Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Les avancées de 2003 seront amplifiées cette année pour les chantiers du Tourisme Entretien avec M. Adil Douiri

Auteur :

La Nouvelle Tribune : Quel bilan dressez-vous de votre action tout au long de l’année 2003, notamment au niveau des grands chantiers de votre département ? Avez-vous subi des contraintes ou des contretemps du fait de la survenance d’événements à caractère conjoncturel qui auraient, ainsi, perturbé ou relativisé vos réalisations ?
M. Adil Douiri :
Dès le début de 2003, j’ai essayé de définir un certain nombre de chantiers que je voulais suivre personnellement, et notamment ceux dévolus à la réforme et au développement, par opposition au travail routinier qui caractérise d’autres tâches du ministère.
Ces chantiers étaient au nombre de trente trois et couvraient eux-mêmes les six grands axes de la Vision 2010 que j’avais évoqués avec vous il y a un an, à savoir : le produit, la formation, le transport aérien, le marketing, l’environnement du touriste et l’organisation institutionnelle des représentants des professionnels.
Les trente trois chantiers se répartissent donc dans ces " six têtes de chapitres ", mais en sus, j’ai voulu en ajouter d’autres qui sont soit des chantiers de réformes internes à l’administration ou à l’Office du Tourisme, soit des opérations de promotion à caractère pédagogique, soit encore la conception de nouvelles idées qui concernent plusieurs domaines et secteurs et dont la concrétisation n’est pas encore achevée.
Dans cette multitude de chantiers, que d’aucuns apparenteraient aux Douze Travaux d’Hercule, il y a lieu de noter l’avancement satisfaisant de nombre d’entre eux. Ainsi le Plan Azur a plutôt bien avancé, puisque nous avons complètement fini trois stations et la quatrième le sera dans les quatre ou cinq semaines à venir, alors que celle de la Plage Blanche n’a pas du tout commencé.
De même, il y a lieu de se féliciter des progrès qui ont été accomplis dans le registre des nouveaux partenariats, comme les accords qui ont été mis au point avec de grands tours opérateurs intégrés possédant leurs propres avions, à l’image de ce qui a été réalisé avec Globalia, TUI, Corsair Nouvelles Frontières, Jet Air en Belgique, etc. Ce partenariat exprime une méthodologie nouvelle dans laquelle nous avons impliqué le gouvernement, avec des équipes mixtes appartenant aux ministères des Transports, du Tourisme et l’ONMT, dynamiques et réactives, pour une relation pérenne avec des opérateurs internationaux intégrés et possédant leurs propres transporteurs.
Un troisième chantier qui nous a également donné satisfaction est celui de la libéralisation du transport aérien, qui, certes, ne dépend pas de notre département, mais pour lequel nous avons déployé des efforts conséquents.
Sans en dévoiler le contenu, qui pourrait incessamment être rendu public par mon collègue des Transports, M. Karim Ghallab, je peux vous dire que sa finalisation est quasiment accomplie. Il m’inspire bonheur et fierté parce que ce plan marquera l’action de notre gouvernement. Il implique, en effet, une méthode et une approche de rupture à la fois dans l’organisation du ciel, dans la perception des tours opérateurs et du tourisme de masse.

Même si vous ne voulez pas voler la vedette à votre collègue M. Ghallab, direz-vous que ce plan d’ouverture du ciel marocain ne sera pas préjudiciable à la compagnie nationale Royal Air Maroc?
Le détail du plan que mon collègue des Transports devrait dévoiler dans les prochains jours vous apportera pleine confirmation de ce souci, mais je peux vous affirmer qu’après d’amples réflexions et discussions, RAM a trouvé sa place dans la réforme de l’aérien. Et, en toute franchise, ce qui sera annoncé par M. Ghallab est le résultat d’une démarche tout à fait originale, qui n’a pas été copiée et qui manifeste une approche totalement innovante, marocaine spécifiquement, ne ressemblant pas à ce qui a été fait dans d’autres pays du pourtour méditerranéen comme l’Egypte, la Turquie ou la Tunisie.
Nous avons voulu construire notre propre modèle, à partir de nos spécificités et en tenant compte des expériences, positives ou négatives, développées par d’autres pays.

Pouvez-vous affirmer, sans la moindre réticence donc, que votre bilan, jusqu’à présent, est "globalement positif " ?
Oser une telle prétention serait déplacé, notamment parce que l’action de notre département ne se limite pas à la réalisation du Plan Azur. Et si, "hors Plan Azur", nous avons également avancé, je constaterai néanmoins que le rythme de réalisation à ce niveau ne me satisfait pas pleinement.
En effet, tout ce qui ne relève pas de ce plan dans la création de produits souffre encore de lenteur, du fait notamment de lacunes ou d’insuffisances au niveau de nos ressources humaines. Le ministère a été orienté vers un rôle de créateur de produits finis, qui est assumé par une grosse Direction de notre département, avec comme mission d’aller sur le terrain, de proposer des démarches et produits nouveaux, en pleine coordination avec l’ONMT qui, en aval, a pour travail d’aller chercher le tour opérateur, de conclure un contrat de partenariat avec lui, de coordonner avec l’aérien, etc.
Ce rôle de développeur donc a été moindre sur le "non Azur" qui est divisé en deux catégories, "produits de masse" et "politique de proximité".
Pour la première catégorie, vous savez que notre stratégie Vision 2010 implique que le Plan Azur assume la réalisation de 85 000 lits sur les 160000 programmés, soit un peu plus que la moitié.
Le "non Azur" représente 45 000 nouveaux lits de balnéaire dans des endroits existants, et 30 000 lits "culturels", soit, au total, presque autant que l’Azur.
Depuis le mois d’août dernier, nous avons accéléré le rythme afin que cette catégorie "produits de masse" réalise les mêmes performances que ce qui est obtenu pour la démarche principale de Vision 2010.
Ainsi pour des villes comme Fès, les choses ont bien avancé. Pour Agadir, la mobilisation a d’ores et déjà démarré, Tanger s’apprête à le faire dans les semaines qui viennent et les autres, c’est-à-dire Ouarzazate Zagora, Tétouan et son littoral, Meknès et sa région, viendront ensuite.

Vous avez évoqué, dans le "non Azur", la politique de proximité comme l’une des deux catégories de cet axe essentiel de la stratégie du département du Tourisme. Qu’entendez-vous par "politique de proximité" ?
Appliquée au ministère du Tourisme, la politique de proximité s’exprime à travers un programme spécifique appelé " niches et rural " et qui a été officiellement présenté le 16 décembre dernier. Il possède un avantage originel, une valeur ajoutée intrinsèque, qui répond à la nécessité politique pour le gouvernement d’impliquer l’ensemble des citoyens, sur toutes les parties du territoire national, à la Vision 2010. Après sa déclinaison officielle, je me suis rendu à Chaouen pour présenter le premier projet pilote en partenariat avec l’Agence du Nord et l’Agence de Développement Social qui participent au financement avec nous. Je ferai remarquer que Chaouen, dans sa partie urbaine, reçoit autant de touristes qu’elle compte d’habitants, soit cinquante mille personnes, ce qui souligne l’intérêt d’un tel programme et son impact sur l’environnement économique et social de régions qui, stricto sensu, ne font pas partie des zones choisies pour le Plan Azur.
Par ailleurs, nous avons entamé une démarche de rationalisation au niveau de la fiscalité locale par la suppression de taxes qui constituaient des entraves et des obstacles au développement de l’industrie touristique et hôtelière. C’est ainsi qu’en 2003, avec l’aide du ministère de l’Intérieur et de celui des Finances, on a supprimé " l’absurde ", du genre taxes d’accès à la piscine, de fermeture tardive ou d’ouverture précoce, etc.
Par contre, la réforme profonde de la patente, c’est-à-dire la taxe d’édilité et la taxe urbaine, dont l’enjeu financier est autrement plus perturbateur pour les équilibres, a été promise par le ministère de  l’Intérieur pour 2004.
De même, nous avons démarré la réflexion conceptuelle sur la nouvelle méthode de classement et cette année devrait connaître l’annonce de cette réforme fondamentale afin que les opérateurs et les touristes aient la juste perception de la crédibilité du produit qui leur est proposé. Pour cela, il est prévu que l’on utilise les moyens actuels de la crédibilisation comme la certification et l’application du normatif par des tiers crédibles et indépendants.
Ce chantier d’image est très important pour nous et nécessitera sans doute des moyens importants.

Avez-vous d’autres projets de développement qui n’auraient pas connu en 2003 des avancées suffisantes ?
Je préciserai, avant de vous répondre qu’en 2003, nous avons bien avancé sur la réorganisation de l’Office National Marocain du Tourisme, avec Mme Bennis. Il y a un nouvel organigramme et la Direction générale a été renforcée par l’arrivée d’un nouveau manager, tandis que les rôles de chacun ont été redéfinis, ainsi que les procédures, les reportings internes, et l’ONMT a fortement progressé dans la voie d’une entreprise rationnelle. Au niveau du budget de l’Office, sa préparation est désormais partagée entre les professionnels et l’ONMT, par des processus de concertation et de proposition au moment de son élaboration. Il nous reste donc à entamer la restructuration des délégations à l’étranger en adaptant leur taille et leurs missions au classement du marché.
Enfin, dernier point qui a progressé mais sans doute pas autant que je l’aurais souhaité, la stratégie de développement du Tourisme intérieur. Le rôle du ministère est de répondre clairement et une fois pour toutes sur ce qui est faisable pour quelle catégorie socioprofessionnelle de consommateurs.
Et voulons présenter une stratégie de développement du tourisme intérieur pour chaque CSP, les revenus élevés, moyens et modestes. A ce niveau d’ailleurs, nous proposerons des démarches allant du produit à la distribution, en passant par le marketing et la publicité, en associant dans ce processus le ministère à l’ONMT.
L’intérêt de cette stratégie est d’amener l’ONMT a consacrer une part de son budget au tourisme intérieur, sachant que l’Office n’est pas uniquement dédié au tourisme international et que le rôle de tout gouvernement est de créer de l’emploi, ce que nous devons faire en développant l’industrie touristique et hôtelière, en faveur des touristes étrangers comme des nationaux.
Tel est le bilan assez exhaustif de l’année 2003, qui n’a pas évoqué cependant des opérations ponctuelles comme "Kounouz Biladi I etII" ou encore l’opération de sauvetage de Fès qui était dans une situation catastrophique.
Ce bilan, d’ailleurs, dessine le programme pour 2004  où nous devrions notamment faire plus d’efforts pour la réussite de la convergence Artisanat-Tourisme-Culture et qui devrait se traduire par l’annonce d’actions coordonnées par les trois départements.
Pour l’année qui arrive nous approfondirons notre action au niveau du chantier "accueil dans les aéroports", lequel vient tout juste d’être entamé en cette fin de décembre 2003 en pleine collaboration avec l’ONDA.
Nous comptons également développer une chaîne de " boutiques " dévolues à l’information touristique qui seront au départ financées par notre département avant d’être confiées aux différents CRT. De même, en 2004, tout en poursuivant la réalisation des grands objectifs stratégiques de notre département, (Plan Azur, développement " hors Azur "), nous réaliserons une diffusion beaucoup plus simple et plus pertinente des indicateurs statistiques, lesquels étaient jusqu’à présent présentés de façon assez rébarbative. L’information statistique nouveau modèle sera déclinée à partir de ce mois de janvier et elle sera accompagnée de commentaires et d’analyses réalisés par nos équipes.
La périodicité sera mensuelle, en "J+20", avec des informations de nature nationale et d’autres régionales, des données variées et exhaustives, disponibles notamment sur Internet, en mettant l’accent sur la fiabilité et la qualité de la collecte des données permettant l’élaboration de cette information statistique.
Enfin, 2004 verra la création de l’Observatoire National du Tourisme, qui fonctionnera comme un "board" chargé de passer commande d’informations statistiques et non comme une nouvelle structure administrative agissant en doublon avec les organisations déjà existantes.

Dernière question, comment appréhendez-vous les prochaines Assises du Tourisme?
Elles auront lieu, comme vous le savez, à Casablanca, conformément à la volonté royale. Elles seront sans doute différentes des précédentes éditions dans la mesure où elles s’étaleront sur deux jours, les 12 et 13 février prochains et seront déclinées de façon à capitaliser sur les décideurs présents. Nous voudrions en cette occasion élargir l’exposition aux réalités marocaines, à la société civile notamment. Elles seront une excellente opportunité de s’intéresser à Casablanca qui est la troisième destination touristique du Royaume après Marrakech et Agadir, qui possède la plus belle densité aérienne du pays, une infrastructure hôtelière conséquente, dédiée notamment au tourisme d’affaires, mais qui, dans le même temps, souffre de plusieurs handicaps liés à sa taille, à son rapport assez particulier avec l’administration centrale, à la complexité des mécanismes de décisions qui la caractérisent, aux nuisances urbaines qui l’affectent, etc.
Elle possède des atouts, notamment en termes de ressources humaines et, depuis peu, l’avantage d’une réunification sous l’égide du Conseil de la Ville que préside M. Sagid, un Wali actif et motivé et c’est avec eux que nous comptons travailler, pour réaliser un contrat programme Etat-Région.
Enfin, je préciserai que ces assises connaîtront plusieurs moments forts, notamment avec la présentation par les aménageurs développeurs des premières réalisations de leurs sites respectifs en trois D.

Entretien réalisé par
Fahd Yata



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com