Entre ceux qui s'empressaient d'avancer un choc pétrolier, arguant une forte demande mondiale conjuguée à un contexte géostratégique incertain, et ceux plus pondérés, qui se basent, entre autres, sur un seuil critique à 60 $ le baril (en dollar constant), ou à des économies industrialisées aujourd'hui moins énergivores, ou encore à une amplitude de hausse limitée, par rapport aux précédents chocs pétroliers (360% en 1973 et 80% en 1979), l'or noir reste à l'ordre du jour. C'est du moins ce qui ressort du dernier Focus de BMCE Markets de novembre 2004, intitulé: "l'Or noir: véritable boîte de Pandore".
On y retient aussi que jusqu'à fin octobre le pétrole (voir en Tableau, la flambée des cours) a continué de mener la danse des marchés financiers internationaux, avec des anticipations par-ci ou des attentes par là. Dans ce même ordre d'idées, il ressort qu'au niveau national, après l'absence d'impact de l'envolée du pétrole, annoncé par certains titres de presse, le ton a, depuis, changé, notamment après la présentation du Projet de Loi des Finances 2005. Aujourd'hui, les analystes de BMCE Markets soutiennent que le gouvernement est, en quelque sorte, face à un dilemme. Alors, deux alternatives contradictoires s'offrent au gouvernement: soit assumer seul la hausse, en poursuivant sa politique de soutien des prix intérieurs, avec comme corollaire l'aggravation du déficit des finances publiques ( la subvention à la facture énergétique se monte annuellement à de près de 6 milliards de Dhs pour le pétrole et 2,4 milliards pour le gaz butane ), soit augmenter les prix à la pompe et par conséquent grever le pouvoir des consommateurs, pousser une inflation jusque là maîtrisée, et aggraver le chômage.
Baisse ou retournement de tendance?
Les perspectives d'avenir du cours du brut, qui vont d'une simple correction à un retournement de tendance, parce que liées à la réélection de M. George W. Bush, qui compte achever sa "croisade" contre "l'Axe du mal", au décès, récent, de M. Yasser Arafat, qui sous-tend une succession difficile, donc à de possibles tensions au Moyen-Orient. Ce n'est pas tout, car selon une autre tendance, baissière celle-là, on peut tout aussi bien s'attendre à un fléchissement de la demande chinoise (soft landing avec un taux de croissance de 9,25% cette année à 8% en 2005), à un net désengagement des fonds spéculatifs des marchés pétroliers. Même si, comme l'ont si bien indiqué les conjoncturistes de BMCE Markets, il faut relativiser ces éléments baissiers, il est cohérent de garder espoir. Doit-on seulement rappeler que dans la boîte de Pandore (contenant les misères humaines) seul resta l'Espérance? Il est temps de la piocher! C'est peut-être cela qui a amené BMCE Markets à situer l'intervalle où se trouverait le prix du baril entre une hypothèse basse de 40 $ et une hypothèse haute de 50 $, reflétant respectivement, un retournement des prix à la baisse et un surenchérissement consécutif à de nouvelles tensions géopolitiques (Irak, Palestine...), à d'éventuelles grèves ou problèmes chez un producteur important (Norvège, Nigéria, Russie...), ou encore à des baisses de stocks.
Babacar NDiaye