Les cours actuels du baril de pétrole dépassent de loin toutes les prévisions. Excepté deux hausses successives, de 5% en moyenne sur le litre de carburant, chacune, jusqu’à présent l’Etat a supporté tout seul la flambée du brut. Pour très probablement asseoir une vérité des prix progressive, le Ministre de l’Énergie et des Mines, M. Mohamed Boutaleb, a prévenu, jeudi dernier à Rabat, que son Département est en train d’étudier, avec ses homologues, concernés, la mise en application d’un système de prix, idéalement arbitré. Aujourd’hui, c’est la situation des arriérés, et le déficit global de la Caisse de Compensation qui inquiètent plus d’un. En effet, au 31 août 2005, les arriérés de la Caisse de Compensation vis-à-vis des sociétés de distribution se situaient à 3,7 milliards. Des estimations, jugées un peu justes par des analystes, prévoient le déficit global de la Caisse à près de 7 milliards Dh à la fin de l’année en cours. Devant un tel cas de figure, le Ministre de l’Energie et des Mines a signalé, au cours d’une réunion avec la Fédération de l’Énergie et le Groupement des Pétroliers du Maroc (GPM), que son Département est conscient de l’importance des difficultés financières rencontrées par le secteur pétrolier. Il a notamment assuré que en raison des démarches entreprises auprès des Départements concernés pour trouver les solutions adéquates. Maintenant, tout porte à croire que le système d’indexation des prix, avancé pour entrer en vigueur, se fera progressivement. La répercussion automatique des fluctuations des prix internationaux (à la hausse comme à la baisse) sur les prix intérieurs, se fera donc progressivement.
Approvisionnement normal, mais…
Il est vrai que face à une conjoncture extrêmement difficile sur le marché pétrolier, l’État se doit de satisfaire, à la fois, les deux agents économiques que sont les consommateurs et les opérateurs du secteur. Ces derniers, qui ne manquent pas d’idées, par la voix du Président de la Fédération de l’Énergie, M. Moulay Abdellah Alaoui, militent plus pour des politiques de soutien que de subventions, et vont même jusqu’à proposer un New Deal Energétique pour le Maroc avec plusieurs stratégies (nous y reviendrons ultérieurement). Sans aucun doute, le Centre d’Etudes et de Prospectives Energétiques (CEPE), en cours de création, apportera une contribution non négligeable dans la gestion du dossier pétrolier. Le Ministre n’a pas manqué de saluer les efforts déployés par les opérateurs pétroliers pour assurer l’approvisionnement normal du marché, en dépit du contexte actuel. Il a en outre souligné que le Comité National des Approvisionnements, regroupant le raffineur et les distributeurs, continue à assurer la régulation et la programmation de l’approvisionnement en produits pétroliers. Quant à l’approvisionnement prochain du marché, il n’y a aucun souci à se faire sur ce plan. M. Boutaleb a bien précisé que le programme prévisionnel d’approvisionnement, pour la période allant de septembre à décembre 2005, est déjà établi, tandis que celui de l’année 2006 est en cours de finalisation. Les consommateurs, qui s’attendent le plus naturellement du monde à des hausses, plébisciteraient un système qui rendrait la pilule la moins amère possible.
D. MB.