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Entretien avec Mohamed Ennabli, Président de l’Institut Méditerranéen de l’Eau Protecton des ressources hydriques

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La Nouvelle Tribune : Dans votre allocution introductive, vous parliez de l’après barrage. S’agirait-il d’une nouvelle problématique en matière de ressources hydriques ?
Mohamed Ennabli :
Pour le moment, l’après barrage n’est pas une problématique puisque la plupart des barrages réalisés ne sont qu’au début de leur vie en tant qu’ouvrage. Mais il ne faut pas cacher les véritables problèmes. Et l’un des problèmes posés, outre certains impacts négatifs des grands ouvrages sur l’environnement, il y a celui de la durabilité. Comme vous le savez, quand on construit un barrage, c’est pour réaliser artificiellement une certaine capacité de stockage. Dans la conception des ouvrages, on prévoit même une certaine réserve morte qui ferait disparaître, au fur et à mesure, le comblement du barrage. Mais en réalité l’envasement, au fil des années, va dépasser la capacité de stockage  prévue par le concepteur et, petit à petit, le barrage va se combler. Par ricochet, le taux de régularisation diminue et, à terme bien entendu, l’ouvrage ne sera plus d’aucune utilité. Or dans une région comme le Maghreb, une durée moyenne de vie des barrages est de cinq ans. D’où il faut sérieusement réfléchir à cette question.

En l’absence d’une politique commune en matière d’eau dans les régions méditerranéennes, une telle rencontre peut-elle avoir une valeur ajoutée dans la gestion des ressources hydriques ?
L’objectif d’un atelier comme celui qui s’est tenu lundi et mardi à Rabat, est justement de faire évoluer le concept de ces ouvrages. C’est un aspect strictement nécessaire dans les régions méditerranéennes où les ressources en eau ne sont pas régulières du fait du régime climatique qui existe dans cette partie d’Afrique. Et justement, les barrages sont là pour régulariser les ressources irrégulières lesquelles sont indispensables dans notre vie. L’objectif donc d’une telle rencontre est de réexaminer les façons de faire et que l’on adopte un mode de gestion  qui puisse pérenniser l’ouvrage. Pour cela, il faut évacuer les charges solides qui ont tendance à s’accumuler derrière le barrage. Ce que nous proposons, c’est d’abord d’utiliser les barrages pour contenir les crues et maîtriser les nuisances des eaux de crues. Une fois cet aspect maintenu, nous envisageons d’autres alternatives pour contenir les eaux à l’aval du barrage dans les réservoirs souterrains. Une telle démarche a pour objectif de gérer les crises excédentaires en termes d’apports pluviométriques mais également les périodes de sécheresse en rechargeant les nappes à partir de ces eaux excédentaires. C’est une façon d’assurer une gestion pluriannuelle des eaux de surface comme des eaux souterraines.

Dans ce contexte, quel peut-être l’apport de l’IME à une stratégie ?
L’Institut méditerranéen essaie d’accompagner les gestionnaires de l’eau en leur montrant les concepts sur lesquels sont basées certaines démarches politiques de l’eau et éventuellement d’autres voies qui ouvrent de nouvelles perspectives. L’objectif est bien entendu d’assurer la pérennité des acquis et la durabilité de l’infrastructure hydraulique qui a été acquise à grands frais et dont on ne peut pas se passer. Nous travaillons avec les différents opérateurs de l’eau des régions méditerranéennes pour aider les gestionnaires à assurer les meilleurs services au moindre coût en essayant d’éviter au maximum les impasses techniques, économiques, financières, sociales ou environnementales.

Propos recueillis
 par Mamady Sidibé


Le marché de 1’ingénierie au Maroc

Détenu exclusivement par les opérateurs étrangers le lendemain de l’indépendance, le marché marocain de l’ingénierie des barrages s’est fortement développé au fil des trois dernières décennies sous l’impulsion de l’Administration de l’Hydraulique qui bénéficiait d’ingénieurs hautement qualifiés et très dévoués. Ainsi, des groupements et associations entre l’ingénierie locale et l’ingénierie internationale, se sont constitués alliant bonne connaissance du terrain et haut niveau d’expertise pour répondre valablement à la croissance du marché des infrastructures dont les ouvrages hydrauliques ont, pendant une longue durée, représenté le principal segment. Depuis le début des années quatre-vingt, les études des grands barrages sont réalisées en totalité par les ingénieurs-conseils marocains. En outre, la prise en charge et l’accomplissement avec succès des missions d’étude, d’expertise et de contrôle de retenues , petits et moyens barrages a permis à l’ingénierie nationale de s’affirmer. Sur un autre registre, dans le domaine des travaux, fortes des réalisations accomplies, des entreprises marocaines ont pu rivaliser avec des concurrents redoutables et remporter des appels d’offres sur des projets qualifiés de très redoutables. Les incidences directes étaient l’allégement des coûts de construction, le gain en devises et la capitalisation du savoir-faire dans ce domaine vital.

 

IME en bref

Créé en 1982 à Rabat, l’Institut Méditerranéen de l’Eau est historiquement le premier réseau d’experts qui rassemble les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée. Il constitue un lieu d’échanges, de savoir-faire, un espace de rencontres et de discussions entre les différents opérateurs pour promouvoir et développer les outils et techniques à même de permettre au secteur de l’eau dans la Méditerranée de faire face aux nouveaux enjeux. L’IME a pour objet fondamental de développer la coopération trans-méditerranéenne entre les collectivités locales et les professionnels. C’est-à-dire les institutionnels, les experts et autres intervenants dans le secteur de l’eau. Tout comme l’assainissement et l’irrigation. A ce titre, l’IME est une organisation non gouvernementale internationale à statut consultatif spécifique auprès du conseil économique et social des Nations Unies. L’IME est constitué sous forme d’une association française (Loi 1901) à but non lucratif. Ses domaines d’action concernent la climatologie, l’irrigation et le drainage, l’hydrologie et l’hydrogéologie, l’approvisionnement en eau et l’assainissement, l’épuration des eaux usées et le recyclage. L’IME s’intéresse également à la protection des eaux continentales ainsi que la valorisation du milieu aquatique.



 

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