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Taroudant, ses atouts et ses déboires Tourisme rural

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Publier le : January 27, 2005

Faut-il réinventer le tourisme rural dans la région de Taroudant ? Si la question n’est pas bien à propos, elle met à nu, cependant, cette activité qui traverse une atonie inquiétante. De l’Arganier d’Or aux grands palaces, on ne se prive plus de mots pour qualifier les maux qui minent ce secteur. Malgré sa diversité culturelle, ses montagnes, son agriculture, la région de Taroudant arrive à drainer peu de touristes alors qu’il n’y pas longtemps beaucoup, d’opérateurs économiques misaient sur les atouts de la région. Un investisseur de la région avance, dans l’anonymat, qu’il est difficile aujourd’hui de développer l’activité touristique si les efforts ne sont pas conjugués ensemble. Cette démarche commence d’abord par une sensibilisation des responsables de la région mais aussi et surtout l’implication de la population locale. A sujet, M. Larbi Choukaïri, Directeur de l’Arganier d’Or et un des promoteurs touristiques à Taroudant, souligne sans illusion que « le problème majeur ou le handicap réel pour la réussite du tourisme rural est lié à l’exclusion des habitants de la région. Car si les projets ne sont pas en relation directe avec les gens de la région, ces derniers ne s’impliqueront pas dans le processus ». Il insiste, également, sur le fait que la contribution et l’implication de ces populations rurales sont un facteur incontournable pour le succès et la viabilité de tout investissement à caractère rural. L’autre handicap pour le développement du tourisme rural à Taroudant est la spéculation foncière. Un phénomène qui n’est pas d’ailleurs l’apanage de la seule région. Cependant, estime un autre opérateur, cette spéculation est encore à ses débuts. D’où beaucoup d’investisseurs de la région souhaitent une vigilance dans ce domaine avant que la situation ne s’aggrave. Résultat : les réalisations faites, dans le domaine touristique, se comptent au bout des doigts. Seuls les riads connaissent une expansion. Un domaine qui vit malheureusement, comme le relève notre interlocuteur, dans « la clandestinité ». Puisque la transparence n’y est pas (lire entretien express). Il existe une sorte de fuite de devises importantes puisque l’encaissement se fait hors du Maroc. Pourtant, personne n’aurait pensé à une telle situation. En effet, il n’y pas si longtemps, la capitale rayonnante du Souss, Taroudant, connaissait un début de développement touristique chronométré, vivant ainsi au rythme des saisons. Tourisme rural, tourisme de montagne, randonnées à dos de cheval, les opérateurs de la régions s’étaient mobilisés pour mettre les bouchées doubles afin d’attirer les touristes. De l’Arganier d’Or aux grands palaces en passant par les infrastructures routières, on assistait à la mise en place d’un véritable chantier dans cette partie du Sud du Maroc. Car Taroudant, c’est aussi sa citronneraie, ses champs d’oliviers, une région également connue pour ses arganiers. Aujourd’hui, force est de constater que cette dynamique risque de s’estomper si une forte mobilisation n’est pas déclenchée tant du côté des autorités que de celui des opérateurs de la région.

M.S.

Trois questions à M. Larbi Choukaïri, Directeur du riad « l’Arganier d’Or »
Il faut investir dans le tourisme rural

La Nouvelle Tribune : Comment se présente aujourd’hui la problématique des riads ?
M. Larbi Choukaïri :
Je pense qu’il faut poser le problème des riads à Taroudant dans une optique évolutive pour éviter les situations que l’on connaît déjà à Marrakech, Fès ou Agadir. Car si tout opérateur peut investir dans ce secteur, il n’est pas certain que l’on ait la même approche. En effet, si l’on ne met pas des garde-fous, nous risquons de nous retrouver dans un secteur qui s’apparente à un coquillage vide. Ce qui se passe dans cette activité est inquiétant. Beaucoup d’Européens achètent les remparts à des prix parfois symboliques et qui sont déclarés comme des habitations familiales. Seulement, une fois que les travaux de réfection et d’ameublement terminés, on passe à la location à l’internationale. Les locataires paient, à partir de leurs cartes bancaires, à l’étranger, via l’internet, et l’argent est encaissé hors du Maroc. C’est un gain perdu pour le pays. Je crois donc qu’avant que les autorités ne délivrent les titres d’acquisition, il serait important de s’assurer qu’effectivement la maison achetée ou vendue sera réservée exclusivement à l’habitation des membres de la famille. Qu’ils soient nationaux ou étrangers, il faut qu’il y ait de la transparence car c’est par cette attitude que le tourisme peut se développer à Taroudant.

L’Arganier d’Or propose un tourisme rural, un créneau en pleine expansion. Que faire pour que cette activité retrouve ses lettres de noblesse ?
D’abord, il faut développer les infrastructures car la région souffre énormément du manque de canalisations, donc d’assainissement, et de routes. Dans le même sillage, il faut revoir la fiscalité. Le taux d’imposition doit être revu à la baisse par rapport aux grandes villes. Mieux, une exonération des patentes peut permettre de booster le secteur. Une campagne de communication sur les potentialités touristiques notamment les randonnées, la promenade à dos d’ânes ou encore le tourisme écologique, constitueront un bon départ pour relancer le tourisme rural à Taroudant.

Quelle politique faut-il mettre en place pour que la population locale puisse s’intéresser à ce genre de tourisme ?
L’une des meilleures façons est de mettre en valeur les atouts culturels de la région notamment par l’organisation de festivals et de moussems annuellement. Par exemple, entre Taroudant et Ouarzazate, il y a un village du nom de Taznakht, qui est très connu pour la qualité de ses tapis. C’est un tapis unique au monde. Un moussem consacré à la promotion de ce produit peut encourager ces artisans à produire plus et améliorer leur condition de vie. Une telle manifestation peut également faire connaître la région. On peut aussi faire de même pour l’arganier. Une culture qui constitue l’une des principales ressources de la région. Un festival dédié, chaque année, à l’arganier et à ses produits dérivés serait un facteur stimulant pour encourager la culture de cette plante. Tout comme on peut imaginer un festival pour la chanson berbère. Enfin, l’implication de tous les ressortissants de Taroudant, dans la vie culturelle et économique, permettra de sortir cette ville et ses environs de l’isolement. Naturellement, le ministère concerné devrait proposer Taroudant dans le circuit touristique.

Propos recueillis
par Mamady Sidibé



 

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