Ce sont des youyous, des chants et des applaudissements des populations locales, qui ont accueilli le cortège ministériel, venu s’enquérir de l’état d’avancement des travaux du Programme d’Électrification Rural Global (PERG), dans les douars situés dans la province d’El Jadida. Au vu de cette liesse, exprimée entre deux haies de drapeaux, les élus locaux et les habitants des localités visitées, la satisfaction ne laissait pas de place au doute. Cette tendance dans cette région du pays reflète celle répertoriée au niveau national. La comparaison des taux d’électrification rurale entre 1995 et 2004, qui a varié de seulement 18% à 72%, sur l’ensemble du pays, à lui seule, est déterminante pour situer l’évolution du PERG. L’historique de l’électrification rurale au Maroc et les chiffres se passent de tout commentaire (voir en Encadré et Chiffres clés en graphe).
Pour M. Mohammed Boutaleb, Ministre de l’Energie et des Mines, accompagné de M. Zellou, Gouverneur de la Province, du Responsable local de l’Office National de l’Electricité (ONE) et de leurs principaux collaborateurs respectifs, ainsi que d’autres personnalités, cette journée a été mise à profit pour constater de visu les avancées et l’état des équipements utilisés. Constatant lui-même les installations et la nature des équipements, et interrogeant les populations bénéficiaires, le Ministre va très probablement procéder à d’éventuels ajustements pour mieux caler les réalisations aux objectifs de départ de cet ambitieux programme, financé par le budget de l’Etat et que le citoyen s’est approprié (Voir Trois Questions).
Un cas d’école
La province d’El Jadida est un très bel exemple pour le PERG, ont confirmé les responsables. Par rapport aux prévisions de départ, il y est en avance, puisque ce sont 138 villages représentant 10.295 foyers, sur un ensemble de 267 douars, qui y seront électrifiés à la fin de l’année, notent-ils. Au rythme actuel, les objectifs qui visent l’électrification de 38.000 villages en 2007, sur toute l’étendue du territoire national (nécessitant 20 milliards de Dh) seront largement atteints.
Dans la Commune d’Oulad Hcine dans la Province d’El Jadida, ce sont 12 villages sur 45 qui sont raccordés grace au PERG réseau. Le reste des dossiers est en cours de réalisation (01), de notification (27) ou soumis à la validation de la Commission provinciale (5). Dans la commune de Sidi Smaïl, ce sont 25 villages sur un total de 39 qui sont déjà réalisés dans le PERG Réseau, alors que les 9 douars concernés par le solaire sont soumis à la validation de la Commission Provinciale. A Mogress, les mêmes évolutions sont constatées.
Mais comme le parfait n’est pas de ce monde, ce programme qu’on pourrait aisément déployer ailleurs, afin qu’il serve d’exemple ne satisfait pas tout le monde. Certains trouvent que les équipements ne fonctionnent pas bien. L’un d’eux nous a affirmé, que n’ayant que deux lampes et un téléviseur, vers 22 heures, il se retrouve dans le noir total! Je n’ai même pas de réfrigérateur, déplore-t-il. d’autres, plutôt râleurs sur les bords, trouvent le montant à payer un peu élevé, 65 Dh par mois pour le PERG solaire et 100 Dh pour le PERG par réseau. Ils ont en outre trouvé anormal que les lieux d’encaissements soient si retirés et souhaitent plus de proximité.
D. MB.
Historique de l’Électrification Rurale au Maroc
1963-1981: L’ONE procédait sur ses fonds propres à l’extension des réseaux de transport et de distribution (y compris en milieu rural)
1975: Décret instituant le fonds spécial pour le financement de l’électrification rurale
1980: Mise en place du Programme National d’Électrification Rurale (PNER)
1982-1986: PNER I: 287 villages ruraux (68.000 foyers). Financement: 50% par l’Etat et 50% par les collectivités Locales
1986- 1992: PNER II: 843 villages (155.000 foyers). Financement: 100% par les collectivités locales
1995: Taux d’électrification rurale 18%
1996: Lancement du Programme d’Électrification Rurale Global (PERG): objectif initial: globalisation de l’électrification à l’horizon 2010.
2002: Accélération du rythme d’électrification Rurale. Nouvel objectif: généralisation de l’électrification en 2007.
2004: Taux d’Électrification Rurale à 72%
Trois questions à M. Mohammed Boutaleb,
Ministre de l’Energie et des Mines
La Nouvelle Tribune: Y a-t-il eu pour le PERG des fonds de soutiens internationaux non utilisés?
M. Mohammed Boutaleb: Ce programme est financé sur le budget de l’Etat. Nous n’y recevons pas de soutiens d’organismes internationaux. Il se trouve qu’à travers la société civile, nous avons pu bénéficier de participations actives. Aussi bien pour aider les populations à se brancher aux réseaux ou obtenir un kit solaire, nous avons ainsi bénéficié de soutiens existants et permanents.
Quelles ont été les difficultés et contraintes que vous avez rencontrées dans la réalisation de ce programme?
Le PERG a démarré en 1995, pour répondre à la politique de développement du monde rural, prônée par SM le Roi Mohammed VI. L’objectif était de généraliser l’accès de l’électricité en 2010. Comme vous le savez, sur les hautes instructions de SM le Roi, cette échéance a été ramenée à 2007. Pourtant au début, le programme est apparu trop ambitieux., c’est vous dire les avancées notables réalisées.
Il reste tout de même un principe, qui veut qu’il n’y a pas de programme qui ne se déroule sans des écueils. Heureusement que le PERG a fait l’unanimité autour de lui. S’il a très bien réussi, c’est que le citoyen se l’est approprié. Il bénéficie de l’adhésion de tous.
Afin de réduire davantage le coût de l’électricité, et maîtiser la consommation, envisagez-vous des exonérations pour vos partenaires?
Il faut comprendre que sur le PERG solaire, le consommateur paie une traite pour régler sa participation à l’acquisition du matériel, tandis que pour le PERG par réseau, il doit s’acquitter d’une somme de 2500 Dh pour participer au frais. Sur ce dernier cas, il peut avoir des facilités pour régler sa participation et sa consommation. Nous allons plus loin, dans la mesure où nous innovons en introduisant la carte de consommation prépayée, pour une meilleure maîtrise de la consommation. Avec cette carte à puce, le consommateur arrive à mieux gérer l’énergie qu’il utilise.
Propos recueillis par
Daouda MBaye