Le Royaume du Maroc a mis en place un certain nombre de chantiers pour rendre l’Administration plus souple, plus efficace, et plus ouverte à la modernité. L’une des finalités de ces réformes est de se rapprocher de l’entreprise, jusqu’à en faire un partenaire. Pour en débattre, M. Boussaid, Ministre chargé de la Modernisation des Secteurs Publics a partagé quelques réflexions sur la modernisation des secteurs publics et une Administration partenaire des opérateurs, avec un auditoire attentif, composé pour la plupart de membres de la CFCIM.
Avant de développer son propos, il a d’abord signifié en préambule que la problématique est mondiale, puisque dans tous les pays du monde, la société a quelque peu mal à son Administration. Même au Canada, dira-t-il, exemple de qualité de vie aboutie, souvent cité, le taux de satisfaction est de 70%. A cela, il faut ajouter le fait que souvent on casse du sucre sur le dos de l’Administration, qui est taxée de médiocre, bureaucratique et routinière, a-t-il surenchéri. Pourtant, les défauts de l’Administration en dehors des structures et des handicaps, émanent de toute la société. Pour la rendre plus efficace et la rendre moins chère, il s’est demandé s’il fallait changer la société ou changer l’Administration. En réponse à cette question, le Ministre chargé de la Modernisation des Secteurs Publics a souligné que le rôle de l’Etat a évolué, de par le monde, et au Maroc aussi. Dans le contexte international, baigné dans la montée de la société civile, une démocratisation plus importante, l’élargissement de l’espace des libertés, le nouveau concept de l’autorité, la nouvelle révolution des TIC qui a apporté une grande révolution dans les méthodes de travail allant jusqu’à remettre en cause un certain nombre de concepts, notamment la déconcentration, la lutte contre le chômage et le drainage de plus d’investissements, le conférencier s’est demandé où est passé le Maroc? On est passé de l’Etat employeur, producteur, providentiel à son désengagement consécutif aux vagues de privatisations, de concessions et de gestion déléguée. Si en 1995, 16% du PIB étaient du ressort des entreprises publiques, aujourd’hui, cette proportion se situe autour de 8%. Pourtant, ce rôle est soumis à des contraintes dues à l’étroitesse des marges budgétaires soumises aux fortes pressions des dépenses (exigences croissantes des citoyens) et à une raréfaction des ressources.
Une administration qui change
La passage d’une logique de moyens à une logique de résultats, et l’émergence d’un secteur privé performant et dynamique, ont été de bonnes raisons de moderniser l’Administration, a indiqué le ministre. Il a tout de même fait remarquer que plusieurs tentatives de réformes, parcellaires du reste, ont dû échouer. Pour plus de cohérence (plus de 280 statuts d’indemnités différentes), plus de visibilité, de reprofilage, de diète du «mammouth»... l’opération départ volontaire (39.000 sur 52.000 demandes), prélude à la réforme a été initiée. Véritable point d’inflexion dans l’histoire de l’Administration Marocaine, son impact a été immédiat et a permis la promotion de jeunes cadres, une baisse de l’âge moyen situé entre 42 et 43 ans, une baisse drastique des fonctionnaires invalides physiquement, la réduction des sureffectifs et du nombre de faux cadres, l’allégement de la concentration des effectifs, une économie de 17 milliards de Dh, la masse salariale (autour de 62 milliards de Dh) va passer de 13 à 12% du PIB.... révèle-t-il. Point de doute pour une administration partenaire à l’entreprise, puisque, de son avis, les chantiers, entamés ou envisagés, comportent l’amélioration des RH, des structures et des procédures, la formation continue, l’action sur la mobilité, la promotion par le mérite, la déontologie, la valorisation du temps de travail avec l’horaire continu (économie de 50% du carburant transport), un référentiel des emplois et des compétences, l’e-Administration, le badgeage des fonctionnaires du front office...
La modernisation est, a conclu M. Boussaid, un chantier permanent, qui demande une forte dose d’inconscience et beaucoup de modestie.
D. MB.