Les consommateurs risquent d'écoper dans pas longtemps. L'inflation, entendons par là, toutes les inadaptations sectorielles entraînant, par contagion, un processus cumulatif de hausse des prix, risque, en effet, de grimper de quelques points. Selon les transporteurs de marchandises, le responsable désigné d'un tel état de fait est à voir du côté des hausses de 20 à 30 centimes, sur le gasoil, l'essence et le pétrole lampant (voir en encadré), décidées dernièrement par les pouvoirs publics. Mais doit-on rappeler ici que l’État, qui a longtemps soutenu les différentes vagues de hausses du pétrole brut, a décidé de lâcher du lest, vu que la Caisse de Compensation accusait, à fin juin 2004, des arriérés de plus d'un milliard de Dhs, (voir www.lanouvelletribune.com)? Des arriérés qui risquent d'ailleurs de nuire aux producteurs de gaz. Toujours est-il que de l'avis des analystes, à la sortie des vacances d'été, le feuilleton d'une hausse généralisée des prix prend racine, l'effet boule de neige sur les autres tarifications étant à craindre.
Tout est parti de rumeurs sur une hausse des tarifs sur le transport des marchandises, prévue dans le courant du mois de septembre. Ces bruits, dont les sources sont bien fondées, émanent d'un communiqué de la Fédération Nationale du Transport Routier (FNTR). Il s'agit, précisons le bien, d'une éventuelle augmentation sur les tarifs appliqués par les transporteurs de MARCHANDISES. Ceux-ci, soucieux de relever le défi d'une plus grande compétitivité, dès 2010, l'année d'entrée en vigueur de la ZLE avec l'Union Européenne, comptent répercuter l'accroissement de 5% du coût de revient du transport de marchandises sur les clients finaux. Hormis les hausses des prix de certains carburants, ce sont les augmentations des coûts relatifs aux polices d'assurance Accident du Travail, au SMIG..., qui sont à l'origine de ce renchérissement. Puisqu'il s'agit du transport des marchandises, qui sont sous le coup de la loi de l'offre et de la demande, comme l'a très clairement précisé M. Mohamed Lahbib Guedari, Directeur de l'Office National du Transport (ONT), il n'y a pas lieu de polémiquer outre mesure. Quoi qu'il en soit, les Transporteurs Internationaux Routiers (TIR) affirment qu'il sera très difficile de l'appliquer aux clients. C'est du moins ce que nous a affirmé M. Zouhir Mohamed, Directeur Administratif et Financier, chez Militzer & Münch. Généralement, ces sociétés qui sous-traitent le TIR minimisent pour l'instant l'impact. Chez Marbar, Maersk Logistics, ce fut le même son de cloche surtout qu'au Maroc la hausse du gasoil est moins importante.
Consommate ur sous pression
Maintenant, tous ceux qui confondent vitesse et précipitation n'y sont pas allés de main morte, alimentant la rumeur d'une augmentation des transports de voyageurs, une activité réglementée. Les associations de transporteurs de voyageurs sont en général sereines, seules certaines d'entre elles s'agitent et laissent courir le bruit d'augmentations prochaines. Depuis 1994, les prix n'ont pas bougé d'un iota, arguent-ils. Toutefois, les conjoncturistes sont formels et soutiennent que "le fait que les tarifs aient stagné pendant plus d'une décennie, n'est pas un argument valable pour mettre la pression sur le consommateur". C'est d'autant plus plausible qu'au Maroc, au moment où certains pays ont répercuté systématiquement les hausses du brut sur les prix à la pompe, ces derniers sont quasiment restés statiques. Il est vrai que dans certains pays, les augmentations ont été successives et survenaient tous les trois ou deux mois, et dans des proportions importantes. Les tarifs des transports urbain et interurbain, par autobus, par taxis (petits et grands) suivent un barème bien défini. Différents ministères dont celui des Transports, de l'Intérieur avec les Départements de la Réglementation des Prix, les Directions Économiques et Sociales au niveau des Wilaya veillent au grain. Pourtant, un tour au niveau des gares routières, nous a édifié sur cette réglementation. Nous avons alors découvert que pour un certain nombre de moyens de transport ces tarifs varient dans une fourchette ou un intervalle de prix et croient allègrement à la veille des grands départs. Ainsi le tarif d'un Casa-Agadir, d'un Casa-Fès ou d'un Casa-Errachidia... varie de plusieurs Dhs, selon que l'autocar est climatisé ou non, récent ou vieillot. Les multiples témoignages d'opérateurs, mais aussi d'usagers font état d'une libéralisation avant l'heure. Dans tous les cas, il règne une certaine anarchie à ce niveau, a souligné un observateur membre d'une centrale syndicale, qui a préféré garder l'anonymat. Ce n'est pas demain la veille où toute l'armée d'intermédiaires qui vit de cette activité va s'évaporer comme par enchantement. Au niveau des gares routières, les billets transitent par deux ou trois mains avant d'atterrir dans celle du voyageur.
Réorganiser la grille des prix
Aussi, une certaine incohérence existe entre les tarifs actuels. Pour un même trajet, les prix pour un même type de transport de voyageurs diffèrent. Il arrive même qu'un trajet plus long soit moins cher qu'un autre plus court. L'exemple le plus édifiant est vécu sur les lignes de bus vers ou en provenance du quartier Oulfa à Casablanca. L'extension rapide de la ville dans sa banlieue y est sûrement pour quelque chose. Cette suggestion d'un Consultant spécialisé dans le transport interurbain, signifiant une répartition par sections, amènerait plus d'équité et tout le monde y trouverait son compte. Il y a évidemment une certaine incompréhension, lorsque celui qui effectue un trajet, éloigné de seulement quelques pâtés de maisons, paie la même somme qu'un autre qui fait plusieurs dizaines de kilomètres. Une application progressive d'une nouvelle tarification passerait plus facilement en ces moments où le budget des ménages est malmené, nous fait-on remarquer, avant de poursuivre qu'il reste clair qu'avec la rentrée des classes et le mois de Ramadan qui s'annoncent, une majoration des prix du transport des voyageurs porterait un sacré coup au pouvoir d'achat, déjà fragilisé, des consommateurs.
D. MB.
Nouveaux prix des carburants
Essence ordinaire : 8,95 Dhs/ l
Essence Super : 9,35 Dhs/ l
Gasoil : 5,96 Dhs/ l
Gasoil 350 ppm : 7,20 Dhs/ l
Pétrole lampant : 5,96 Dhs/ l
N.B.: Les augmentations varient de 20 à 30 centimes par litre.