Le Président de la CFCIM, M.Jean-Claude Bouveur, a, comme à son habitude, goupillé une bien belle séance d’adhérents. En plus de M. Mezouar, des opérateurs économiques de poids ont pris part au débat, parmi lesquels M. Jamal Belahrach, "Supermanpower" (manager général de Manpower Afrique du Nord), qui a marqué la séance par son franc-parler notoire et s’est fait, une fois encore, le défenseur d’une version revue et corrigée du nouveau code de travail. " Le code est applicable depuis le 7 juin, et il existe autant d’interprétations que d’entreprises dans ce pays. Evidemment que ce code représente une franche avancée dans le domaine de la réglementation du travail ; par exemple, la notion de contrat à durée déterminée, d’intérim, y a été intégrée. Hélas, pourquoi avoir fixé la durée maximum d’un CDD à six mois, alors qu’elle est fixée à 18 mois par la plupart des pays?", déplorait-il.
M. Tassin, pour sa part, président de la Commission d’appui aux entreprises partenaires de la CFCIM, déplore le manque de compétitivité du tissu industriel marocain. "Le coût des facteurs de production est trop élevé par rapport à d’autres pays à économie similaire et dont les produits, pour la plupart, investiront le marché national sans protection à partir du 1er janvier 2005, date du démantèlement dégressif des droits de douane pour les pays signataires de l’accord quadra (Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie, ndlr) ", indique-t-il. Et d’ajouter, afin d’étayer ses propos, que le coût de l’énergie est, chez nous, au bas mot, 3,5 fois plus cher qu’en Egypte, mais aussi que la main-d’œuvre nationale, plus concurrentielle que la main-d’œuvre européenne, n’en demeure pas moins excessive par rapport aux concurrents directs, les pays avec lesquels le Maroc a signé les accords de libre échange. Selon M. Tassin, l’indice du coût de la main-d’œuvre est de 147 en Tunisie, 80 en Egypte, et culmine à 180, au Maroc.
Une autre intervention mérite que l’on s’y attarde. C’est celle de M. Martinet, premier vice-président de la CFCIM, qui a, entre autres, rappelé que l’Etat et la collectivité restent les premiers bénéficiaires de la création d’entreprises et suggéré qu’une entité, qui s’apparenterait à une société nationale de capital-développement, soit créée. " Cette entité avancerait une partie du capital des sociétés en création sous forme de prime, et garderait des actions à hauteur de sa participation dans le capital des sociétés bénéficiaires de cette aide. Elle céderait ses actions au fur et à mesure que les entreprises payent leurs impôts", explique Jean-Luc Martinet.
Ce fonds d’aide à la création de richesses pourrait être financé par le Fonds Hassan II ou encore en prélevant 1% sur les importations (comme cela a cours dans nombre de pays).
M. Salah Eddine Mezouar, qui, avant de gérer un portefeuille ministériel, a longtemps été capitaine d’industrie, reconnaît, certes, que le combat sera rude, et que les défis auxquels le tissu industriel est confronté sont légion. Il déplore à son tour que la mise à niveau de la PME, par exemple, est davantage matière à discours qu’à l’action. " Nous avons affaire à une mise à niveau de papier, qui n’est pas près de dépasser le stade rhétorique tant que rien n’est fait dans ce sens ", réagit-il. Et de poursuivre : " Une pure stratégie de moyens est vouée à l’échec, de la même façon que les modèles de développement importés d’ailleurs, et qui sont, en général, adoptés sans être adaptés aux vrais besoins et attentes du tissu industriel marocain ". Le ministre, après avoir rappelé que l’étude menée par son département sur le secteur industriel sera terminée et servira de base à la nouvelle stratégie du ministère, a appelé, enfin, à l’abandon de la culture de la lamentation et de l’échec, et à la création du militantisme de la mise à niveau…
M.L.