement amené à "tricher" pour contourner la loi. Le couple de cadres étrangers, qu'il emploie, reçoit une partie ridicule de leur salaire sur bulletin de paie, tandis que le reste est payé au noir, notamment avec le concours du compte courant d'associés. Le manque à gagner pour les recettes de l'Etat peut être énorme si de telles pratiques se multiplient.
M. Bennis, Gérant de Ipx Sodexi, avance de son côté que: " 44% est un taux trop élevé, qui, de surcroît, empêche d'embaucher des cadres!". A ce niveau les différentes lignes de crédit pour la modernisation compétitive, ne servent les employeurs qu'en partie, souligne M. Karim T., cadre. Au lieu d'embaucher des cadres qui pourraient porter le management vers des performances plus acceptables, les PME-PMI, puisqu'elles sont les principales concernées, se rabattent sur des cadres moyens, qu'elles préfèrent former sur le tas. La raison est souvent vite trouvée, les cadres coûtent chers à l'entreprise, à cause de l'IR, nous a-t-on très souvent souligné.
Il se trouve que ce n'est pas seulement la consommation qui est malmenée, même l'investissement en pâtit. On peut le comprendre, dans la mesure où il est admis que les détenteurs de capitaux comptent les placer dans des pays où la pression fiscale est moins forte, afin de les optimiser.
Daouda MBaye
Trois questions à M. Hamza Kettani, PDG de Lamel Polyvent Maroc
La Nouvelle Tribune: Aujourd'hui le taux de 44% est décrié presque à l'unanimité. Qu'en pensez-vous?
M. Hamza Kettani: Il ne faut pas y aller par quatre chemins. L'Impôt Général sur le Revenu (NDLR: aujourd'hui, IR) est trop lourd dans ce pays pour créer une classe moyenne, à même de sécuriser l'économie. Est-il normal que les sociétés paient 35% d'IS et qu'un salarié paie 44% d'IR?
Quels ajustements seraient plus adéquats pour relancer la consommation?
Normalement on devrait avoir un impôt pour la tranche supérieure sur le revenu des personnes physiques inférieur à celui de l'IS, en termes de taux. Malheureusement c'est le contraire qui se passe. La tranche de 24.000 Dh exemptés d'impôts était plausible, il y a dix ans. Maintenant, elle gagnerait à être revalorisée en fonction du coût de la vie. Aujourd'hui on devrait être autour de 35.000 Dh exonérés d'impôts.
De part vos expertises sur l'international, pouvez-vous confirmer des liens entre l'IGR et l'investissement aussi bien en capitaux qu'en cadres?
Le benchmark dont vous parlez, il est tout fait. On devrait avoir un taux maximum d'IGR inférieur à celui de l'IS. Avec de tels niveaux d'imposition, tout s'enclencherait, aussi bien les investissement en capitaux qu'en ressources humaines, pour asseoir une croissance forte.
Propos recueillis par
D. MB.