Au ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l’Économie, l’évolution des échanges économiques entre le Maroc et les autres pays arabes et islamiques se trouve au centre des préoccupations. Un dossier qu’un cadre du Département de M. Salaheddine Mezouar qualifie d’incontournable pour que le Maroc puisse occuper une place de choix dans cette zone, même si notre interlocuteur reconnaît qu’il y a beaucoup à faire vu la faiblesse des échanges entre le Royaume et les autres États arabes. Mis à part les hydrocarbures que le Maroc importe des pays du Golfe, les autres secteurs telle l’agriculture ne connaissent pas encore un développement à la dimension des relations diplomatiques qu’entretiennent Rabat et les autres capitales arabes. L’UMA qui devait être le moteur de la relance économique dans la région du Maghreb, et par ricochet dans l’ensemble de la zone arabique et islamique, se trouve sclérosée. D’où une nouvelle approche qui fait son chemin et est celle des accords de libre échange comme c’est le cas entre le Maroc et la Tunisie, et plus loin d’ici entre Rabat et le Caire ou encore entre le Royaume Chérifien et le Royaume Hachémite. D’ailleurs, nous avons fait un détour du côté de l’Office des changes pour avoir une idée sur le volume des transactions mais la question de mise à jour des documents nous a laissés sur notre faim. Dans ce contexte, beaucoup de responsables attendent la visite de SM Roi Mohammed VI, à Alger dans le cadre du Sommet maghrébin, pour que soit relancé véritablement l’axe économique entre les deux pays même si officieusement, le trafic n’a jamais été interrompu entre les deux frontières. Et le 1er Salon Agro-alimentaire qui va se tenir du 17 au 20 avril prochain constitue en soi une opportunité pour les opérateurs marocains de capitaliser les potentialités de l’Agro-industrie marocaine dans ce nouvel espace économique qui se dessine et qui représente plus d’un milliard de consommateurs. Car il concerne l’ensemble des pays de l’Organisation de la Conférence Islamique.
Prospecter d’autres horizons
D’ailleurs, ce n’est pas fortuit si ce premier rendez-vous, d’une telle dimension, soit initié par le Centre Islamique pour le Développement du Commerce (CIDC) dont Casablanca abrite le siège. Il illustre la volonté des Chefs d’État arabes et islamiques d’approfondir le commerce interarabe et islamique. Et le thème retenu pour animer ces quatre jours d’échange est évocateur à plus d’un titre puisqu’il s’agit du secteur agro-alimentaire comme modèle de partenariat entre les pays de l’OCI. Pour M. M. Allal Rachid, Directeur Général du CIDC, c’est une occasion idoine pour relancer le commerce entre les pays islamiques dans un secteur où ils sont le plus dépendants. M. Rachdi souligne, à ce sujet, que «l’événement intervient à point nommé, car répondant à des enjeux immédiats et à venir. Tout d’abord le défi de la mondialisation qui impose une mise à niveau tous azimuts de la filière agro-alimentaire pour de nombreux pays Islamiques dont l’objectif est d’asseoir leur compétitivité afin de maintenir et développer leurs parts de marché. Pour la plupart des pays membres de 1’OCI, le secteur agro-alimentaire a un effet d’inducteur et représente d’importantes potentialités de développement intégré et de valorisation des richesses agricoles et halieutiques. Cependant, au moment où certains États membres enregistrent des excédents de production qu’ils écoulent sur les marchés extérieurs, d’autres sont importateurs nets des mêmes produits. C’est pour créer les synergies et rapprocher davantage ces opérateurs aussi bien en ce qui concerne les échanges que l’identification de projets de partenariats que le CIDC, à la demande de son Conseil d’Administration et des instances concernées de l’OCI, organise ce premier salon en collaboration avec la Société Algérienne des Foires et des Exportations.» La démarche semble novatrice puisque des entreprises marocaines manifestent un intérêt particulier pour ce premier grande rendez-vous de l’agro-alimentaire des pays de l’OCI. C’est le cas de M.Z, opérateur dans le secteur du machinisme agricole, pour qui ce Salon va permettre à son entreprise d’établir des partenariats. Un autre du domaine fruitier estime qu’il faut élargir le marché marocain en prospectant d’autres horizons. Cette manifestation confortera cette tendance.
Complémentarité dans l’union
Quant aux céréaliers, l’espoir est permis même si le Maroc, à l’instar d’autres pays de l’OCI, est importateur de blé et de riz. Du côté des hommes politiques, certains voient la participations des entreprises marocaines à une tel événement comme le prélude du dégel du conflit artificiel qui mine les régions du Maghreb. L’arrivée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans la capitale algérienne, dans les jours qui viennent, devrait constituer un signal fort pour les relations bilatérales entre le Maroc et l’Algérie. Du côté de la CGEM, on souligne avec force que «cet événement constitue une excellente opportunité pour les entreprises marocaines du secteur pour promouvoir leurs produits non seulement sur le marché algérien, très porteur à moyen et long terme, mais également en direction des autres pays de l’OCI dont. les hommes d’affaires seront présents à cette manifestation.» En vue de conférer à la manifestation tout son caractère économique, elle est ouverte aux États membres de l’OCI, 57 pays en tout, aux institutionnels et organismes nationaux de promotion, aux opérateurs économiques musulmans des pays non membres et tout naturellement aux institutions de l’OCI et à leur tête la Banque Islamique de Développement. Pour y parvenir, M. Rachdi fait remarquer que la présence de la BID augure déjà du contenu concret qui sera donné aux mises en relation qui résulteront de l’événement en termes de financement des échanges, de la concrétisation des partenariats. Pour ce faire, divers domaines sont concernés, notamment les produits agricoles frais et transformés, les produits de la mer et leurs dérivés, les produits d’élevage, les dérivés des céréales, les boissons, le matériel de production agricole, de projection, de traitement, de transformation, de conditionnement, de transport, de stockage et de distribution ainsi que toutes les activités et services liés directement ou indirectement à la filière agro-alimentaire. Autant de services qui devraient faire le bonheur de l’Agro-industrie marocaine, laquelle dispose de solides atouts en la matière. Le savoir-faire marocain en termes de commerce et de mise en relation constituera, sans doute, un vecteur incontournable pour la relance du commerce interarabe et dans les pays islamiques.
M.S.