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La flambée du brut : Le baril d’assurance face au baril de risque

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C’est par nuances successives que M. Pierre Terzian, Consultant International en Energie et Directeur de la revue Pétrostratégies, a abordé le sujet d’actualité: «Pétrole: flambée des prix et perspectives», autour duquel était axé le débat, dans le cadre du cycle de conférence de la Royal Air Maroc (RAM). M. Saddok, Directeur Général Adjoint de la RAM, qui l’a introduit a mentionné qu’un tel débat vient à point nommé, puisqu’entravant la croissance de divers secteurs, surtout celui du transport aérien (5% de consommation mondiale), puisqu’il ne s’agit pas d’un pic, mais d’une tendance lourde et durable. En effet, le brut et ses dérivés pèsent sur les budgets. A la RAM (flotte très jeune, 7,5 ans en moyenne donc consommation de 15 à 20% moins élevée), la facture du kérosène a été multipliée par 2, et les politiques de couverture du risque ont été quelque peu bousculées. Une telle rencontre ne pouvait qu’éclairer les uns et les autres pour atténuer les appréhensions face aux évolutions du pétrole et mieux maîtriser la question.
Le conférencier a finalement réfuté la thèse de l’épuisement de la ressource pétrolière, arguant l’exploitation encore timide de l’offshore ultra profond, des pétroles non conventionnels (pétroles lourds et autres schistes bitumineux), l’utilisation des énergies alternatives, pour ensuite rectifier l’hypothèse d’une trop grande dépendance du monde aux pays producteurs... ceci expliquant cela... Se penchant sur la pseudo-surrenchère du brut, car dit-il malgré l’augmentation du prix du pétrole, en terme nominal, l’accroissement réel reste beaucoup plus modeste (le prix moyen de 49,6 $/baril, en 2005, correspond à 12,4 $/ baril de janvier 1974). Il a donc reconnu que c’est ce qui explique la non réaction de la demande, à la baisse, pendant très longtemps. Se justifiant, il a fait remarquer qu’en effet, les prix se sont à peine écartés de leurs niveaux de 1975. Elle n’a réagi que lorsque le baril a atteint des niveaux de 55 à 60 $ le baril.

Investissements lourds

Il est vrai que lorsque le brut a frôlé les 70 $, les décideurs se sont souciés sérieusement de la croissance mondiale. L’explication, évidente, vient de la forte explosion de la demande mondiale, qui a pratiquement quadruplé en l’espace de 2 à 3 ans, passant d’une variation de 660 millions de barils/jour entre 1999 -2002 à plus de 2.220 millions de barils/ jours en 2003-2004. En Amérique du Nord, en Chine, ou encore en Inde, la consommation a respectivement quintuplé, triplé et doublé. Les conséquences ont été la rupture entre les cycles de l’offre et de la demande, a indiqué M. Terzian. Cet expert de renom a confirmé que pour mettre sur le marché un baril de pétrole, il faut au moins 5 ou 7 ans, voire même 10 ans dans certains cas de figure. Il se pose donc le problème de la garantie de l’approvisionnement, qui nécessite des investissements lourds.
Heureusement, qu’aujourd’hui la tendance est à la baisse, a noté le conférencier, avant de s’empresser d’avancer qu’ensuite tout dépendra de l’action de l’OPEP. Il trouve que cette organisation, avec 40% de production et 45% des exportations mondiales, pèse sur le marché. A tous ceux qui s’interrogent sur l’utilité de l’OPEP, il a répondu que: «Indispensable, elle est d’une utilité capitale, et sa non-existence signifierait tout simplement un désastre pour le marché». Son rôle dans la fixation de prix de référence ou pour réguler le marché se passe de tout commentaire (Voir Encadré). N’empêche que certaines limites de l’OPEP, soulevées par cet homme de terrain, proviennent du fait que le marché est influencé par plusieurs autres facteurs, notamment la fluctuation de la demande, les mouvements des stocks, la perception qu’ont les opérateurs du marché (psychologie), les incertitudes géopolitiques ou la spéculation. Dans tous les cas, un dialogue constant entre les producteurs et les consommateurs, est nécessaire.

Les alternatives en question

Grâce à une analyse géopolitique de la ressource pétrole, il a fait un large survol des zones de production pétrolifères que sont le Moyen Orient (importantissime avec 45% de la production à l’horizon 2030 et 70% des exportations), la Caspienne ( mer fermée presque sans débouchés, hormis le canal du Don, et ses 21 milliards de barils de réserves au lieu des 200 milliards annoncés par les Américains!). Il s’est tour à tour appesanti sur les différentes positions, les atouts et handicaps, ainsi que les différents courants d’influence dont des pays tels que l’Arabie Séoudite, l’Iran ou l’Irak, respectivement 22%, 11% et 10% des réserves mondiales au Moyen Orient, ou le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan ou la Russie autour de la Caspienne, sans compter des États comme le Qatar, les Emirats Arabes Unis, pour situer la ressource et ses évolutions.  
Les différentes alternatives n’ont pas été occultées. En effet, de son avis, l’augmentation des prix du pétrole va relancer le nucléaire, la récupération, et la diversification des ressources d’énergie dans certains pays. Le nucléaire est complémentaire du pétrole, il est en compétition avec le gaz plutôt qu’avec le pétrole. Ce ne sera pas une énergie principale, mais l’apport du nucléaire sera une bonne chose pour équilibrer le marché, dira-t-il en aparté. Sur l’économie d’énergie, il a signifié qu’elle a toujours un sens, même pour des pays qui ne sont pas encore de grands consommateurs d’énergie, car il y a toujours quelque part du gaspillage à réduire, sinon à éliminer.
A ceux qui redoutent une hausse vertigineuse, et la psychose d’un baril à 100 $, M. Terzian a été catégorique. De son avis, il ne faut pas s’attendre à un baril à ce prix (du moins pas dans pendant cette crise là), sauf en cas d’accident politique ou social ou ethnique, c’est-à-dire, au cours d’une guerre, d’une révolution ou d’un coup d’état.

D. MB.


Sur le rôle de l’OPEP sur la fixation d’un prix de référence
Il faudra espérer qu’elle ait suffisamment d’influence sur le marché pour stabiliser les prix. On peut compter sur elle, parce qu’elle a démontré les preuves de sa capacité de gérer le marché.
Devra-t-on s’attendre à la fixation d’un nouveau prix de référence? maintenant, l’OPEP va fixer des prix de référence en tenant compte de ce qui s’est passé. On s’est rendu compte que le prix de 25 $ le baril en moyenne n’était pas suffisant pour équilibrer l’offre et la demande. Il l’a été pendant un certain moment. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, donc il faut fixer un nouveau prix de référence qui garantisse aux investisseurs la rentabilité et aux consommateurs un prix qui ne soit pas trop élevé. Il se situerait entre 35 et 45 $ le baril, il faudra que l’OPEP analyse bien la situation et voit à quel seuil de prix la demande réagit à la baisse et quel seuil de prix a pesé sur la croissance mondiale, et en fonction de cela, qu’elle décide d’une nouvelle référence de prix.



 

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