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Une loi pour la mise à niveau Transport routier de marchandises

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Publier le : April 10, 2003

La nouvelle loi sur le transport de marchandises ne pouvait laisser indifférente la Fédération nationale du transport routier (FNTR). Une institution qui a d’ailleurs accueilli favorablement le nouveau texte même si elle sait que c’est l’avenir de la Fédération qui est en jeu. Désormais, commente un responsable, le rôle de la Fédération sera uniquement un travail d’accompagnement, de formation et de suivi des dispositions mises en place par le gouvernement. Selon notre interlocuteur, la nouvelle loi est venue, à point nommé, pour restructurer un secteur qui en avait réellement besoin. Et Mme Amina Hassar, professionnelle dans le secteur, est également de l’avis de ceux qui soutiennent l’application stricte de la loi pour faire de l’activité de transport routier de marchandises un vrai métier où la transparence et la rigueur dans le service sont de mise. Directrice d’une société de transport, Mme Hassar fait allusion au laisser-aller qui sévissait dans le domaine. D’ailleurs, l’abondance sur le marché des véhicules de 8 tonnes et moins avait sérieusement affecté le secteur, surtout pour les sociétés organisées. Dans cette optique, soutient-elle, le secteur avait besoin d’être restructuré. Une réalité qui faisait de l’Office national de transport (ONT) l’unique régulateur de cette activité. «Le secteur de transport de marchandises est livré aujourd’hui à la loi du marché et sera confronté encore plus à l’informel occasionné par les véhicules de 8 tonnes et moins, qui ont inondé le marché et qui réalisent plus de 70 % des mouvements dans notre pays», dit-elle. Ce qui est aussi une perte pour le Trésor public puisque l’informel ne paie ni impôts ni taxes.

 

La mort de l’informel ?

 

Le résultat d’une telle situation a été la chute des tarifs des prestations alors qu’au même moment le prix du gasoil et les frais d’entretien des véhicules ont augmenté. Ce qui fait lui fait dire que les transporteurs aujourd’hui n’étaient plus confrontés à un problème de croissance mais à un problème de survie. «Évidemment , dans ces conditions, la notion même de gestion n’a pas lieu d’être posée». La nouvelle réglementation est l’unique moyen pour organiser le marché. Cependant, fait remarquer notre interlocutrice, toutes les actions de restructuration et de mise à niveau des entreprises sera vouée à l’échec si l’on ne commence pas par prendre des mesures réglementaires quant à l’application des tarifs. Ceci dans le but d’éviter aux entreprises d’offrir des prix qui sont étudiés suivant le marché et non le coût de revient de la prestation. Ce qui oblige certaines entreprises à faire de la surcharge et de la vitesse pour effectuer un maximum de voyages afin de rentabiliser la journée. En la matière, la nouvelle loi est appelée à remédier à de telles pratiques.  En effet, l’objectif du nouveau texte est la mise en place d’un nouveau système de transport de marchandises par l’amélioration des conditions d’exercice de la profession, la consécration des principes de fonctionnement de l’économie du marché et le rééquilibrage des relations transporteurs-chargeurs. Dans ce contexte, la loi 16/99 stipule que : «toute personne, physique ou morale qui veut exploiter un service de transport, de location ou de commissionnement doit satisfaire aux conditions d’accès à la profession pouvant porter sur : l’honorabilité, la capacité financière et l’aptitude professionnelle.» Pour les petits transporteurs de marchandises, la tâche s’annonce rude : «au temps de l’agrément, il n’y avait pas ces problèmes. Tout se passait bien», avoue le propriétaire d’un camion. Selon certains professionnels, la nouvelle loi va causer une perte énorme chez beaucoup de transporteurs, même ceux qui se croient aujourd’hui à l’abri, car il y a  risque de bradage des prix. Un avis qui n’est pas partagé par l’ensemble de la profession. Ainsi, chez certaines sociétés déjà organisées, c’est maintenant que le Maroc se prépare concrètement à la mondialisation puisque la nouvelle réforme constituait pour elles la principale revendication.

M.S.

 

Trois questions à M. Mohammed Reda EDDIHI, Directeur Général Adjoint de STIMA

Les mesures d’accompagnement sont nécessaires

 

 

La réussite de la nouvelle réglementant le transport routier de marchandises passe obligatoirement par la mise en place de mesures d’accompagnement en vue d’éviter le retour de l’informel. M. Mohammed Reda EDDIHI, Directeur Général Adjoint de STIMAF (Société de transport international marocaine frigorifique), se veut rassurant.

 

La Nouvelle Tribune : Que pensez-vous de la nouvelle loi sur le secteur du transport routier de marchandises ?

M. Mohammed Reda EDDIHI. La libéralisation du secteur transport routier de marchandises est une bonne chose d’autant plus qu’aujourd’hui le secteur du transport marocain, en général, vit dans l’informel. Il était temps de restructurer cette activité. Cependant, à ma connaissance et dans notre spécialité de transport en température dirigée, aucune mesure d’accompagnement n’a été appliquée. Notamment en ce qui concerne la formation des ressources humaines, le contrôle du respect de la chaîne du froid,  l’utilisation obligatoire de véhicule frigorifique pour tous les transports de denrées alimentaires. Ce sont des éléments sur lesquels il faudra travailler pour que ce métier devienne un travail de professionnel.

 

Existe-t-il d’autres éléments qui pourraient inquiéter les professionnels dans le cadre de cette libéralisation ?

Il est vrai que la nouvelle loi apporte une touche de fraîcheur à cette activité. Nous pensons qu’elle pourra permettre à la profession d’être mieux organisée et mieux outillée pour affronter les défis de la mondialisation. Cependant, comme dans toute libéralisation, il n’y a pas que le côté positif. A mon sens donc, les dangers de la libéralisation viendront de l’écroulement des prix du transport, l’afflux des transporteurs européens, le recul des transporteurs marocains non conformes aux normes de la mondialisation. En fait c’est un nouveau challenge pour l’opérateur marocain s’il veut se maintenir dans cette activité.

 

Autrement dit, que faut-il donc faire ?

D’abord, l’administration doit procéder à un plus grand contrôle concernant le respect des accords multilatéraux en vue d’éviter une concurrence déloyale et de mettre ainsi tous les intervenants sur le même pied d’égalité. Parallèlement à cette démarche, il faut qu’il y ait des mesures d’incitation à l’investissement des transporteurs marocains dans l’achat de matériel aux normes internationales. Enfin, sur un autre plan, il faut encourager la location de véhicules industriels, ce qui permettrait à la profession de pallier la saisonnalité du produit marocain.

Propos recueillis

 par Mamady Sidibé



 

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