Quel jeune lycéen ou étudiant ne rêve pas de trôner un jour sur un luxueux scooter pour se rendre au cours, ou rejoindre son club ou team? Peu, vraiment très peu, d’après ce rapide sondage effectué auprès de plusieurs groupes de jeunes, et de revendeurs de la place! Avec l’offre qui se diversifie aujourd’hui, cette population ainsi que celle des adeptes du scooter de plaisance ou de ceux qui s’en servent comme véhicule utilitaire, n’auront que l’embarras du choix. Il est vrai que ce deux roues, si commodes en milieu urbain ou périurbain, a une capacité «caméléonesque» pour se prêter à divers usages. Son encombrement réduit ainsi que sa sobriété font son succès.
Si les grandes marques telles que Honda, Yamaha, Peugeot, Piaggio (qui a raté son introduction au Maroc), Suzuki ... sont présentes sur le marché, on note l’arrivée de nouvelles marques provenant essentiellement d’Asie. Mondial Moped Maroc Industrie ou Motochima, sises respectivement à Aïn Sebaa à Casablanca et dans la zone industrielle de Sidi Ghanem à Marrakech ont carrément installé des unités de fabrication de motocycles et écoulent leurs produits sur le marché. Pas plus tard que mercredi 16 mars, le groupe vietnamien Hamarma a ouvert, en grandes pompes, à Casablanca, un premier point de vente de Scooters SYM (100 CC, 125 CC et 150 CC, voir en Encadré). Ce dernier arrivé semble avoir bien étudié les entraves, car hormis des pièces détachées en disponibilité, il propose un financement du permis de conduire et des facilités de paiement.
A côté de ces opérateurs, d’autres importateurs «au container», si ce ne sont des vendeurs de scooters d’occasions ou volés, mettent sur le marché une offre pléthorique. «Par rapport à ce que nous avons vécu il y a deux ou trois ans, le marché se trouve ainsi très désorganisé», souligne Mme Soumaya Berrada, Directrice Marketing chez Mifa (Yamaha). Même son de cloche chez Univers Motors Sealand (Honda), confirme Mme Alaoui, Directrice du Département Motos. Celle-ci affirme que le marché est aujourd’hui très perturbé et manque de structuration. Beaucoup de marques ont fait leur apparition, certaines ont disparu aussi vite qu’elles sont apparues. Devant cette abondante offre, le client se trouve perdu. Des importateurs, soucieux de leurs uniques gains, ont mis sur le marché des containers pour les écouler uniquement, sans pièces de rechanges derrière... Un autre écueil de taille a trait à la faiblesse du pouvoir d’achat du consommateur marocain. M. Taha, cadre au sein de la société Taha Taieb SARL (ventes de pièces détachées) mentionne que: «malgré le côté pratique du scooter, son prix reste encore assez élevé». C’est ce qui explique, en partie, le succès des scooters d’origines chinoise ou taïwanaise à prix fort réduits. Hadj Abdellah Aït El Khadir, Directeur de General Motocycle, confirme que ces types de scooters sont effectivement beaucoup moins chers et se vendent comme des petits pains. Les 50 CC Kymco marchent très fort actuellement. Toujours est-il que les clients avertis arrivent à faire la différence et mettent le prix qu’il faut pour acquérir un produit de qualité supérieure, qui comprend tout un service après-vente derrière, des garanties, voire même un service avant-vente (voir trois questions avec Mme Soumaya Berrada de Mifa).
Une restructuration souhaitée
Mais ce qui désorganise encore plus le marché relève de cette sorte de dumping que pratiquent des commerçants qui écoulent des scooters de la gamme des 100 CC avec des cartes grises 50 CC, pour éviter à leurs clients de passer le permis (1.200 à 1.300 Dhs), conformément à ce qu’exige la loi. Mme Alaoui soutient que toute société qui se respecte, soucieuse de son image devrait se garder de telles pratiques. Toutefois, cette pratique décriée un peu partout par les concessionnaires de grandes marques est balayée d’un revers de main par Mme Amina Rochdi, Chef du Centre Immatriculateur de Casa Sud. Elle soutient que c’est pratiquement impossible, dans la mesure où tous les engins qui roulent figurent sur un recueil d’homologation. Compte tenu des vérification que peut permettre le système de gestion actuel, qui est informatisé, on repère très facilement ce genre de dysfonctionnement. A la question de savoir si le constructeur est complice, il nous a été opposé un impossible tout net... Les fraudeurs sont ainsi avertis.
Tout le monde est unanime pour une organisation du marché dans le bon sens. Des procédures allégées pour obtenir le permis, un alignement sur les standards européens (permis à partir de 125 CC au lieu de 51 CC, permis de conduire automobile valable pour motos...), ont été quelques idées suggérées çà et là. La majeure partie de nos interlocuteurs demande que la loi soit appliquée.
Quant au succès futur du scooter, personne n’a de doute là- dessus. Ne serait-ce que pour désengorger les voies de circulation qui souffrent d’embouteillages monstres, un usage plus important du scooter serait vivement souhaité, notent certains observateurs. Entre les offres récentes ou annoncées de Yamaha (Neo’s 50 CC) ou de Honda (Today 50 CC, prévu pour septembre 2005), les clients auront du mal à choisir...
D. MB.
Trois questions à Mme Soumaya Berrada, de Mifa- Yamaha
La Nouvelle Tribune: En quoi votre offre est-elle singulière?
Mme Soumaya Berrada: Nous faisons toute la gamme des scooters du 50 CC au 500 CC en passant par les 125, 250 et 300 CC. Nous vendons le scooter Yamaha, d’origine Yamaha. Donc, nous ne savons faire et vendre que la qualité. Nos prix sont relatifs à la qualité du produit. il faut souligner que les segments de marché sont différents.
Étant sur le marché depuis 1947, le labeur est le fruit de notre réussite. Nous avons su pérenniser notre savoir-faire. Non seulement le service après-vente, mais nous oeuvrons aussi aujourd’hui vers un service avant-vente. Cela veut dire qu’avant l’achat du client, nous anticipons ses besoins, préparons en conséquence nos techniciens, nous nous dotons de moyens et d’outils adéquats pour préparer une machine de qualité. Notre force, c’est que nous disposons d’un important réseau de 250 revendeurs MBK que nous mettons en synergie au fur et à mesure avec celui de Yamaha. Il y a tout un package qui suit la vente.
Risque-t-on de vivre une prolifération de non qualité sur ce créneau?
Devant la quasi-inexistence de mouvements consuméristes marocains, le consommateur marocain, peu averti, peut être victime d’opérateurs sans scrupules. La faiblesse du pouvoir d’achat peut aussi empêcher l’acquisition d’un scooter de qualité. Une autre difficulté de taille provient de l’anarchie qui règne sur le marché du scooter, qui était encore bien organisée, il y a trois ans de cela. Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence de marques chinoises qui vendent des scooters 100 cc avec des cartes grises 50 cc. Toute la problématique est là.
Quant aux produits vietnamiens (100 cm3- 125 cm3 - 150 cm3), nous sommes heureux de leur arrivée, car tout porte à croire qu’ils seront lancés dans les règles de l’art. Cela sous-entend la vente d’un scooter de cette catégorie avec une carte grise de 100 cc, nécessitant un permis de conduire. Le seul hic, c’est que conformément à ce qui se passe un peu partout en Afrique, le consommateur marocain n’a pas envie de passer ce permis. Jusqu’à l’année dernière, ce marché était très restreint. Maintenant si un opérateur investit ce segment du marché, au-delà du 51 cc, de la manière la plus professionnelle, tout le monde s’en réjouira. Nous voulons que ce marché prospère, car plusieurs segments sont encore à exploiter.
Comment voyez-vous l’avenir du scooter au Maroc?
C’est un avenir certain et plein de promesses. Toutes les conditions sont réunies ici pour avoir de très bonnes perspectives, notamment en termes de climat, de jeunesse de la population, et de potentiel de développement du scooter de plaisance (NDLR: 125 Majestic ou 250 cc).
Propos recueillis par
Daouda MBaye
L’Offre du Groupe d’Investissement Hamarma GIHAM (Vietnamien)
La marque SYM d’origine vietnamienne, propose actuellement une large gamme de scooters( Angel 100 CC, Attila 125 CC, et Excel 150 CC). Un modèle 50 CC sera prochainement proposé à la clientèle. Un premier point de vente a été inauguré, le 16 mars à Casablanca, en présence de Mme NGuyen Thi Loi, PDG de Hamarma et de M. Sagid Maire de Casablanca. Cette marque, qui s’appuie sur une technologie japonaise, est en partenariat avec un constructeur taïwanais. Déjà présente dans une vingtaine de pays d’Asie et d’Europe, SYM compte mettre en place une unité d’assemblage d’ici un an au Maroc. Second opérateur au Vietnam derrière Honda, ce géant qui a une capacité d’un scooter par minute, entend se développer au Maroc, un marché jugé à fort potentiel.
Source : Hamarma