Interrogations aux Décideurs :
-Jusqu’à présent le Maroc était une exception, vous attendez-vous à de tels événements dans vos hypothèses ou business-plan?
-Quels impacts peuvent-ils avoir sur l’activité de votre secteur ou plus généralement sur l’activité économique?
-Comptez-vous mettre en place une stratégie pour contrecarrer d’éventuels effets néfastes?
-Pour assurer la pérennité des contrats et autres commandes de l’étranger y aura-t-il des actions à entreprendre?
-Peut-on avancer que la marche en avant, entamée se poursuit de plus belle?
M. Hassan Chami, Président de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM)

Notre espoir est que ce ne soit qu’un accident.
Dans tous les cas nous mettrons tout en oeuvre, de concert avec toutes les forces vives de la Nation, afin de dépasser cet écueil (Voir Encadré). Nous nous sommes réunis au sein du Comité National du Patronat Marocain afin d’envisager les voies permettant de répondre à cet acte odieux. Il ne faut pas se voiler la face, car un acte comme celui-là laisse des traces qui seront plus ou moins pérennes suivant la façon d’y répondre.
Aujourd’hui, plus que jamais nous continuerons de nous mobiliser autour de la modernisation du Maroc. Ce qui vient de se passer prouve que le rythme de la modernisation du pays doit être accéléré. Pour éviter toute confusion de genres, nous mènerons des actions médiatiques et plus concrètement sommes en train de contacter les organisations patronales partenaires d’autres pays pour expliquer aux investisseurs internationaux de juger le pays sur pièce. Après cet événement, nous devons renforcer notre engagement à œuvrer pour le développement économique et social du pays. Cela passerait par une réduction drastique des délais pour élaborer le Code du travail, achever la réforme de l’Administration, du système judiciaire...
M. Mohamed Alaoui, Vice-Président de l’AMITH et Président de la Section de Rabat.
C’est normal qu’il y ait un effet destabilisateur, puisque c’est la première fois que cela arrive. Le Maroc a toujours joui d’un climat sécuritaire, c’était d’ailleurs un de nos arguments.
Pour gérer la crise il y a beaucoup de travail à faire, sur le plan médiatique, tant aux niveaux de notre association (AMITH) qu’individuel pour redonner la confiance. Ce n’est pas que la confiance a été perdue mais elle a été quelque peu égratignée.
Déjà, je ne pense pas que les donneurs d’ordre habituels, qui connaissent bien le Maroc, ne seront pas touchés. Mais vu qu’au niveau de l’AMITH nous avons entamé une nouvelle stratégie, et nous revenons d’ailleurs d’un Salon qui s’est déroulé la semaine dernière en France. De la promotion y a été faite pour attirer de nouveaux donneurs d’ordre. Vis-à-vis de ces derniers le problème va se poser.
Quoi qu’il en soit, le meilleur exemple qu’on peut donner c’est que ceux qui travaillent déjà sur le Maroc développent leurs affaires. C’est important et cela peut rassurer les nouveaux arrivants. Vous savez que la région de Rabat est essentiellement tournée vers la Grande Bretagne. Il y avait quelques inquiétudes avant la guerre du Golfe par rapport aux investisseurs britanniques. Nous les avions alors reçus et avions organisé des rencontres avec les autorités locales qui les avaient rassurés. En témoigne le lancement d’une importante plate-forme par le groupe Velmore. Il est bien entendu que ce qui vient de se passer peut être considéré comme un élément déstabilisateur, mais nous espérons que cela s’arrêtera là et qu’il n’y aura pas d’autres attentats.
Nous ne pensons pas, en définitive, que ceux qui travaillent déjà avec le Maroc soient destabilisés. Ce qui est important de savoir c’est qu’au Maroc la sécurité fait partie des priorités du Gouvernement.
M. Mouhid, Directeur du Conseil Régional du Tourisme de Casablanca
Aucun Marocain ne pensait que des éléments de quelque mouvance que ce soit puissent commettre des actes aussi odieux et barbares sur le sol national et atteindre des innocents. Cela ne fait pas partie de nos traditions, encore moins des valeurs que nous défendons. Cela prouve que le Maroc n’est pas à l’abri de ce qui se passe à l’extérieur quelles que soient les mesures prises. Si on parle de mondialisation économique, présentement nous sommes entrés de plain-pied dans la globalisation terroriste. C’est cette dernière qui a touché hier Bali, Ryad, (...), a atteint aujourd’hui Casablanca, et peut aller demain à n’importe quel autre endroit dans le monde (Djerba en Tunisie, par exemple). C’est une leçon de laquelle nous devons tirer énormément d’enseignement. Ce qui est rassurant, c’est que le Maroc est debout et les Marocains sont plus solidaires que jamais. Les Marocains sont aujourd’hui plus soudés que par le passé. C’est certes un événement malheureux et regrettable, mais il a permis de souder la population. Les attentats ont permis de faire comprendre qu’une liberté n’est pas quelque chose d’acquis ni d’avance ni de manière définitive.
Au niveau touristique, nous avons été à la fois extrêmement surpris et grandement confortés que l’ensemble des pays européens aient à la fois bien réagi et compris que tout ceci est à l’échelle internationale et ne doit pas être imputé au Maroc ou à la culture marocaine ou aux valeurs du pays.
Relativement aux réservations, nous n’avons pas enregistré d’annulations substantielles. A l’heure actuelle, il ne s’agit que de quelques dizaines dont les auteurs n’ont pas encore saisi ce qui se passe réellement. Donc nous sommes très confiants. Néanmoins nous sommes conscients de la tâche qui nous attend, car nous avons un travail fondamental de communication à mener pour expliquer que Casablanca est une ville économique ouverte, plaisante et tolérante, qui garde toujours l’image d’un dynamisme économico-social.
Tous les professionnels de Casablanca se sont réunis dans la matinée du samedi, en cellule de crise pour surmonter cet écueil.
Nous sommes en train de mettre en place une batterie de mesures en termes de communication, de promotion et d’organisation de procédures en interne et en externe. Des dispositions sont également prises sur les plans social, sécuritaire, réglementaire..., et sur les incidences économico-sociales qui peuvent toucher éventuellement le secteur, mais nous sommes très sereins parce que notre conviction s’est retrouvée renforcée et notre mobilisation ragaillardie.
La marche en avant se poursuit plus que jamais. Et les décideurs de tous bords sont fermement mobilisés pour barrer la route et contrecarrer toute action visant à nous destabiliser (nos valeurs, nos libertés...). A l’heure où nous nous entretenons, tous les professionnels sont réunis en Comité Permanent de Suivi, ici à Casablanca, et sont soudés plus que jamais. Cela prouve que les Marocains sont confiants et persuadés qu’il faut aller de l’avant.
M. Mezouar, Président de l’AMITH

Nous restons sereins mais vigilants. De toutes les façons la destination Maroc est incluse dans le dispositif d’approvisionnements de beaucoup de pays.
Ce n’est pas parce qu’il y a des événements de ce type que la confiance va être retirée au Maroc. Tout le monde est parfaitement conscient de ce qui se passe et que le Maroc a été une cible. Tous les opérateurs de ce secteur doivent passer un message qui rassure, qui est de vérité. La preuve c’est qu’au lendemain des événements les gens circulaient normalement et la vie continuait de la manière la plus naturelle.
Au sein de l’Amith, nous mettrons en place une cellule de veille pour suivre et pouvoir réagir rapidement, au coup par coup, au cas où il y aurait des partenaires qui viendraient à douter de la fiabilité Maroc. Les témoignages de sympathie, de solidarité et de soutien de plusieurs de nos clients et partenaires, nous ont beaucoup réconfortés, (...) dans le sens où les gens ne sont pas aussi légers ni frileux qu’on puisse le penser.
Sur le plan intérieur, il est vrai que la quasi-léthargie que connaît la consommation depuis deux mois risque d’être légèrement accentuée. Mais nous espérons qu’il y aura un sursaut collectif afin que l’objectif, qui est recherché pour porter atteinte à la stabilité du pays, ne soit pas atteint.
M. Benamour, Président de la Fédération du Tourisme à la CGEM

Cette nouvelle donne mondiale sociétale n’est pas le propre de tel ou tel pays. Le Maroc était et restera toujours un îlot de paix et a été caractérisé par ce qui distingue les pays démocratiques, à savoir la liberté, la tolérance et l’ouverture. Ce sont les valeurs sûres du Maroc telles qu’elles ont été depuis quatorze siècles et qui le seront demain encore, empreintes d’ouverture vers l’extérieur, de multiconfesionnalisme, et d’obédience multiculturelle, multiraciale. Nous avons été le carrefour de toutes ces civilisations.
Compte tenu du fait que le Maroc fait partie d’un ensemble économique régional, qui s’appelle l’Europe, laquelle Europe connaît des difficultés à la fois monétaires (renchérissement de l’Euro par rapport au Dollar), économiques (NTIC, croissance faible, chômage important)...le pays en tant que partie intégrante de cet espace a déjà souffert. A cela se sont ajoutés les attentats du 11/9, la guerre de l’Irak...
Le tourisme est très sensible à ce genre d’événements, mais nous sommes non seulement déterminés mais convaincus que ce sera une parenthèse conjoncturelle. Nous sommes sûrs que les flux touristiques ne seront que sensiblement affectés, après les moments d’émotion, il y aura une reprise. Au niveau de l’investissement, je suis persuadé que la Vision 2010 sera parfaitement atteinte, ainsi que nos objectifs. Pour avoir effectué le tour de toutes les principales villes du Royaume, je puis vous assurer que sur Agadir, pratiquement tous les vols et charters ont été garantis. A Ouarzazate, il y a même des touristes américains qui ont trouvé le Maroc un pays à la fois ouvert et sûr. Et indépendamment du côté émotionnel normal, il n’y a pas de volonté de départs anticipés encore moins d’annulations. Du côté de Marrakech, au niveau du marché français qui constitue la plus grosse part de la clientèle, nous n’avons pas enregistré réellement d’annulations.
Ceci étant, il est nécessaire de rester vigilant, d’où la cellule de suivi, qui comporte le Ministre du Tourisme, la Royal Air Maroc et moi-même en tant que Président de la Fédération du Tourisme pour prendre les mesures d’accompagnement.
Ce qui nous rassure c’est que la communauté internationale a confirmé sa solidarité au Maroc et que nous ne sommes pas les seuls. Pas plus tard que Mardi matin la Turquie a connu un attentat similaire, à Ankara.
M. Berrada, Directeur Général de l’Amith

Nous sommes à la fois surpris et consternés. Nous ne comprenons simplement pas. Nous avons toujours cru que le Maroc était à l’abri de ce type de fanatisme aveugle, dans la mesure où le pays- et c’est là l’une de ses particularités- jouit d’une image d’un état d’une grande stabilité et qui a entamé un processus de démocratisation. Il est bien entendu que les 41 morts sont à déplorer, mais au-delà de ces victimes innocentes, si l’objectif était d’affaiblir le Maroc alors je reste convaincu que le Maroc va sortir de cette phase beaucoup plus renforcé. Je soutiens que le Maroc a une particularité par rapport aux autres pays, en ce sens qu’il a une grande civilisation, une grande tradition, une grande histoire et une grande culture. Et ce n’est pas un pays qu’on peut destabiliser du jour au lendemain. Aujourd’hui, cela on le sent, on le voit et on l’entend. La chaîne de solidarité, qui fut latente, se manifeste, s’exprime. Bref, elle se construit. Cet événement va donner à la masse silencieuse l’occasion de montrer son attachement au pays.
Si on se base sur des faits concrets, alors on est réconfortés. Les donneurs d’ordre avec qui nous avons noué des relations depuis longtemps nous ont appelés pour nous signifier leur parfaite connaissance du Maroc et que ce n’est pas ce type d’événements qui pourra les détourner de leur volonté de travailler avec nous. Ils restent solidaires et ne vont rien changer à leurs programmes. Ce sont là des messages de soutien assez significatifs. Pourtant, rien n’obligeait ces gens à le faire. Autre fait édifiant, notre programme avec les espagnols se poursuit. Ils sont venus ce week-end, donc après les attentats, et sont encore dans nos murs, n’ayant aucunement changé d’opinions sur le Maroc. Ensuite, des investisseurs italiens et français, qui envisageaient d’arriver au mois de juin, ont appelé pour confirmer leur présence. A titre d’exemple, une société qui se trouve dans le Nord de la France et désirant investir dans la filature confirme son arrivée le vendredi 6 juin, c’est tout dire. Tout ceci prouve qu’autour de nous on appréhende à sa juste valeur ce qui se passe, qui est tout à fait marginal par rapport à la quiétude connue ici.
Quant aux impacts, nous espérons qu’il n’y en ait pas. Mais d’un autre côté nous avons déjà traversé des impacts d’une autre nature (la guerre du Golfe, les délestages électriques, l’assainissement de 1996...) et malgré cela nos clients étrangers ne se sont pas détournés du Maroc. Pour la simple et bonne raison que ce sont des événements conjoncturels et que pour bâtir une relation commerciale pendant de longues années, il faut des liens plus forts. Opter pour d’autres partenariats signifie considérer plusieurs autres paramètres (processus de démocratisation, contexte juridique...).
Nous sommes en train de mener deux types d’action, celle d’une mobilisation de nos membres pour garder la confiance qu’ils ont dans le pays ou vis-à-vis de leurs engagements avec l’étranger, mais aussi développer une communication avec l’international pour que l’amalgame soit évité.
En termes d’annulations, à valeur d’aujourd’hui, nous touchons du bois. S’il y avait des cas de ce genre, nos membres nous auraient mis au courant. Sachant que dans différentes régions du monde, comme le Moyen-Orient si troublé et l’Asie et le phénomène de la pneumonie atypique, ou la Turquie qui subit le contrecoup de la guerre de l’Irak..., les donneurs d’ordre ne peuvent prendre le risque de se détourner du Maroc. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, notre pays commence à en récolter les fruits. Ceux-ci se replient sur les pays stables et de proximité, et le Maroc en fait partie.
Stratégiquement, nous informons nos membres qu’au niveau de leurs relations avec l’étranger rien ne change, au contraire nous avons des soutiens. Il n’y a pas à dramatiser et à envisager des stratégies qui ne se justifient pas. Nous sommes dans la continuité de nos études stratégiques et rien ne va changer. Le Maroc a prouvé à l’opinion internationale qu’il maîtrise parfaitement la situation, et les plus hautes instances du pays se sont mobilisées, en la Personne de Sa Majesté Le Roi, et par conséquent cela rassure sur la capacité du pays de récuser la situation actuelle.
Propos recueillis par
D. MB.