Les exportations, encore à la traîne, n'arrivaient toujours pas à atteindre, à la fin du mois d'avril, un niveau assez critique pour renforcer la couverture des importations, dont le taux, à 50,9%, s'est dégradé d'un point, par rapport à fin février 2005. Les résultats des exportateurs dans divers secteurs confirment cette baisse. Les plaintes des opérateurs, ceux du textile en tête, sont donc bien fondées. Il est certes vrai que les évolutions sont différenciées, selon les secteurs, et souvent selon les branches d’un même secteur. Mais en général, l’étiolement est général.
Sur les quatre premiers mois de l'année, les exportations globales n'ont guère dépassé 28,116 milliards de Dhs. Comparées à leur niveau sur la même période de l'année dernière, elles ont baissé de 5,4%. D'après les derniers chiffres de l'Office des Changes, cette contre- performance est à imputer au resserrement des livraisons de produits alimentaires (-6,7%), des biens de consommation (-14,7%) et des biens d'équipements (-18,1%). Toutefois, il faut souligner que les produits phosphatés et dérivés, évoluant en sens inverse, ont progressé de 15,5%. Les ventes à l’étranger de ce genre de produits, qui totalisent près de 17,8% des exportations globales, se sont chiffrées à quelque 5 milliards de Dhs.
Cette bonne tenue du phosphate et de ses dérivés n’a pas été suffisante pour combler la hausse des importations. Celles-ci se sont accrues de 9,3%, flirtant avec 55,5 milliards de Dhs. Très vite les analystes pointent du doigt le pétrole brut (10,2 milliards de Dhs) et les achats à l’étranger de demi-produits. Les faits leur donnent raison dans la mesure où ces achats ont respectivement grimpé de 47,7% et 12,4%. Pourtant, dans cette tendance générale à la hausse, les produits alimentaires acquis de l’étranger se sont rétractés de 9,8%.
Ces constats amènent les observateurs à imputer l’érosion du taux de couvertures à une conjoncture difficile, qui ne saurait perdurer. L’avenir nous le dira.
Quel équilibre trouver ?
Quant aux opérateurs, qui subissent cette langueur, ils ne manquent pas d’idées et n’hésitent pas à faire des suggestions aux pouvoirs publics. Très récemment, il a été soulevé, du côté du Patronat Marocain (CGEM) l’idée de mettre en place des délocalisations régionales. Cela passerait, nous a-t-on précisé, par une sorte de SMIG rural! Aussi, tout ce qui peut amenuiser la compétitivité de l’entreprise marocaine, notamment tout ce qui a trait aux lenteurs des procédures administratives, a été déploré. Les entrepreneurs parlent d’évolution à deux vitesses. M. Hassan Chami, Président de la CGEM, a signifié un temps de l’économie, et un autre temps de l’Administration, qui est distinct du premier. Ce type d’entraves fait perdre des parts de marché, ne permet pas le respect des délais de livraisons… Et comme si tout cela ne suffisait pas, l’environnement actuel de l’entreprise, plombé par l’invasion asiatique, la forte pondération des coûts de facteurs, une omniprésence de l’économie informelle, la sous-facturation… n’a pas arrangé les performances des entreprises exportatrices.
Pour l’allégement des coûts de facteurs de production, les décideurs du privé appellent à des interventions sur ceux sociaux, énergétiques et fiscaux. Seulement à ce niveau, les analystes, qui trouvent que si pour le fisc et l’énergie, on ne peut qu’adhérer aux doléances du Privé, réfutent les coûts sociaux. Ceux que nous avons approchés font allusion à l’alternative de la consommation intérieure qui peut très bien booster l’économie. Pour trouver le parfait équilibre, tout reposerait-il sur le Label Maroc (basique, agricole et du terroir, moyenne gamme ou haut de gamme…) ? La question reste posée !
D. MB.