«Nous ne savons pas comment faire. Nous avons répondu à un appel d’offres d’un établissement public, il y a de cela près de six mois. Le marché a été emporté par une autre société. Mais depuis lors, notre caution est toujours bloquée chez cet établissement. Une caution de 1 million de Dhs !». Quelque part à Rabat, le moral n’y est presque plus. H.F voit son activité ralentir de jour en jour. Pourtant, ce n’est pas faute de marchés ou d’opportunités. Le tort de notre opérateur est d’avoir soumissionné pour trois marchés et il est adjudicateur d’un seul AO. Pour les deux autres, les cautions sont bloquées et pénalisant son travail. «J’ai tout essayé. Chaque fois que j’appelle mes interlocuteurs, ils me demandent de patienter. Mais comment me calmer quand mon argent est gardé quelque part sans que je puisse m’en servir», ajoute HF. Cet entrepreneur n’est pas le seul à être dans cette situation. Un autre opérateur, dans la capitale économique, ne peut plus contenir sa colère. «Ce qui se passe actuellement dans les marchés d’adjudication n’est pas un bon signe pour nous les opérateurs. S’il est vrai que le processus des appels d’offres est rendu plus transparent, il n’en demeure pas moins qu’il y a des détails qu’il faut revoir, notamment le remboursement de la caution lorsqu’une société n’emporte pas un marché. Certains comptables ont pris de mauvaises habitudes qui consistent à empêcher une société de pouvoir soumissionner pour un appel d’offre», s’indigne MG, responsable d’un bureau d’études. En fait, cette situation affecte beaucoup les petites entités qui aspirent à une croissance légitime. Contacté à ce sujet, un responsable des marchés, dans un Office de transport, soutient pour sa part qu’il s’agit là peut-être de cas isolés.
«Je ne suis pas au courant de cette pratique. Par contre, je sais que certains établissements traînent les pieds pour restituer les cautions.
Des pratiques douteuses
Cela est dû en grande partie au fait que si le montant de la caution est assez élevé, alors on envisage une opération financière à court terme et qui, très souvent, n’aboutit pas», dit-il. Pourtant, la loi en la matière est claire surtout après la création des centres régionaux d’investissement. D’ailleurs, l’adjudication ne se fait plus à huis clos. Selon les témoignages d’un autre opérateur, il s’agit d’un procédé qui pénalise les petites structures . «Il y a beaucoup de sociétés qui ne répondent pas souvent aux appel d’offres. Alors, pour se présenter, elles passent par d’autres entités empêchant ainsi les candidats sérieux d’emporter le marché. C’est ainsi que l’on retrouve des petites sociétés qui emportent de gros marchés sans que l’on sache avec quels fonds elles pourront l’exécuter». Pour sa part, un spécialiste des marchés publics explique que le retard de la restitution des cautions, surtout quand elle sont élevées, est dû à un règlement de compte entre des sociétés, avant d’ajouter que cela permet de rétablir l’équilibre. «Il ne faut pas permettre à une seule société d’être présente dans tous les AO, si non nous serions en face de la sous-traitance. Et si tous les projets sont exécutés de cette façon, nous risquons de ne pas aboutir à un résultat car le cahier des charges ne sera jamais respecté à la lettre. C’est le retard et autres subterfuges qui se succèdent pour détourner ainsi le projet de son contenu initial». Ce qui ne fait pas le bonheur des établissements à l’origine des appels d’offres. C’est dire que le débat sur le marché public refait surface pour beaucoup de temps encore.
M.S.