Ouvert tout d’abord par une réunion à huis clos, le Sommet des ministres arabes de Télécommunications et le Forum sur les Télécommunications et l’Internet de Marrakech, qui se sont tenus en fin de semaine dernière, posent de manière limpide la volonté des pays de la région de ne pas se laisser distancer dans une société de l’information, évoluant de plus en plus vite. Le «Pacte Mondial», UN Global Compact de 2003, ne traçait-il pas déjà les contours de cette politique?
Pratiquement tous d’accord, sur la stimulation de la coopération interarabe, l’ensemble des décideurs présents, qu’ils soient du Public ou du Privé, opérateurs ou régulateurs des télécommunications, ou autres investisseurs et experts, ont appuyé, avec vigueur, les stratégies de libéralisation du secteur pour renforcer les fondements de la société de l’information. Certains ont insisté sur le nécessaire Partenariat Public- Privé (PPP) pour mettre en place une veille technologique et se mobiliser pour fournir un contenu adapté aux besoins des populations. Les infrastructures sans des contenus appropriés faisant figure de coquille vide. Au cours de 7 sessions de travail, les unes aussi riches que les autres, malgré quelques répétitions, il est ressorti des solutions convergeant vers une plus grande utilisation de la bande large sur la trilogie voix, données et images. Les experts arabes et internationaux présents ont plaidé pour une plus importante connectivité des continents et des cultures, d’autant plus que des solutions existent sur le marché. De nouvelles technologies beaucoup plus rapides via satellites, moins chères telles que le DVB-RCS, TCP Acceleration, D-STAR (Broadband Internet via satellite) pour ne citer que ceux-là, et faciles à mettre en place, ont été présentées à l’exposition, tenue en marge du Sommet. Les ténors Arabes et internationaux, Arabsat, Eutelsat, Nortis, les chinois ZTE, Huawei, et autres Maroc Telecom, Lucent Technologies, Ebtikar Card Systems, Nokia, Alcatel, Mysys... étaient de la partie. Les recommandations à l’issue du Forum sont allées à l’accentuation de la libéralisation dans la transparence, la neutralité et l’honnêteté, par un régulateur indépendant, à la baisse des tarifs et des droits de douane sur le secteur, à l’invitation des gouvernements arabes à booster les TIC.
Des opérateurs sortent du lot
M. Rachid Talbi El Alami, ministre marocain chargé des Affaires Économiques et Générales, qui a ouvert les débats, a souligné les avancées effectuées (10 millions d’abonnés sur le mobile et 2 millions sur le Net) par le Royaume dans le secteur, en termes de politique de libéralisation donc d’ouverture à la concurrence, synonyme de baisse des prix, de vulgarisation des services, de recherche et de formation, etc. Certes, le fixe est encore à la traîne, mais sa libéralisation très prochaine lui donnera un peu plus d’entrain. Le nouveau cadre réglementaire, le renforcement de l’Agence Nationale de Régulation des Télécommunications (ANRT), la création de fonds pour soutenir la formation et la recherche, la mise en place de Plan d’Accord sur les fréquences, et le calendrier de développement sur la période 2004- 2008, qu’il a évoqués tour à tour, expriment la position du pays. Il s’agit de poursuivre la démarche entamée, et asseoir un Maroc électronique, qui compte développer le contenu numérique digital et le Net. Parmi les autres objectifs majeurs indiqués par le ministre, nous avons retenu l’accroissement de la part des NTIC dans le PNB, atteindre 100.000 emplois à l’horizon 2010 le développement des ressources humaines, et rendre plus attractif le secteur aux investisseurs. Il a justement lancé un appel aux autres pays participants pour transcender les frontières nationales, saisir ce qu’il a qualifié d’opportunité historique, pour développer le commerce interarabe. Le nombre d’utilisateurs, dans la zone, inférieur à 1% du total mondial, n’est-il pas assez significatif et stimulant, a-t-il semblé demander à l’assistance. Il n’en, demeure pas moins que les échos du Mobile au Maroc à l’international n’ont laissé personne indifférent. Ainsi, M. Raouf Abou Zaki, Directeur du Groupe Al Iktissad Wal Aamal, s’est félicité de la tenue régulière du forum, qui exprime le succès de la coopération des membres, avant d’exprimer que ce sont l’expérience et la stratégie marocaines (privatisation) ont dicté le choix du pays hôte. De son avis, il est clair que le secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sera confié progressivement aux privés. Avec l’augmentation de la concurrence, les prix baissent alors que la qualité s’améliore et les services se diversifient. Avant de conclure son propos, il s’est réjoui de l’alliance stratégique nouée avec l’UIT, qui se renforce et de donner rendez-vous aux participants à la 2ème Session de Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI), prévu en novembre 2005 à Tunis.
A ce chapitre des bonnes performances, il faut noter que les grands exploits de l’Arabie Séoudite et d’Ittisalat ont été honorés.
En tout cas, M. Khalid Benkhayon, Président Directeur Général d’Arabsat, ne doute pas une seule seconde de l’utilité de telles manifestations, qui, dit-il, permettent de hisser les télécommunications au niveau des standards internationaux. Chez eux, où des projets ambitieux pour faire un saut qualitatif et proposer des services à l’international, avec le lancement programmé de satellites de 4ème génération (vers début 2006), c’est de bon augure. Son constat est sans appel : l’initiative de Marrakech va dynamiser le secteur. Abondant dans le même sens, M. Hamadoun Touré, Directeur du Bureau de Développement des Télécommunications à l’UIT, constate avec joie l’engagement dans la région dans les TIC, après la réunion d’Alger, tenue récemment, le Forum actuel de Marrakech et les SMSI et Conférence Mondiale programmés à Tunis et Doha en 2006. Il a réaffirmé que l’UIT, qui venait de célébrer ses 140 ans le 17 mai dernier, est heureuse de collaborer avec ses membres. Citant les travaux menés avec l’ANRT marocaine sur de nombreux cas, qui peuvent être utiles à tous, partout dans le monde, il a mentionné des projets relatifs à l’éducation à distance et à la connexion d’écoles dans des douars isolés. Ce dynamisme est aussi perceptible en Arabie Séoudite, en Tunisie dans les Emirats ou en Irak, d’après leurs ministres des TIC respectifs.
Rendez vous est pris pour les 16, 17 et 18 novembre 2005 à Tunis pour la Phase II du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI).
D. MB
Ils ont dit
Mme Khadija Kharyani, Secrétaire d’Etat ICT, Tunisie:
Le développement du Net se fera certainement sur les deux réseaux satellitaire et filaire, mais essentiellement sur celui fixe. Parce que le réseau mobile de la 3ème génération, qui va supporter le réseau Internet à haut débit, a déjà pris du retard. Il faut espérer que les prochaines années soient celles de son développement haut débit sur le fixe.
Cette rencontre permet d’échanger les idées, de percevoir les stratégies et expériences des uns et des autres, de se positionner. Ce qui n’est pas évident, avec les développements rapides actuels. Il est nécessaire d’avoir une veille technologique.
Mme Jowan Fouad Maasoum, ministre des Télécommunications, Irak :
La ville de Bagdad, elle-même, a son propre réseau. Ce que nous devons faire aujourd’hui, dans le contexte difficile que vous savez, est de le réparer. Très bientôt, ce sera entièrement fait sur Bagdad et les principales provinces du pays. Dans les autres parties de l’Irak, où il n’y a pas assez de couverture nous travaillons avec notre Département National de la Communication et la Commission des Médias, pour apporter et y développer un système de communication sans fil. Nous disposons certes déjà du VSAT et la plupart de notre réseau est par Arabsat. Pour l’avenir, je suis une personne très optimiste, et à ce titre, je pressens que les choses vont aller mieux.
M. Hamadoun Touré, Directeur du Bureau de Développement des Télécommunications à l’UIT :
C’est toujours l’occasion pour nous de galvaniser le secteur privé, de lui exprimer notre engagement. Cette manifestation, qui réunit la majorité des ministres de la région, élaborant des stratégies de libéralisation, constitue une opportunité pour apporter un soutien efficient.
La Convention que nous avons signée va permettre l’établissement d’un Centre Régional de Documentation, qui sera basé à Rabat. A terme, ce sera une librairie centralisée électroniquement, pour le monde arabe. C’est une première dans la région. Cela s’est déjà fait dans d’autres régions du monde, il était temps que le monde arabe se mobilise pour aller dans ce sens.
Pour aller un peu plus vite dans le secteur des télécommunications et de l’Internet, l’orientation qui est en train d’être prise, dans la zone, de se mobiliser pour le contenu est la bonne. Les infrastructures sont en train d’être mises en place, il faut que le contenu suive très rapidement. Sans cet arrimage, ce serait une coquille vide.
Dans tous les cas, nous aidons les pays en développement par le Plan d’Actions d’Istanbul, qui a mis un cadre bien précis en six programmes. Il s’agit notamment d’aider à la réforme sectorielle qui instaure un cadre réglementaire, de soutenir les infrastructures et les services, d’instaurer les cyberstratégies ou e-stratégies, telles que e-health ou e-education, appuyer les financements et les statistiques, la formation des R H, et enfin d’ assister par le Programme Spécial les Pays Moins Avancés (PMA).
Mme Najat Rochdi, Directeur Régional du Programme ICTDAR dans les pays arabes, PNUD :
Cette rencontre est très importante, en ce sens qu’elle introduit une communication entre les opérateurs et les gouvernements de la région. Cela crée une certaine dynamique. Aussi, elle permet un échange entre les pays arabes, qui permet de monter les études de cas, par rapport à la régulation, à la réglementation, l’intégration des nouvelles technologies et la création de nouveaux segments de marchés. La question principale a été de savoir comment stimuler la coopération interarabe, et saisir la chance qu’offrent les NTIC, pour booster un peu plus les fondements de la société de l’information et de leurs utilisations.
M. Hanouf, Directeur du Technopark de Casablanca :
L’intérêt pour ce genre de forum est manifeste. Le Technopark de Casablanca est un centre qui se doit de favoriser l’émergence des nouvelles technologies, et l’appropriation de celles existantes. Cette manifestation est, d’une part, le moment de faire le point sur l’état des avancements des TIC dans les pays arabes, les technologies émergentes. D’autre part, il y a eu des interventions intéressantes sur des technologies qui vont favoriser la réduction de la fracture numérique. Toutes ces technologies peuvent être des moyens de développement, ou d’émergence, de nouvelles entreprises pour des pays comme le Maroc.
Il faut un minimum de volonté pour aller un peu plus vite. Le prix à payer est une politique volontariste des pouvoirs publics pour accompagner l’émergence des jeunes entreprises du secteur. Au vu des trois niveaux d’interventions, des politiques, qui montrent l’engagement des pays arabes envers la libéralisation, des opérateurs qui promettent de nouveaux services pour démocratiser davantage l’accès, et enfin des fournisseurs technologiques, je suis satisfait. Elles versent toutes dans le sens d’un accès à large bande, plus facile, plus abordable. Cet accès à large bande se trouve être le défi majeur pour réduire la fracture numérique. Aujourd’hui, la fracture numérique ne se limite plus à un simple accès à l’information, mais plutôt à un contenu qui fasse la convergence entre la voix donnée et l’image.
M. Abdellah Ben Malek, Président Directeur Général de Wissat :
La technologie que nous proposons est de 3ème génération, qui s’appelle le DVB-RCS. C’est un nouveau standard international, mis au point il y a deux ans, par le VSAT Global Forum. Nous y avons beaucoup investi, à travers nos partenaires, Eutelsat et Hispasat. Nous opérons dans la région Afrique et Moyen-Orient. Ce nouveau concept est extrêmement facile à déployer, n’importe où, en moins de deux heures. C’est une technologie qui n’est pas encombrante, et très abordable. Par rapport au réseau filaire, le DVB-RCS du haut débit, est 5 fois moins cher, au niveau abonnement. Tout le monde peut être interconnecté…il n’y a plus de frontières !
Propos recueillis par
Daouda MBaye