Ces dernières années, le système de formation professionnelle au Maroc marchait tellement bien qu’il était envié par tous les états de la sous-région, qui l’avait quelque peu délaissé, ne lui reléguant que les recalés du système éducatif. Aujourd’hui, la formation professionnelle rencontre de plus en plus de difficultés, les effectifs des stagiaires ayant doublé, et les solutions manquantes, on fait plus dans la quantité que dans la qualité. Les ingénieurs de la formation professionnelle, qui se sont réunis au sein d’une association (Anifop) créée, il y a un an, et regroupant des ingénieurs de la formation professionnelle privée et publique, entendent apporter leur contribution à la dynamisation de ce secteur. Au cours de la journée du 19 décembre, consacrée à impulser le rôle de l’ingénieur de la formation professionnelle dans l’édification du pays, différentes interventions relatives à des thèmes tels que «l’ingénieur de la formation professionnelle et le développement durable», «le rôle de la société civile dans le développement durable», l’ingénieur et la veille technologique», ou «le système de formation professionnelle alternée et le système Dual allemand» ont enrichi des débats riches, signifiant l’implication des professionnels pour avancer à la bonne vitesse.
Des ateliers consacrés au plan d’action 2005 de l’Anifop, à la promotion sociale et professionnelle de l’ingénieur, à la mise à niveau du secteur, à l’approche pédagogique de la formation professionnelle alternée ..., ainsi qu’une exposition ont été parallèlement organisés.
Avoir voix au chapitre
Pour les formateurs, qui trouvent que dans le contexte socio-économique actuel de mise à niveau du tissu industriel, la formation professionnelle constitue l’un des principaux leviers de développement, il est grand temps qu’ils aient voix au chapitre dans l’élaboration des programmes. Il est question de canaliser par le biais de l’Anifop, tout le potentiel de ces hommes du terrain, dans le cadre d’une démarche citoyenne, qualitative et mobilisatrice. Pour le Secrétaire Général de l’Anifop, M. Mohamed Mourad Mounir, il n’est pas question de remettre en cause le système, qui, dit-il, est bon, il s’agit de fédérer tous les membres de la formation professionnelle pour parler le même langage, et d’en faire un vecteur incontournable du développement. De son avis, cela passera par une plus importante implication des professionnels du secteur, à savoir les ingénieurs de l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT), ceux du privé (écoles et cabinets de formation, entreprises formatrices...). En plus clair, ils escomptent participer à la stratégie relative à la conception des programmes. Il est plus profitable d’adapter les systèmes importés que de les dupliquer directement. Riches de leurs expériences, et faisant souvent face à des contraintes, découlant sur des inadéquations entre les formations données et les besoins de l’industrie, l’ingénieur lance donc un appel. Pourvu qu’il soit entendu.
L’association, qui n’est qu’à ses débuts, compte regrouper le plus grand nombre de membres, mettre en place des structures régionales, reste ouverte à tout type de partenariat avec d’autres associations, ONG, ou autres institutions. Sur l’année qui s’annonce, plusieurs manifestations sont déjà envisagées, notamment des conférences, des séminaires de formation...
D. MB.
Membres du Bureau et Fondateurs de l’Anifop
M. Hassan Ajakkaf : Président
M. Ahmed Mjidila : 1er Adjoint
M. Youssef Abdedaim : 2ème Adjoint
M. Mohamed Mourad Mounir : Secrétaire Général
Mme Najat Farhan : Adjoint S. Gl
M. Houssain Hassi : Trésorier
M. Elhassan Elhabriti : Trésorier Adjoint
M. Abdelkrim Belasri : Membre
M. Mohamed Hanine : Membre
M. Abderrazak Elyakouti : Membre
M. Abdelfattah Talea : Membre
Mme Saida Akraiouch : Membre
Trois questions à M. Hassan Ajakkaf, Président de l’Anifop
La Nouvelle Tribune: Où situerez-vous aujourd’hui la formation professionnelle?
M. Hassan Ajakkaf: Actuellement, elle est décidée dans les établissements de formation professionnelle. Nous constatons que cette formation est imposée de «l’extérieur». Elle ne tient pas compte des apports de ceux qui sont sur le terrain. Ceux qui ont dicté ces cursus sont éloignés de la réalité marocaine. C’est loin de la réalité locale, dans la mesure où on ne peut pas considérer que la formation suit un standard, c’est-à-dire que le besoin est le même partout. Ici, nous trouvons qu’il faudrait remonter de la base, en l’occurrence les gens du terrain, les ingénieurs-formateurs que nous sommes, et autres techniciens, sont constamment en face de difficultés et de problèmes qui ne sont pas pris en considération. Avec une synergie entre ceux qui sont en haut et les formateurs, on pourrait aboutir à des programmes de formation répondant exactement aux besoins de l’économie marocaine.
Aujourd’hui, vous êtes face à des contraintes, quelles sont les plus importantes?
Nous aimerions convaincre les entreprises à s’impliquer dans le processus de la formation professionnelle. Nous nous trouvons avec une grande partie de stagiaires, qui suivent la formation alternée, inspirée de la la formation dual allemande, que nous n’arrivons pas à placer dans les sociétés. Il faudrait remonter pareils handicaps aux décideurs, afin que les responsables puissent trouver des solutions dans le cadre de leurs fédérations professionnelles. L’un des objectifs, qui nous a amenés à constituer une association pareille, c’est de pouvoir aller vers les fédérations professionnelles afin de leur expliquer toute cette problématique.
Il y a des entreprises, qui nous demandent des techniciens, mais lorsqu’on les leur envoie, ils trouvent toujours à redire ... qu’ils n’ont pas d’expérience, qu’ils ne s’adaptent pas assez facilement, etc. Lorsque nous leur demandons de s’impliquer, de prendre en charge la formation de stagiaires devant s’insérer dans le processus de leur propre production, pour trouver à la fin quelqu’un d’opérationnel à 100%, ils sont hésitants.
Comment voyez-vous l’avenir de votre profession?
Si nous arrivons à convaincre les autres associations professionnelles à travailler, main dans la main, pour amener les opérateurs à s’impliquer directement dans le système de formation professionnelle, alors il y aura beaucoup plus de visibilité. Sous un autre angle, nous allons tenter de convaincre nos responsables pour qu’ils impliquent les hommes de terrain, avant la mise en place d’un quelconque programme. Aussi, il va falloir s’atteler à la formation relativement à la veille technologique, vu l’évolution excessivement rapide. Nous pensons permettre aux ingénieurs de faire des propositions pour la mise en place de nouvelles spécialités, de nouvelles filières.
Propos recueillis par
Daouda MBaye