Deux jours pour débattre de la thématique “la conception et la gestion durable des barrages dans la méditerranée”. Certes l’heure n’est pas gravissime mais cette conférence régionale sur les ressources hydriques interpelle plus que jamais les politiques et les professionnels pour revoir et coordonner leur stratégie en vue de la sauvegarde des eaux. La rareté de cette ressource fait que les ouvrages ont besoin d’une nouvelle conception, laquelle doit s’inscrire dans la durée pour palier les conséquences négatives de l’envasement, un des plus grands problèmes auxquels sont confrontés aujourd’hui les aménagements existants.
Organisé lundi et mardi au CAC de Rabat, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’atelier régional “la conception et la gestion durable des barrages dans la Méditerranée” a montré à plus d’un titre que la problématique de l’eau ne peut se résoudre individuellement et qu’il faut désormais penser à l’après barrage. Les différentes politiques, dans le secteur de l’eau, doivent prendre en considération les besoins évolutifs des populations, qu’ils soient d’ordre économique, social, énergétique, touristique ou environnemental. Et le Secrétaire d’État chargé de l’eau, M. Abdelkbir Zahoud, en a conscience. Cet ingénieur qui n’a pas cessé, dans son intervention, de démontrer la politique nationale visant à pérenniser les ressources hydriques du Maroc notamment par la construction de barrages depuis les années d’indépendance. En la matière, le Maroc est pris aujourd’hui comme exemple même si certains des ouvrages subissent l’envasement, diminuant de facto certaines capacité de stockage. D’ailleurs, le rapport mondial sur les grands barrages aborde le problème dans ce sens même si les spécialistes estiment que ledit document est très global. D’autant plus que les conditions climatiques dans le Bassin méditerranéen accentuent les phénomènes d’évaporation qui provoquent évidemment des “ pertes ” de volumes d’eau importantes à partir des plans d’eau dont la surface totale est équivalente à 2/3 de la superficie de la Belgique. L’évaporation potentielle dépasse l m par an et atteint même 2m par an dans les pays du Sud. Ce phénomène réduit souvent et, parfois, annule l’intérêt de construction de barrages dans certaines régions.
L’avant-gardisme marocain
Pour ce qui est du Maroc, il est cependant à signaler qu’en matière de mobilisation des ressources en eau de surface, thème du présent atelier, “ la capacité de stockage des grands barrages est passée de 1, 8 Milliard de m3 au lendemain de l’indépendance à environ 16 Milliards de m3 aujourd’hui et le volume d’eau régularisé par an et par habitant a plus que doublé, passant de 158 à 340 m3 et ce malgré l’importante croissance démographique qu’a connue notre pays, dont la population a été multipliée par trois durant les cinquante dernières années ” a déclaré le ministre aux conférenciers. Sans oublier que l’accès à l’eau potable en milieu urbain est généralisé et une nette amélioration a été enregistrée depuis l’indépendance. Le taux des branchements individuels a presque doublé, augmentant de 46% à 90% sur la même période. Dans le même sillage, soutiendra M. Zahoud, le développement agricole et de l’amélioration des conditions de vie des populations rurales, a connu plus d’un million quatre cent mille hectares irrigués, permettant ainsi de sécuriser un revenu stable à un nombre équivalent de familles, et le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural qui n’était que de 5% au lendemain de l’indépendance est passé à 61 % à fin 2004, correspondant ainsi à 16550 localités desservies et avec les projets en cours de réalisation, ce taux atteindra 70% à fin 2005. D’ailleurs, ces efforts louables ont été reconnus et salués par l’Organisation des Nations Unies qui a décerné en 2004 le prix de l’amélioration des services rendus aux citoyens au Secrétariat d’État chargé de l’Eau pour le programme d’approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales.
Politique hydrique depuis des décennies
Pour illustrer ces réalités, il faut citer le barrage Aoulouz au sud du pays, mis en eau en 1991 et qui a été conçu en béton compacté au rouleau à un moment où cette technique n’était connue que des USA et du Japon. En sus, cette nouvelle technique a permis de réaliser une économie substantielle, estimée à 15% du coût par rapport à une solution classique. D’ailleurs, les 113 barrages que compte notre patrimoine hydraulique, plus de cinquante ont été l’oeuvre exclusive des compétences nationales. Ceux-ci, de typologies différentes (barrages en remblai, en enrochement avec masque amont, poids, voûte, béton compacté au rouleau) et de complexité variée ne souffrent d’aucune défaillance et remplissent les fonctions pour lesquelles ils sont destinés. Le but de cet atelier était donc d’examiner plus attentivement, d’une part la situation des pays de la Méditerranée à travers des expériences et actions réalisées, et d’autre part de proposer, au terme des réflexions et des débats entre représentants de ces pays, une synthèse méthodologique afin de faciliter l’élaboration de démarches intégrées et durables relatives à la conception et à la gestion de tels ouvrages. D’où l’importance cardinale de cette rencontre. En effet, sortir du siècle du feu pour entrer dans le siècle de l’eau montre que l’eau est une source de vie et de richesses occupant une place privilégiée dans toute politique de développement économique et social. De même, l’eau est un vecteur essentiel dans toute stratégie de protection de l’environnement naturel. Pour les conférenciers, en intégrant ces deux composantes, la gestion durable de l’eau se doit d’être conciliatrice entre politique de développement et de protection de l’environnement. D’ailleurs, de par sa spécificité, la Région Méditerranéenne se retrouve à la croisée des chemins de cette conciliation. D’où un thème a été consacré à ce sujet intitulé “Conception et Gestion durable des barrages”.
M.S.
Compétences nationales à l’œuvre
Le secteur de l’eau a pendant longtemps offert un vaste champ d’action qui a suscité la constitution de nombreuses structures d’ingénierie et de travaux spécialisés. Le Maroc bénéficie actuellement en la matière d’un savoir-faire internationalement reconnu et d’une approche originale et propre des problèmes de mobilisation et de valorisation des ressources en eau. Le savoir-faire et la capacité d’innover des grandes entreprises marocaines de génie civil, incontestables aujourd’hui, doivent beaucoup aux enseignements tirés d’ouvrages “expérimentaux” pour lesquels la commande publique a joué un rôle moteur. Sur les 110 barrages que compte notre patrimoine d’ouvrages hydrauliques, plus d’une dizaine ont été l’oeuvre exclusive des compétences nationales et ce, tout au long de la vie du projet; c’est à dire depuis la conception jusqu’à l’élaboration des guides d’exploitation et de maintenance productives. Ceux-ci, de typologies différentes (barrages en remblai, en enrochement avec masque amont, poids, voûte, béton compacté au rouleau) et aux niveaux de complexité variés ne souffrent d’aucune défaillance et remplissent les fonctions pour lesquels ils sont destinés. Nombreux sont les exemples qui montrent que les économies réalisées sur les barrages conçus par les bureaux d’études marocains sont si importantes quelles justifient amplement l’effort fait par l’état pour les encourager. On peut citer à titre d’exemple le barrage SMIR qui a subi des simplifications considérables dans sa conception. Résultat: il a pu être réalisé par des entreprises marocaines n’ayant aucune expérience des barrages, ce qui a permis au Maroc de faire une économie de près de 30% sur le coût de réalisation qu’il aurait coûté s’il avait été construit par une entreprise étrangère spécialisée.