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Il y a urgence ! M. Fouad Akalay, Architecte et Directeur général du groupe de presse spécialisé Archimedia

Auteur :
Publier le : January 20, 2005

La Nouvelle Tribune : Dans le paysage actuel, comment se présente la profession d’architecte au Maroc ?
M. Fouad Akalay :
Sinistrée. Actuellement, nous avons 2500 architectes, dont près de 1500 dans le secteur privé, qui travaillent souvent seuls dans leurs cabinets respectifs. Il y a très peu de groupements et lorsque ceux-ci existent, ils reposent beaucoup plus sur le copinage et les affinités personnelles que sur une véritable association de compétences. Hormis une poignée de cabinets offrant des compétences spécialisées dans les domaines de l’architecture hôtelière, sportive ou industrielle, les autres acteurs ne sont absolument pas spécialisés. Outre la spécialisation de l’offre, le problème crucial de la profession réside dans le fait que les architectes n’interviennent que sur 10% du cadre bâti. Les 90% restant leur échappant complètement. Si toutes les constructions entreprises au Maroc étaient confiées aux architectes de la conception au suivi de la réalisation, les 1500 architectes qui exercent aujourd’hui seraient débordés et il faudrait rapidement en former plus de 10000 pour satisfaire l’ensemble des besoins.

Comment expliquez-vous que 90% du bâti au Maroc échappent à l’architecte ?
D’une part, vous avez le phénomène des “constructions ou agrandissements sauvages”, sans autorisation, sans titre et donc sans maître d’œuvre. Dans ce domaine, nous sommes des champions ! A Casablanca, nous avons des quartiers clandestins qui font appel à la Lydec, possèdent une administration, des écoles etc. D’autre part, vous avez le système dit des “ architectes signataires ” qui polluent l’environnement puisque ceux-ci n’interviennent que pour signer les plans sans les avoir élaborés et sans effectuer de suivi. L’architecte se trouve ainsi ravalé au rang de “ porteur de cachet ”. Son travail est donc accompli par d’autres ou, pire, pas fait du tout. Enfin, nous avons assisté à une véritable dévalorisation de la profession depuis 1986. Cette année-là, le Roi Hassan II prononça un discours qui visait à rehausser le métier et inciter les architectes au respect de la tradition. En fait, ce discours fut pris au pied de la lettre et, à partir de là, l’architecture fut jetée en pâture aux petits fonctionnaires et élus communaux. Toute modernité fut purement et simplement bannie. On assista au “ dictat des communes ”. Pendant une quinzaine d’années, chaque fonctionnaire doté d’une once de pouvoir s’érigeait en architecte. Ce travail de sape du métier se poursuivit jusqu’à…coïncidence, la mise à l’écart de Basri et de ses acolytes omnipotents. Depuis quelques années les architectes commencent, tout doucement, à recouvrer de leur notoriété auprès des donneurs d’ordre aussi bien publics que privés mais le déficit d’image provoqué par ces années noires est quasiment insurmontable.

Que préconisez-vous pour la revalorisation de la profession ?
Un travail énorme de communication sur la plue-value de l’intervention de l’architecte devrait être mené par leurs instances représentatives. L’architecture est un métier d’utilité publique. Il faut le déclarer haut et fort et prendre les mesures nécessaires pour que ce ne soit pas seulement une profession de foi. Une campagne de fond sur l’éthique de la profession permettrait de combattre le fléau des “ signataires ” qui nuit énormément à la profession. Je souhaite également une implication des pouvoirs publics qui doivent, eux-mêmes, commencer à appliquer la loi et, notamment, lors de la délivrance des autorisations d’exercer.

Que signifie l’échéance 2010 pour les architectes ?
A titre d’exemple, le Maroc s’est engagé dans un plan de développement touristique ambitieux. Ce programme sera réalisé par des investisseurs internationaux et locaux. Ces derniers exigeront d’être accompagnés par des architectes talentueux et expérimentés dans les problématiques touristiques. Les centres commerciaux qui seront construits devront être conçus par des architectes spécialisés dans l’architecture commerciale en collaboration avec des bureaux d’études aux compétences spécifiques. Si les investisseurs ne trouvent pas chez nous les compétences nécessaires pour réaliser leurs projets, ils ramèneront dans leurs bagages leurs propres architectes, ingénieurs et autres spécialistes. Aujourd’hui la moitié des architectes marocains du secteur privé se trouvent dans une situation précaire, l’autre moitié travaillant sur l’élémentaire. Actuellement, moins d’une dizaine de structures peuvent rivaliser avec la concurrence étrangère qui aura beau jeu de débarquer dans notre tissu malade si aucune mesure n’est prise.

Comment les architectes se préparent-ils à cette confrontation ?
Justement, la profession n’est absolument pas préparée à ce choc réel qui se manifestera après 2010. L’Ordre des architectes s’en tient au discours mais, concrètement, il n’y a pas encore eu de négociations ou préparations en matière de formation, de spécialisation et de mise à niveau ou dans le domaine de l’adaptation des mécanismes de financement. Les grandes lignes d’un commencement de plan d’action n’ont même pas été élaborées alors que nous sommes à mi-chemin de l’échéance. Lors de la Journée de l’Ordre de la semaine dernière, c’est malheureusement la première fois que la profession a souhaité se pencher sur les problèmes de l’échéance 2010 mais sans aucune feuille de route.

Propos recueillis par
FDD



 

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