DNES à Marrakech
Sans standardisation, le fabuleux outil qu’est Internet, risque de devenir une sorte de tour de Babel où chacun irait avec son propre son de clairon ! Pour obvier à cela, l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) a été créée en octobre 1998 à l’initiative du gouvernement américain et de décideurs des affaires et de la société civile. Au départ sa mission est de succéder au gouvernement américain dans l’administration de l’Internet. Elle doit traiter à ce titre des questions relatives aux noms de domaines, mais aussi aux adresses IP (numéros identifiant chaque machine sur l’Internet) et aux protocoles permettant aux machines de communiquer entre elles. Tout cela donne à la rencontre une importance et un cachet particuliers. Ce n’est pas un hasard si l’ouverture de cette 26ème réunion a été présidée par MM. Driss Jettou, Premier ministre du Gouvernement marocain, et Vinton G. Cerf, Chief internet Evangelist, Patron de Google et l’un des fondateurs du Net, et le Docteur Paul Twomey, Président de l’Icann. Mais au fait qu’est ce que l’ICANN? En réalité, c’est une organisation internationale (voir détails en Encadré I et II, sur son utilité et ses principales missions). Ses équipes et ses dirigeants sont des personnes de tous pays et disposent d’un large éventail de compétences. Elle est la plus haute autorité internationale pour toutes les questions liées aux noms de domaines, adresses et protocoles. En attendant l’échéance du protocole d’accord signé alors avec le gouvernement américain, en septembre prochain, juridiquement, l’ICANN est une société à but non lucratif fonctionnant selon les lois de l’Etat de Californie.
Le Net au coeur des priorités
Dans son discours, le PM a notamment remercié les dirigeants de l’organisation pour avoir choisi le Maroc, et dévoilé à l’assistance et au monde la forte ambition nourrie pour démocratiser les TIC, pour plus de compétitivité. Les objectifs du gouvernement qu’il a transmis consistent à oeuvrer à l’ancrage du pays à la société et à l’économie du savoir par la réduction de la fracture numérique, par le développement d’une industrie des TIC et de l’offshoring. Cet ancrage dira-t-il passera nécessairement par le développement de l’Internet et de ses composantes, à savoir l’accès, le contenu et la formation. C’est donc dans un pays fortement engagé dans le développement des TIC que se tient cette réunion, et M. Driss Jettou a tenu à le signifier aux participants. Avant de conclure son propos, il a soutenu qu’au lendemain du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI), tenu à Tunis en novembre dernier, et avant la première Réunion du Forum Internet- Gouvernance, prévue en octobre prochain à Athènes, c’est une occasion unique pour faire le point sur les enjeux majeurs du développement de l’Internet dans le monde, en particulier dans ses volets nommage et gouvernance. Les principaux chantiers et réalisations, qu’il n’a pas omis de citer, en l’occurrence le Plan National pour le Développement de l’Internet, adopté aux 1ères Assises du Net de novembre 2005, la généralisation de l’usage du net (aujourd’hui plus de 4 millions d’usagers), la libéralisation régulée grâce à l’ANRT (voir encadré), le lancement du Programme Service Universel création de Centres Communautaires des TIC, l’expansion du réseau à très large bande, et la généralisation dans le cadre du Projet genie, des TIC dans l’enseignement, la création des conditions de la confiance numérique soutenue par un projet de loi sur l’échange électronique de données juridiques, la stratégie Nationale E-gov, ... attestent de l’engagement du gouvernement pour le développement de ce secteur primordial.
La différence enrichissante
M. Vinton G. Cerf, l’un des pères fondateurs de l’Internet, plus connu sous le nom de Vint Cerf, a surfé sur cet important engagement du gouvernement marocain. Il a avancé que ce choix est un excellent investissement pour exporter les connaissances sans exporter les compétences. Le Maroc, où des langues non latines sont parlées, le chantier ouvert pour des nommages en caractères autres que ceux en latin, est propice, ajoutera-t-il. Soutenant cette proposition, le Dr. Paul Twomey, Président de l’Icann, qui va rempiler pour un autre mandat de deux autres années plus une, a précisé que c’est le moment de mettre en exergue les apports de l’Afrique, du Monde Arabe, du Moyen-Orient... Les exploitants de code pays ccTLD vont continuer par tirer vers le haut le Net.
Les différentes réunions et meeting organisés permettront aux uns et aux autres de faire entendre leurs voix, d’exprimer leur desiderata, au sein d’une Icann plus flexible et adaptable que jamais.
Au cours d’une conférence de presse, qui a réuni les Présidents de l’Icann et de l’ANRT, ceux qui s’inquiétaient sur l’indépendance de l’Icann bientôt sevré du gouvernement américain, sur la préservation de l’intimité, sur ses aspirations aux changements et sur l’évolution du «.com», peuvent se rassurer. Les dirigeants ont exprimé leur totale adhésion à cette option, quelles que soient les difficultés, et mieux encore, qu’ils aient trouvé des clients pour les essais techniques.
D. MB.
A quoi sert l’Icann ?
L’ICANN a pour vocation première de servir l’intérêt commun en assurant la stabilité opérationnelle de l’Internet. D’après ses propres statuts, sa mission peut être résumée à coordonner les différents éléments techniques de l’Internet de manière à préserver la connectivité universelle au Réseau des Réseaux, à assurer et superviser les tâches liées a l’attribution et au fonctionnement des adresses du Protocole Internet («adresses IP»), à superviser les tâches liées au fonctionnement du Système des Noms de Domaines (DNS), y compris la mise en place de réflexions liées à l’ajout à la Racine du DNS de nouvelles extensions de premier niveau (comme .net .org... .fr .no ...)... mais aussi à superviser le fonctionnement du système racine du DNS et à engager toute action juridique nécessaire à l’accomplissement des points précédents.