Le secteur du textile et de l’habillement traverse une période difficile. M. Karim Tazi, Président de l’Amith, qui a brossé le tableau, a fait allusion à des fermetures d’usines et à des cas de mise au chômage technique de personnel, consécutivement aux importantes contractions des carnets de commandes, aussi bien selon les cibles que suivant les produits (maille, jupes, chemises ou pantalons). Il n’a pas non plus occulté le manque de visibilité de nombreux opérateurs. Pour parer à toutes les contraintes auxquelles il est confronté, un ambitieux plan de relance a été concocté par l’Amith. Il reste que la réussite de ce plan dépend à la fois de l’engagement du Privé et des pouvoirs publics.
Nous avons appris qu’après une première rencontre le 12 janvier dernier, avec M. Driss Jettou, Premier ministre, pendant laquelle un plan de relance sur trois axes, notamment l’accompagnement à la Mise A Niveau, une plus grande attractivité du pays, et un brin de favoritisme aux entreprises leaders, une seconde réunion, reportée par deux fois en février et mars, s’est tenue le 26 avril à Rabat. Compte tenu de l’importance de ce secteur dans l’économie nationale, le Premier ministre a clairement signifié au Président de l’Amith- qui a rapporté, lui-même, ces propos- qu’il n’acceptait aucunement qu’il aille à vau-l’eau. Le benchmarking réalisé et devant considérer les protections tarifaires et non tarifaires, le SMIG et les cotisations sociales, l’IGR, les coûts de l’énergie et du transport, ainsi que la compétitivité du pays par rapport au taux de change, a révélé que des efforts importants restent à faire. Les différents résultats placent les déterminants du Maroc loin derrière ceux de ses concurrents directs (Égypte, Turquie, Tunisie, Roumanie...). A la suite de ce constat, a noté le Président, l’Amith a travaillé d’arrache-pied avec certaines administrations et des ébauches de solutions n’ont pas tardé.
Actions conjuguées attendues
Sur les volets accès à la matière, réactivité et fluidité des échanges, l’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII), au niveau de son dispositif stratégique, a manifesté son appui à des réformes tarifaires (régime économique en Douane handicapant), au développement de plate-formes industrielles d’approvisionnement et d’exportations (style Décathlon). Des Commissions Douane et Logistique ont été constituées, par l’Amith de concert avec les administrations concernées, pour privilégier certaines entreprises leaders, adoucir la répression des cas de passifs de régime économique en Douane, et accentuer la fluidité des ports (Tanger qui n’a pas de dépotage est beaucoup plus fluide que Casablanca).
Relativement au financement, aux cotisations sociales et à la promotion, un coaching financier avec l’ANPME (en gestation) et des fonds pour la MAN moins otages du système bancaire, des niveaux de taux de cotisations moins élevés et des barèmes adaptés, mais aussi plus de mesures incitatives à la délocalisation et un plan d’action budgétisé, pour promouvoir le pays, seraient fort utiles.
Pourtant malgré toutes ces contraintes, les opérateurs comptent sur leurs propres forces et se défendent, par la voix de M. Tazi, d’avoir présenté un cahier de doléances.
Des débats enrichissants, sont ressortis des suggestions intéressantes pour changer de vision, s’orienter vers des solutions régionales (euro-méditérranéennes, par exemple) plutôt que maroco-marocaines, lancer un Salon Produit Fini, promouvoir les consortia, créer un Observatoire du Textile, et surtout accentuer une communication tout azimut. Ceux-ci, notamment, M. Jabri de l’Amith, soutiennent dur comme fer que le combat de l’Amith s’insère dans celui de l’économie entière du Maroc, et que le pessimisme n’y a aucune place.
Toujours est-il que, pour les professionnels du secteur, l’une des mesures urgentes à prendre a trait à cette circulaire devant fixer les uns et les autres sur les interprétations du Code du Travail. De leur côté, cette réduction du temps de travail de 44h à 48h, ne modifie en rien le niveau du SMIG, qui lui est horaire et situé à 9,66 Dhs/h. Ils soutiennent que les entreprises, qui emploient leur personnel pour plus de 48h, n’ont qu’à payer les 4h en sus avec une majoration de 25%. Aussi, dans ce même registre, aux défenseurs de la barémisation cumulée aux indemnisations et aux dommages et intérêts à verser en cas de licenciements, ils opposent une fin de non recevoir et attendent de pied ferme la circulaire gouvernementale.
Ce qui est réconfortant, c’est qu’en dépit du démantèlement de l’AMF, de l’agressivité des produits chinois, et de toutes ces contraintes, les opérateurs croient dur comme fer en l’avenir du secteur. Ils martèlent que rien de tout cela ne pourra «tuer» le Textile et Habillement.
D. MB.