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Les experts comptables adeptes de la normalisation

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Publier le : June 24, 2004

«Il est temps de normaliser, puis de réglementer, la filière comptable, qui vit actuellement un fourmillement de fiduciaires, de cabinets de conseils juridiques, de comptables d’entreprises ou d’administrations, et autres utilités (Eau, Électricité...), notamment grâce à la formule du visa des bilans», précisait M. Tijani Zahiri, Président de l’O.E.C. du Maroc introduisant la conférence. Toutefois, le contexte actuel, dans lequel baigne le tissu entrepreunarial national, avec un nombre croissant de sociétés en redressement judiciaire, dicte plus de rigueur dans l’exercice de la profession comptable. Il faut souligner que le cas national n’est pas une exception. Après les cas malheureux survenus au sein de grandes multinationales, telles qu’Enron, M. William Nahum, Président du Conseil Supérieur des Experts Comptables de France, a rappelé que la profession a subi de profondes réformes. Une espèce de virus s’est répandue à travers le monde entier. Il a été alors vécu une sorte de syndrome de la vache folle, entraînant l’abattage systématique du reste du troupeau, en témoigne la quasi-disparition d’Arthur Andersen, éloquente à ce sujet. En France, la loi sur la sécurité financière, adoptée en août 2002, a institué le Haut Conseil du Commissariat aux Comptes. Il est question d’avoir plus de bras, pour un rayonnement plus important, mais sous certaines conditions, martèlent les Experts Comptables. En invitant, une sommité internationale, en la personne de M. William Nahum, Président du Conseil Supérieur des Experts Comptables de France, qu’on pourrait considérer, sans exagération aucune, de grand mufti de la profession d’expertise comptable, les membres de l’O.E.C. du Maroc ont exprimé leur volonté, d’élaborer aujourd’hui les stratégies de développement les plus pertinentes, par une sorte de benchmark.

Créer un plus large réseau

Le Président de l’O.E.C. du Maroc n’y est  pas allé par quatre chemins. Il a affirmé que l’absence de tutelle dans laquelle le place la loi 15-89, une spécificité de la fonction d’expert comptable au Maroc, les incite à plus d’exigences. Des actions sont entreprises dans ce sens. D’ailleurs, dans la matinée du 18 juin des membres du Bureau ont effectué une visite de travail au ministère de la Justice afin que toutes les doléances inhérentes aux insuffisances et à la jeunesse de la profession soient résolues. Il nous a aussi révélé qu’une commission mixte s’évertue à concevoir les recommandations de journées d’études programmées prochainement. 
Avant de donner son point de vue sur les stratégies de développement de la profession, M. Nahum a d’abord fait remarquer que dans le système français, le Maroc est, après la France, le pays où il y a le plus de diplômés d’Expertise Comptable. D’où une très forte identité de vues dans l’analyse pédagogique. Pour illustrer son propos, il a fait un parallèle entre les systèmes français et marocain, puis s’est appesanti sur un projet de création d’un réseau mondial réuni au sein d’un Institut des Professionnels Associés à l’Ordre et d’une Académie des Sciences et Techniques Comptables, une sorte de grande Université devant rayonner partout à travers le monde. Ainsi, il a loué la chance de ses confrères marocains Experts Comptables (EC) et Commissaires aux Comptes (CC), qui sont regroupés sous une seule institution (O.E.C., sans aucune tutelle), contrairement à la France, où existent deux «chapelles» différentes (ministère du Budget pour les EC et la Chancellerie pour la Compagnie des CC). Sur l’exercice, il a relevé que si en France, il y a monopole, car l’EC jouit des ordonnances de 1945 amendées plusieurs fois, notamment dans son Article 2, qui stipule que celui-ci tient, surveille, et organise la tenue des comptes, le système marocain est à cheval sur les modèles anglo-saxon et français. En plus clair, cela veut dire qu’au Maroc, il existe des personnes qui tiennent des comptes et qui ne sont pas des Experts Comptables, a-t-il poursuivi.

Entre lame et lamelles

Sur le terrain, les EC de l’Hexagone font plus de tenue de comptes, de supervisions, de conseils juridique et fiscal que de consulting. M Nahum a même souligné à ce niveau que: «au Maroc, vous faites plus de consulting que nous.» C’est certainement dû au fait que le côté Ingénieur en Entreprises est le parent pauvre de la profession aussi bien en France qu’ici, renchérira-t-il. Vivement la polyvalence, souhaite-t-on chez les EC. M. Nahum a mis l’accent sur le développement de la marque, et M. Zahiri a insisté sur la polyvalence, et souhaité des EC généralistes ( à la fois conseiller juridique, fiscal, financier, voire même accompagnateur en investissements). Quant à l’informel, où foisonne tout et rien, la solution serait une mise à niveau pour plus de transparence, plus de qualité. En France, ceux qui se développent sur ce créneau seraient tout simplement condamnés, car il existe ce monopole sur la tenue des comptes. Cependant, il a émis des réserves, quant à ce monopole, qui s’est-il interrogé: «préserve-t-il la profession?».
Par contre, ce sur quoi il faudrait insister a trait à l’expansion du réseau. De nos jours on ne trouve pas beaucoup de francophones dans les missions à l’international. Les quelque 17.000 EC français font pâle figure devant plus de 65.000 libéraux britanniques. Pour pouvoir concurrencer le très vaste réseau anglo-saxon qui avoisine 340.000 membres (libéraux, comptables d’entreprises, d’administrations, de libéraux...) dont 15% de fonctionnaires, 20% d’étrangers (Indiens, Pakistanais...), la connexion française table sur 100.000 personnes sur une décennie, moyennant une modique contribution de 80 euros TTC pour la production et la diffusion de communications scientifiques.
Mais cette envergure du réseau des anglo-saxons, n’émanerait-elle pas du système d’obtention du diplôme comme l’a souligné un EC  dans la salle? En fait, au Chartered Accountant, comme son nom l’indique, il est accordé une charte, tandis que chez les francophones la fonction est quelque peu mythique, prestigieuse, et longtemps chasse gardée d’une certaine élite.

L’Union fait la force

Quoiqu’il en soit au Maroc, plusieurs chantiers sont entrepris pour améliorer la qualité des prestations, normes sur la qualité, sur les incompatibilités (conseil et tenues des comptes) et règles d’indépendance, sur les budgets et honoraires, code des devoirs professionnels, ... l’Institut de formation continue est en phase de concrétisation (local en face du Conseil Régional de Casablanca), dépôt d’un mémorandum au ministère du Commerce et de l’Industrie pour l’abaissement du seuil de 50 millions de Dhs de CA pour les entreprises soumises...  Un travail important est en train d’être effectué sur le visa des déclarations, selon M. Brik V-P de l’O.E.C. du Maroc, le texte sera présenté durant la prochaine rentrée parlementaire. C’est de bon augure.
Pourquoi pas, en sus, la constitution d’un Comité de Sages, composé d’EC chevronnés, membres de l’Ordre, mais n’appartenant pas  au Bureau, pour fournir des idées pointues à la stratégie de développement.

D. MB.



 

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