Il est aujourd’hui révolu, le temps où on considérait l’agriculture comme parent pauvre du développement économique. Il est vrai que les habitudes lient, et que les données continuent toujours de distinguer le PIB non agricole du PIB global. Mais les filières de l’agro-industrie allant de la transformation des cultures, à la conservation, en passant par les branches aquacoles, les cultures à forte valeur ajoutée (maraîchage, horticulture, bio...) ont fait leur preuve et ne demandent qu’à être mieux loties dans un environnement plus propice. La privatisation des terres de la Sodea et de la Sogeta, dont la première phase a concerné le printemps dernier quelque 44.000 ha sur les 54.791 proposés, a été un élément fondamental de cette nouvelle orientation. Pour rappel, ces deux sociétés ont été créées en 1972 et 1973 pour gérer et exploiter les terres récupérées des colonisateurs. Elles ne se sont pas seulement contentées d’assurer l’exploitation des ces terres, mais participent aussi au développement des semences sélectionnées, plants fruitiers et animaux de race. Ce sont quelque 174 projets (86% de locaux et 114% d’étrangers essentiellement espagnols et français) qui furent retenus. Les filières arboricoles avec les agrumes (6.000 ha), l’olivier (5.500 ha), et de la vigne (3.250 ha) ont été privilégiées. Le maraîchage et les terres forestières (2.600 ha) ont figuré en bonne place.
Relativement aux semences, l’approche a surtout privilégié les grandes exploitations de 4.000 ha en moyenne.
Cette première opération, qui sera suivie d’une seconde phase, annoncée selon diverses sources concordantes pour la fin du mois d’avril, probablement au cours du Salon International de l’Agriculture de Meknès qui démarre aujourd’hui pour s’achever le 27 avril, vise essentiellement la mise à niveau des principales filières. La volonté politique est ainsi clairement dégagée. nous avons joint les services de M. Mohand Laenser, ministre de l’agriculture et du Développement Rural et des Pêches maritimes, pour avoir les dernières développements et les orientations futures, mais à l’heure où nous sommes sous bouclage, aucune réponse ne nous est parvenue.
L’exemple du couscous
Après ces opérations coups de poing on peut se demander si l’agro-industrie va enfin prendre son envol. Très certainement, car dans l’Agro-industrie, s’il est une branche qui performe, c’est bien celle des fabricants de pâte alimentaire et de couscous. Elle compte à ce jour16 unités opérationnelles qui totalisent une capacité de production annuelle de l’ordre de 170.000 tonnes dont la moitié est destinée à la production de pâte alimentaire et l’autre moitié à la fabrication du couscous. Dari Couspate (voir encadré), introduite depuis à la Bourse des Valeurs de Casablanca (BVC), est l’exemple parfait d’une success-story, avec des taux de croissance à deux chiffres variant entre 15 et 25%.
Les producteurs sont regroupés au sein de l’Association Marocaine de Producteurs de Pâtes et Couscous (AMIPAC). D’après M. Khalil, Directeur chez Dari Couspate, le parc de lignes de production marocaine est relativement récent. En termes de capacité installée, 70% de chaînes ont moins de 10 ans d’âge, un bon tiers de ces chaînes ont même été mis en service après l’an 2000. Celles -ci sont entièrement automatisées, équipées de dernières innovations et aptes à la télémaintenance (maintenance à distance).
La production annuelle des industriels de la branche est évaluée à un peu plus de 55.000 tonnes de couscous et 45.000 tonnes de pâtes alimentaires. Les derniers chiffres de 2003, que nous avons reçus font état d’une consommation moyenne de l’ordre de 1,55 kg /an /personne pour les pâtes alimentaires et de 1,60 kg /an /personne pour le couscous .
Comparés avec les ratios chez les voisins algérien (plus de 3 kg de pâte /personne/an) et tunisien (de 11,7 à plus de 14 kg /an/personne selon les sources ), on constate, qu’ils sont plus élevés .
Quoi qu’il en soit, nous rapporte M. Khalil, les enquêtes de consommation suggèrent une demande domestique supérieure à l’offre industrielle répertoriée. Une partie de cette demande est principalement pourvue par le moyen traditionnel.
Les freins et entraves
Quant aux perspectives de développement, elles paraissent prometteuses. Néanmoins, le secteur souffre de l’entrée massive au Maroc de produit de contrebande en provenance d’Algérie. Aussi, l’Accord de Libre Echange signé par le Maroc (Emirats Arabes Unis, l’Accord d’Agadir avec la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie) pourraient avoir de répercussion négative sur la compétitivité de producteur Marocain en effet, les pâtes Alimentaires et le couscous fabriqués au Maroc supportent un surcoût élevé au titre du soutien pour la production de blé nationaux, en effet, toutes les quantités de blé dur achetées au cours mondial, importées au Maroc et destinées notamment à la transformation en vue de la fabrication de Pâtes Alimentaires et Couscous subissent des droits de douane variant de 95 à 175% , ce surcoût vient grever lourdement le prix de revient des Pâtes et du couscous marocains. En revanche, le producteur originaire de pays signataires de l’accord de libre échange avec le Maroc utilisent un blé acheté au cours mondial et ne subissant à aucun moment de taxe douanière, et ce, ni sur la matière première ni sur le produit fini.
Cette situation crée une concurrence déloyale qui pourrait mettre en péril non seulement la branche de producteur Marocain de Pâtes et de couscous mais également d’autres branches d’activités liées à ce secteur, notamment les minoteries , semouleries, fabricants d’emballage...
M. Lucien Leuwenkroon, DG de Top Class Expresso, va dans le même sens et souligne que Procter & Unilever ont décidé carrément de délocaliser toute leur activité marketing sur l’Egypte. L’argument avancé est un niveau de coûts moins élevé, contre des prix qui flambent sous nos latitudes (papier, logistique et transport, divers intrants matériels informatiques...), malgré une baisse importante des droits de douane. La fiscalité et l’accompagnement du monde agricole dans la modernité ont aussi été soulevés. Des observateurs se demandent pourquoi l’ouvrier agricole n’est pas inscrit à la CNSS, à l’AMO, ... En d’autres termes, une certaine normalisation est appelée.
D. MB.
Dari Couspate, en bref
Dari Couspate est une entreprise agro-alimentaire, spécialisée dans la fabrication du couscous et de pâtes alimentaires de qualité.
- Entreprise relativement récente qui a fêté récemment son 10 éme anniversaire.
- Entreprise familiale créée par Mr Mohamed KHALIL , ancien résident marocain à l’étranger, ayant une expérience de 3 ans dans le domaine .
- Depuis sa création, DARI COUSPATE enregistre un taux de croissance à deux chiffres variant entre 1 % et 2 % par an.
- Entreprise employant 80 personnes soit dix fois plus que lors de sa création.
- Entreprise Leader dans l’exportation du Couscous, Co leader sur le marché local. Elle réalise un CA de 136 millions de Dh en 2005
- Une PME familiale qui a osé et réussi son introduction à la Bourse des Valeurs de Casablanca.