Les professionnels du secteur textile et de l’habillement ne comptent pas rester passifs devant un environnement (national et international) en mutation. Au cours de la rencontre du 17 janvier dernier au siège de leur association (Amith) à Casablanca, ils ont exprimé des axes de développement clairs, à condition toutefois que les autres agents, notamment pouvoirs publics, banques, et autres auxiliaires de l’Administration, suivent.
Après avoir mis l’accent sur les évolutions du secteur, qui est passé d’un contexte de concurrence soutenable, d’accès facilité, de marché local très protégé, de coûts salariaux compétitifs..., à un autre marqué par une concurrence plus rude (fin de l’AMF, glissement continu du dollar face à l’euro, envahissement des produits asiatiques), une chute drastique des prix et un laminage des marges, une nouvelle division internationale du travail..., les membres de l’Amith, par la voix de leur Président, M. Karim Tazi, lancent un appel pour un soutien de l’ensemble des partenaires publics. Si on saisit bien ce discours, sans cet appui, le secteur aura bien du mal à se positionner correctement par rapport aux concurrents d’autres pays, à potentiel comparable. Les attentes tournent autour de trois grands axes d’intervention. Par de mesures appropriées, les professionnels souhaitent que l’Etat favorise le maintien des entreprises en difficulté, accompagne non seulement la mise à niveau, mais aussi la reconversion de la sous-traitance au produit fini via l’amélioration de l’accès aux matières. Enfin, ils voudraient que le Public permette la régénération du tissu industriel grâce à de nouveaux investissements.
De son côté, la profession s’engage à adopter une démarche de progrès, à communiquer sur des mesures d’attrait à l’investissement (à prendre pour pérenniser les productions).
Des voeux, encore des voeux
Concrètement, M. Tazi, a fait un certain nombre de propositions. Avant de les énumérer, il a d’abord déploré la hausse des coûts des facteurs de production, l’hermétisme du système bancaire à un quelconque financement dans le secteur, des procédures inadaptées, et l’échec total dans l’adoption du projet de statut de l’exportateur indirect, et, ensuite reconnu les bénéfices du déblocage des remboursements prévus par l’accord-cadre, des ALE avec les USA et la Turquie, d’investissements importants (+ de 200 M de Dhs) tels que Legler, Tavex, Fruit of The Loom, et du dispositif de mise à niveau avec l’opérationalisation de l’Agence Nationale de la PME. Les nouvelles mesures que préconise l’Amith vont de l’exonération totale de l’IGR et des charges sociales pour 3 ans pour les nouvelles embauches de techniciens de hauts niveaux, à la fusion des différents fonds (Fortex, pour le financement du BFR, de restructuration financière...) en un seul. Elles concernent aussi l’adaptation de l’environnement administratif, fiscal, douanier, juridique, (voir Propositions en encadré), des mesures incitatives aux investissements (étendre le bénéfice de la subvention d’investissement à tout promoteur pourvoyeur d’emplois et création d’un fonds de 300.000 euros pour promouvoir l’investissement et l’attrait des plate-formes commerciales et industrielles), le soutien aux entreprises en difficultés, la mise en place d’une stratégie de conquête de nouveaux marchés, par notamment des relais au sein des 8 marchés cibles, et la création d’un réseau d’expertise et de veille T-H. A noter que le coût annuel d’une telle proposition devant atteindre 8 millions de Dhs par an, dont 3 millions seraient pris en charge par la profession.
La préoccupation des entreprises textile est réelle. Leurs dirigeants font tout pour dépasser la situation actuelle, seulement les observateurs craignent que certaines propositions ne restent que des voeux pieux. De leur avis pour gagner des marchés, il faut se concentrer sur la création, avec tout ce que cela engendre en termes de moyens, surtout financiers. Ainsi, à ce jour, depuis que l’orientation vers le produit fini a été décidée, combien de brevets ont-ils été déposés ?
D. MB.
Propositions de l’Amith pour un environnement adapté
-Permettre aux entreprises qui s’engagent à recruter des compétences qualifiées, le recours rapide et à moindre coût au système de retraite anticipée;
- Instaurer une commission Transport- Logistique pour rendre plus performante et compétitive toute chaîne logistique;
- Rendre effectif le statut de l’exportateur indirect et étendre les avantages qu’il octroie également à la TVA;
- Instaurer un SMIG régional pour lutter contre le chômage et favoriser un développement équilibré des régions;
- Dépasser les contraintes issues des régimes économiques en douane;
- Remettre à zéro, comme en 1998, des comptes RED;
- Traiter les contentieux fiscal, parafiscal et douanier sous l’angle économique et non fiscal;
- Procéder d’urgence à une révision de 50% des taux de cotisation CNSS pour les entreprises du secteur.
(Source: Amith)