La Nouvelle Tribune: Au Maroc, vous sentez-vous concernés par l’OPA actuelle d’EA sur Ubisoft?
M. Alexis Godard: Avec près de 20% des parts, Electronic Arts (EA) deviendrait le premier bloc d’actionnaires d’Ubisoft. Aussi, il y en a qui (NDLR: les dirigeants d’EA) n’ont communiqué aucune intention par rapport à cela. Ici au Maroc, nous nous sentons impliqués, parce que c’est une opération financière devant se faire sur la société-mère dont nous sommes une filiale. Pour l’instant, nous nous posons les mêmes questions que la Direction d’Ubisoft, notamment pour savoir quelles sont les intentions réelles de notre concurrent. Est-ce que c’est juste une opération comme une autre, ou bien s’agit-il d’une volonté de faire une O.P.A. sur la société et la dominer?
Voyez-vous une expansion à venir plus importante de votre société après cette opération ou au contraire nourrissez-vous des appréhensions à son encontre?
La société s’est faite par elle-même, bien entendu, nous n’avons pas envie qu’un concurrent profite de ce qui a été fait jusqu’à maintenant. Beaucoup d’énergie et de savoir-faire ont été développés par Ubisoft. Toutes les personnes dans les studios au Maroc, à Montréal, ou encore en Chine, réalisent des avancées notables. Nous avons envie de protéger tout cela et ne voulons pas que cet acquis soit récupéré par d’autres acteurs sur le marché, même si nous respectons Electronic Arts ainsi que tous les autres éditeurs de jeux vidéo.
Relativement à vos activités au Maroc, confirmez-vous qu’elles sont essentiellement destinées à l’export?
Tout à fait. Nous développons ici pour les marchés européen et américain. Il faut noter qu’ici nous ne faisons pas de l’édition, mais plutôt de la production. En d’autres termes, cela signifie qu’on y fait de la conception de jeux vidéo, et on développe avec des informaticiens, des graphistes... Ce qui est produit est à son tour exploité par la maison-mère, qui en fait l’exploitation en Europe et aux USA.
Etes-vous jusqu’à présent satisfaits de l’environnement économique local?
Il y a des avantages et des inconvénients comme dans tous les pays.
Les points forts ont trait à l’absence de la barrière linguistique, notre maison-mère étant française, et à la proximité de Paris, à moins de 3 h de vol. Des infrastructures assez solides en termes de réseau, d’installations..., constituent un bon point. Les coûts réduits de la main-d’oeuvre, par rapport à la France, et une formation d’un bon niveau, viennent enfin consolider les atouts du Maroc.
En termes d’entraves, nous soulignons le manque d’aides suffisantes pour un secteur comme le nôtre. Les charges sont trop élevées, notamment en ce qui concerne l’IGR. Vu que nous employons un personnel assez qualifié, touché de plein fouet par un IGR de 44%, les coûts ont tendance à s’élever par rapport à d’autres pays où Ubisoft dispose de studios (NDLR: filiales). En matière de niveau des infrastructures, comparativement à la France ou au Canada, où la bande passante est beaucoup plus élevée et beaucoup moins chère, il y a des efforts à faire ici pour améliorer la qualité des réseaux. Aussi, le fait d’être le seul acteur sur le marché des jeux vidéo au Maroc est assez handicapant, car nous sommes tenus de former toutes les personnes embauchées. Aujourd’hui, il n’existe sur place aucun cursus de formation aux jeux vidéo.
Propos recueillis par
Daouda MBaye