Longtemps relégué au second plan, le tourisme interne a fini par émerger en tant que priorité. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute, le tourisme national représente une valeur ajoutée indéniable pour le secteur. Le taux de progression est en évolution permanente. En 2003, les nuitées ont enregistré une évolution de 8% par rapport à 2002. En 2004, le tourisme interne a enregistré 2 857 602 nuitées, soit une progression de 7% par rapport à l’année précédente. Ce qui fait du tourisme local le second marché émetteur derrière la France. D’où une stratégie de développement pour le tourisme interne, qui est sans équivoque substantielle et donc cruciale pour le développement du secteur. Ce plan d’action s’inscrit dans le cadre d’une stratégie nationale de développement du tourisme interne qui répond aux directives Royales objet de l’article 14 de l’accord d’application de l’accord cadre. “Sans le développement du tourisme local, les objectifs du secteur ne seront jamais atteints. Le chantier du tourisme interne étant aussi important que celui de l’international”, a déclaré M. Adil Douiri, ministre du Tourisme. Le Marocain est un consommateur. C’est un bon vivant qui aime sortir, se restaurer, voyager..., néanmoins, son pouvoir d’achat demeure un frein majeur qui limite ses activités de distraction. De ce fait, il est indispensable de mettre au point une offre adaptée aux besoins du touriste local. L’objectif étant de le faire bénéficier des mêmes tarifs concédés aux TO. D’où un plan d’action qui cible le tourisme interne. Conçue par le département du Tourisme avec le concours de la fédération nationale du Tourisme et l’ONMT, en concertation avec les différents groupes de métiers du Tourisme (hôteliers, restaurateurs, voyagistes…, cette stratégie est le résultat d’une analyse minutieuse des comportements et attentes des touristes marocains. Selon cette étude, les touristes marocains qui voyagent à l’intérieur du Maroc comptent près de 6 millions, sur lesquels seuls 1 million s’adressent à une structure commerciale. Cela veut dire que “près de 73% des touristes marocains privilégient l’hébergement gratuit et leurs besoins est essentiellement orienté vers un hébergement adapté à la famille (résidences touristiques, villages de vacances de famille, campings.)” Il faut savoir que 65 % des voyages se font en groupe, 9% en couple et 26 % seul, avec une forte concentration des voyages pendant l’été. Tout comme 90% des voyages de vacances ont été réalisés par les catégories socioprofessionnelles E, D ET C- (qui ont un revenu de 2000 à 8000 Dhs), qui privilégie soit l’hébergement gratuit ou l’informel. Tandis que la part du commercial formel augmente lorsqu’on passe dans une CSP plus à l’aise. Elle passe à 41% pour A et B (revenu entre 16000 et 22000 Dhs) au lieu 11 % pour la catégorie E. Le pouvoir d’achat étant limité, le critère du prix est donc décisif dans ce choix. D’où l’intérêt de mettre en place des structures adaptées à chaque cible, avec des tarifs en adéquation avec l’offre et un réseau de distribution mieux organisé. L’objectif étant de faire basculer une partie de la demande vers des structures commerciales formelles.
Partant, la stratégie déclinée par le département de M. Adil Douiri comprend trois phases. La première phase qui s’étend de 2003 à 2005 concerne les campagnes promotionnelles de Kounouz Biladi. La seconde phase qui va de 2005 à 2006 concerne la mise en place d’un système de distribution moderne et innovant afin d’agir sur les prix des nuitées dans l’hôtellerie.
7,2 millions de voyages à l’horizon 2010
A cet égard, un appel d’offres sera lancé en mai 2005 en vue de créer cinq TO pour le tourisme national. L’idée étant de développer un réseau de distribution mieux structuré, en vue d’une offre compétitive susceptible de stimuler la demande interne. A partir de 2007, la création de nouvelles structures à travers la création de zones touristiques intégrées (qui se décline tel un mini plan azur) à proximité des centres urbains, dans différentes régions du Maroc, en vue de répondre aux besoins de chaque catégorie sera lancée. L’objectif étant de passer de 1.1 million à 2 millions de voyages de vacances en interne vers une structure commerciale formelle et de 6 millions de touristes locaux à 7,2 millions en 2010. Pour ce faire, il faut disposer d’une capacité de 42 000 lits dont 37 000 nouveaux lits à créer et 5000 sont rénovables répartis selon les catégories socioprofessionnelles. Il s’agit donc de consolider dans une première étape les programmes existants, de lancer une opération de mise à niveau des campings, en les concédant à des gestionnaires professionnels sur la base de cahiers de charge spécifiques à partir du premier semestre 2006 ; d’ouvrir au public les COS et enfin développer de nouveaux produits, notamment les appart’hôtels qui semblent le mieux adaptés au Marocains qui voyagent en famille.
Sachant que le tourisme interne est connu par sa saisonnalité, il y a un problème de rentabilité qui se pose. Comment peut-on rentabiliser une structure hôtelière qui ne fonctionne que deux mois par an, dans une logique de résultat et de retour sur investissement ? Selon les artisans de cette stratégie, deux mesures d’accompagnement permettront d’optimiser la rentabilité de l’offre. En premier lieu, étaler le calendrier des vacances scolaires. L’idée étant de diviser le Maroc en deux régions. Au moment où une région sera en vacances, l’autre aura école, en vue d’optimiser les taux d’occupation et d’éviter les booms du mois d’août. En second lieu, “ il est impératif de développer un système de distribution agressif et moderne où les nouvelles technologies de l’information seraient de mise. Car il ne suffit pas de développer des produits aux tarifs compétitifs, mais il faut aussi le faire savoir. Les CRT auront un rôle important à jouer dans l’élaboration de cette stratégie.”, dit-on au département Tourisme. A cet égard un partenariat entre le Gouvernement et les TO créés permettra de développer un programme de communication soutenu et un large réseau de distribution.
Il est évident qu’en théorie, la présente stratégie semble avoir pris en considération toutes les spécificités du tourisme national, en essayant d’apporter les réponses les plus adaptées, reste à savoir si la mise en route ne révélera pas des failles ou des freins.
L.Ouazry