La Nouvelle Tribune: L’action du Groupe Banques Populaires est-elle entièrement désintéressée?
M. Noureddine Omary: Dans cette opération que nous conduisons, nous essayons de donner une suite à tout ce qui a été convenu entre le Gouvernement et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM), pour faire en sorte que les entreprises, notamment les PME-PMI, puissent accéder rapidement aux instruments de mise à niveau (MAN). Cela n’aurait servi à rien qu’on ait tenu un certain nombre de réunions pendant longtemps entre le Gouvernement, les banques, les représentants des associations professionnelles, pour sortir un produit dans les media et l’abandonner ensuite. Nous avons donc pris notre bâton de pèlerin, juste après, et avons décidé d’organiser ces journées dans ce sens, pour aller porter l’information, la nouvelle à tous les opérateurs économiques. Nous tentons de la concrétiser. Il y a même des ateliers spécifiques à la MAN. Ce qui nous a surtout animé, c’est de propager toute cette culture de MAN et les instruments financiers mis par l’État à la disposition de la MAN. Maintenant désintéressée? Si la banque fait du business avec cela, nous ne nous en plaindrons pas.
Relativement aux programmes de formation dispensés par la Fondation Banque Populaire pour la Création d’Entreprises aux porteurs de projets, pouvez-vous nous confirmer qu’il n’y a aucune astreinte aux bénéficiaires de venir vers vous?
Pour le programme d’assistance à la création d’entreprises, que nous conduisons à travers notre Fondation pour la Création d’Entreprises, je vous affirme, qu’il n’y a aucune contrainte, à venir vers le crédit populaire. Nous dispensons toute cette assistance et toute cette formation gratuitement, et la prenons en charge.
Pour relayer une telle action, que demanderiez-vous à l’État et aux autres institutions, pour plus d’impacts?
Il peut nous arriver d’organiser ensemble des manifestations dans ce domaine, avec l’État, le GPBM et les opérateurs. Rien ne nous empêche de nous organiser et d’avoir des opérations similaires. D’ailleurs, il nous est arrivé que nous soyons tous réunis autour d’une même table pour discuter. Quand il s’agit de la MAN, nous ne faisons pas intervenir des éléments de concurrence. En tout cas, ce que nous voulons tous- et je ne suis pas là pour défendre le GPBM- c’est que toutes les autres banques sont intéressées par la relance économique et l’investissement. Cela ne sert à rien que nous accumulions autant de liquidités sur lesquelles nous payons des intérêts et que nous ne puissions pas les utiliser valablement au profit de l’économie.
Que répondre à tous ceux qui avancent que tout cela n’est que discours. Faudrait-il des actions énergiques de la part de l’État et des autres partenaires, pour partager le risque, entraînant des taux encore plus bas?
Il n’y a rien de définitif. On met en place des mécanismes face à une situation pour tenter de la redresser. On analyse par la suite des résultats obtenus, pour apporter d’éventuels réajustements. C’est une dynamique perpétuelle. L’État a mis en place, en relation avec les opérateurs et les banquiers, des instruments jugés valables par tous au départ. L’élément taux d’intérêt a été pris en charge, puisqu’il ne dépasse pas 4,6% pour la MAN. L’élément garantie aussi a été pris en compte, puisque l’État a mis en place des fonds de garantie qui peuvent prendre en charge jusqu’à 70% du remboursement. Les banques sont à l’aise par rapport à ce processus, et les opérateurs économiques, en principe devraient être contents d’avoir un taux d’intérêt de 4,5% et une garantie offerte par l’Etat. Il se trouve que tout ceci n’a pas donné d’excellents résultats ou, du moins, les résultats attendus. A travers ces rencontres-ci, nous sommes en train d’évaluer les causes.
Certains reprochent aux banques d’être plus enclines à financer des projets relevant de secteurs déterminés plutôt que d’autres?
Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a des traditions chez les banques. Cela reflétait une certaine volonté étatique. Maintenant, cela à tendance à changer. Il est évident qu’un secteur, comme l’agriculture, qui était réservé à la Caisse Nationale du Crédit Agricole (CNCA), aujourd’hui Crédit Agricole, attire d’autres banques qui y vont de biais, s’intéressant d’abord à l’agro-industrie, pour finir par l’agriculture.
L’hôtellerie était l’apanage du Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH) mais à un moment donné, les opérateurs s’y sont mis ... N’oublions pas que pendant longtemps l’Etat a organisé le financement par secteurs spécialisés. Il y avait même la gestion administrative des crédits. Après le débroussaillement de 1993, qui a abouti à la nouvelle loi bancaire, le système s’est ouvert à l’universalisation des prestations et des produits. Les banques ont alors essayé, chacune à sa manière, de se réajuster. Aujourd’hui, toutes les banques veulent financer la PME-PMI.
Propos recueillis par
Daouda MBaye