Comment se porteront la politique et l’économie mondiale lors du second mandat du président des Etats-Unis, M. George W. Bush? Cette question taraude nombre de spécialistes des questions internationales. Les innombrables événements tragiques qui ont marqué le premier mandat du président américain (11 septembre 2001, guerre d’Irak, etc.) y sont pour quelque chose.
D’emblée, M. Thierry de Montbrial a souligné la forte imbrication actuelle entre le politique et l’économique avant de décortiquer quelques unes des tendances lourdes de l’économie mondiale. A commencer par la mondialisation de l’économie qui s’est accélérée au cours de ces dernières années mais dont “les contours demeurent mal éclairés et les conséquences géopolitiques et économiques très importantes”, comme l’a bien signalé le Directeur Général de l’IFRI. Ensuite, il y a bien évidemment les grands mouvements en Asie et qui touchent particulièrement la Chine et la Russie et dont les conséquences géopolitique et économique sont très importantes. Concernant la Chine, M. De Montbrial pense qu’il est très probable qu’elle détrône les Etats-Unis de leur position de première puissance économique mondiale dans une trentaine d’années. Avec des réserves estimées à plus de 700 milliards de dollars, elle dispose des moyens financiers énormes pour entretenir sa forte croissance économique sur plusieurs années encore. Cumulant des taux de croissance du PIB en forte progression depuis 27 ans, la Chine est devenue aujourd’hui, à côté des Etats-Unis, la principale locomotive de l’économie mondiale, attisant du coup des craintes de la plupart des pays, aussi bien développés qu’émergents. Pour l’expert français, ces pays ne doivent pas focaliser leur attention sur l’impact de l’essor de la Chine sur leurs économies. Au contraire, les économies touchées par l’expansion chinoise doivent s’adapter à la nouvelle donne en rendant leurs tissus économiques plus compétitifs. “Les américains l’ont fait sous le règne de Bill Clinton (…) et les pays scandinaves ont pu adapter leur système de protection social tout en conservant leur compétitivité”, fait-il remarquer. Par contre, les grands pays européens (Allemagne, France et Italie) ont du mal à suivre le tempo imposé par la Chine. Les Etats-Unis également se trouvent confrontés à la Chine sur certains dossiers dont le textile et la sous-évaluation du yuan chinois.
S’adapter est la règle
D’où la crainte exprimée par le patron de l’IFRI de voir que “les peurs et les incapacités d’adaptation de certains pays ne se traduisent par un retour au protectionnisme”.
Parlant de la Russie, qualifiée actuellement de pays encore “malade”, le spécialiste français des questions internationales note que “d’importants progrès sont réalisés au cours de ces dernières années et que le pays s’appuie sur des ressources naturelles importantes et un système éducatif performant hérité de l’ex-URSS”.
Enfin, l’autre tendance lourde est liée à la lutte contre le terrorisme. En effet, depuis les événements du 11 septembre 2002, les Etats-Unis se sont lancés dans une guerre sans merci contre le terrorisme développant tout une idéologie de lutte basée contre “l’axe du mal”. Seulement, les conséquences de l’invasion de l’Irak ont baissé les ardeurs des américains et remis en cause leurs objectifs d’envahir l’Iran et la Corée du Nord pour éviter la prolifération d’armes à destruction massive. N’empêche la crainte du terrorisme nucléaire reste très présente dans l’esprit des dirigeants américains qui essayent de combiner dorénavant la fermeté au dialogue. C’est ainsi qu’ils ont préféré laisser les pays européens négocier avec l’Iran et tentent de refiler le problème Nord coréen à la Chine. Quant au président américain, il poursuit sa volonté de “démocratiser le monde” en commençant bien évidemment par sa vision pour un Grand Moyen Orient. Reste que les moyens pour y arriver ne sont pas encore bien éclaircis.
Enfin, revenant sur le non affligé par les français à la constitution européenne, M. De Montbrial a souligné que “le recul qu’impose le non français n’est pas tellement grave en ce sens que la construction de l’Union européenne se mesure en décennies et que des réalisations extraordinaires ont été accomplies depuis le lancement du projet en 1957 dont la création d’une monnaie commune, l’euro”. Les justificatifs du non à la constitution sont à rechercher, en partie, à l’incapacité des pays européens à adapter leur modèle social face à un monde changeant.
Moussa Diop