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Cinquante ans d’agriculture au Maroc : Les prédiction de Najib Akesbi

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Il était temps, à l’heure de l’ouverture des marchés, qu’un document aussi riche et varié fasse le bilan de cinquante ans d’agriculture dans un pays à “vocation” agricole. Car la sécheresse, une main d’œuvre pléthorique (4 millions) peu qualifiée dans sa grande majorité, un climat peu clément, un débouché incertain et une industrialisation mal en point, la physionomie de l’agriculture marocaine est loin de connaître ses meilleurs jours si de nouvelles mesures ne viennent pas consolider ses acquis, ouvrir de nouvelles perspectives et redonner confiance au paysan. Ce constat ne vient pas de n’importe qui. Il est le résultat d’une étude menée par l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II dans sa quête d’une amélioration et reconsidération de l’agriculture, dans son acception moderne. Une agriculture qui se veut moderniste et avant-gardiste. L’un auteur du rapport, et animateur de la conférence, Najib Akesbi, est connu de tous pour son franc-parler. Responsable du Département des Sciences humaines à l’IAV, l’homme a impressionné le public par son approche et son analyse du secteur agricole. Après avoir rappelé l’évolution des politiques agricoles qui se situent en quatre phases (la première décennie de l’indépendance, la politique des barrages et ses inflexions, la politique d’ajustement structurel dans le secteur agricole et le temps des stratégies), il a planté le décor en construisant son argumentation sur l’agriculture marocaine aujourd’hui avec ses contraintes et ses possibilités en mettant un accent particulier, in fine, sur les risques et périls d’une libéralisation irréfléchie. En matière de contraintes, le rapport souligne qu’elles sont caractérisées par des carences d’une production toujours handicapée par la contrainte climatique. A cela s’ajoutent les déficits commerciaux et dépendance alimentaire croissante aggravées par des ressources naturelles qui se dégradent dangereusement ainsi que par des ressources humaines marquées par la  pauvreté et l’analphabétisme. L’autre tare de cette politique agricole, explique M. Akesbi, est l’existence des structures foncières défavorables à la modernisation, des exploitations et des systèmes productifs  encore peu intensifs sans oublier la présence d’un secteur mal articulé avec le reste de l’économie ainsi que des ressources financières insuffisantes et inégalement réparties. Un simple constat. “Les paysans sont pauvres et analphabètes, la structure foncière défavorable à la modernisation, les ressources naturelles se dégradent et la dépendance au climat est toujours de mise”, dit-il. Ce qui fait dire à l’enseignant chercheur, qu’»il est paradoxal que la période allant de 1995 à aujourd’hui soit riche en élaboration stratégique mais aussi maigre en réalisations. Les réformes sont identifiées, mais l’exécution tarde toujours à démarrer. Autrement dit, “En 40 ans, le PIB agricole est passé de 672 DH par habitant à 674 DH, soit une progression de seulement 2 DH.

Réformes nécessaires

Quant au rendement agricole, il a gagné 4 quintaux seulement durant la même période”. Ce qui n’est pas un bon signe pour le secteur qui est appelé à s’ouvrir à la mondialisation. Pour sortir de l’impasse, Akesbi prône le retour à la “souveraineté alimentaire”. Pour lui, le Maroc n’a pas produit suffisamment pour satisfaire la demande intérieure. La sécurité alimentaire est ainsi propulsée en priorité. Le conférencier ne voit pas de mal à ce que le rôle de l’Etat soit réhabilité. Un concept pourtant décrié par certains professionnels qui le qualifient de rétrograde. “La politique de désengagement a laissé un vide au lieu de générer des relais émanant du secteur privé. L’encadrement a reculé, mais l’effort de modernisation a stagné”, a-t-il martelé. A ce sujet, Akesbi a cité l’exemple des Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) qu’il qualifie de “vendeurs d’eau”. Ces structures qui ont joué un rôle important dans le développement de l’agriculture sont aujourd’hui sans vision d’avenir. Concernant les réformes à entreprendre, celles-ci doivent porter sur des mesures préventives et rationnelles quand on sait qu’aujourd’hui, l’agriculture marocaine reste, après un demi siècle d’indépendance, largement tributaire des aléas climatiques. Pour cela, sans une véritable politique de maîtrise de l’eau, le secteur agricole restera toujours fragile sans une meilleure gestion du potentiel hydrique, l’agriculture marocaine sera toujours sous productive. Certes, comme l’a souvent souligné Akesbi, la politique des barrages a eu quelques succès mais le bilan, selon les études faites par l’IAV, reste globalement négatif. En effet, les structures foncières au Maroc restent archaïques, avec des exploitations de petites tailles et morcelées. Il existe une moyenne de 6 à 7 exploitations sur chaque parcelle avec des statuts fonciers archaïques également. Selon lui, on ne peut imaginer qu’à l’heure de la mondialisation, plus de 81 % des exploitants restent analphabètes, donc incapables de saisir et de maîtriser la technologie pour faire face à la compétitivité sans oublier le circuit de la distribution qui pose un vrai problème. Sur ce plan, il existe des marchés de gros qui fonctionnent plutôt sur le mode de la rente que sur celui de la logique du marché ou de la compétitivité. D’où la nécessité d’un nouveau système de financement y compris le Crédit Agricole. Il fait remarquer, à ce sujet, que les banques commerciales privées ne financent seulement que 3 % des besoins de la société. Le Crédit agricole, quant à lui, couvre 50 % environ. «Résultat : nous avons un système de financement qui répond à 1/5è  des besoins de financement de l’agriculture. L’autre problème concerne l’adéquation entre l’agriculture et l’industrie. Là encore, nous sommes dans un système où quand on produit, on écoule du brut. Or, la valeur ajoutée réside dans la transformation. In fine, tout ceci nous amène à dire que toutes les réformes convergent vers la compétitivité. Ce qui permet d’améliorer la productivité. Si nous ne faisons pas les réformes, nous serons amenés à subir la mondialisation.» Un exposé qui a valeur d’être pour tout ce qui s’intéresse au secteur de l’agriculture au Maroc.

M.S.



 

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