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Pour une nouvelle impulsion des relations économiques Maroc-Mauritanie

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Publier le : June 3, 2004

La quatrième session de la Haute Commission Mixte maroco-mauritanienne réunie du 24 au 26 mai dernier, devrait constituer un tournant dans les relations économiques maroco-mauritaniennes. "La forte délégation mauritanienne conduite par le Premier ministre M. Sghaïr ould M'Bareck et qui comprenait, entre autres, les ministres de l'intérieur, de l'équipement, de la santé, de l'éducation, des secrétaires généraux de ministères et 25 hommes d'affaires, montre combien la Mauritanie accorde une importance cruciale à ses relations avec le Maroc", fait remarquer un haut responsable de la diplomatie mauritanienne. A l'issue des travaux de cette session, les deux parties ont montré leur convergence de vue sur l'ensemble des problèmes régionales et sous régionales et ont procédé à la signature de pas moins de huit accords et mémorandums d'ententes. Il s'agit, entre autres: d'un accord de coopération en matière de protection civile, d'une convention dans le domaine de l'eau, d'un accord cadre de coopération et d'assistance technique en matière de réglementation et d'organisation du secteur du bâtiment et des travaux publics, d'un protocole de coopération dans le domaine judiciaire, de deux mémorandums d'entente dans les domaines du Waqf et des affaires islamiques, et de la lutte contre l'analphabétisme et l'enseignement des adultes, d'un procès verbal en matière de pêche maritime entre les hommes d'affaires des deux pays, et enfin, deux conventions de coopération entre les chambres de commerce de Rabat et de Casablanca, d'une part, et leurs homologues mauritaniens, de l'autre.
L'excellence des relations politiques et la signature de plusieurs accords et conventions ne doivent pas cacher la faiblesse des flux commerciaux et de capitaux entre les deux pays. De l'aveu même du Premier ministre marocain, M. Driss Jettou, le flux des échanges entre les deux pays "est très faible" et l'investissement, est "pratiquement inexistant". D'ailleurs les statistiques de l'Office des Changes sont révélatrices.

Faibles échanges

En effet, pour l'année 2003, les flux commerciaux entre les deux pays se sont établis à 229,8 millions de dirhams, en baisse de 13,37 % par rapport à leur niveau de 2002. Le Maroc exporte vers la Mauritanie pour 226 millions de dirhams en  produits alimentaires divers, produits finis divers d'équipement industriel, produits finis divers de consommation, fils et câbles électriques, produits bruts divers d'origine animale et végétale, agrumes, conserves de poissons, etc. Quant aux importations en provenance de la Mauritanie, elles se sont établies à 3,85 millions de dirhams, en baisse de 38,5 % par rapport à leur niveau de 2002. En somme, il s'agit d'échanges faibles et déséquilibrés, même si ces chiffres ne représentent pas le volume réel des flux commerciaux entre les deux pays. Les produits passant les frontières dans les deux sens de manière informelle, échappant du coup aux statistiques douanières et des Offices des Changes, ne sont pas négligeables.

Avenir prometteur

Si la faiblesse des échanges est criante pour des pays frontaliers, la situation pourrait se modifier au cours des toutes prochaines années sous l'effet d'un certain nombre de facteurs. En premier lieu, il y a l'ouverture prochaine de la route reliant Nouadhibou -capitale économique de la Mauritanie située à la frontière avec le Maroc- à Nouakchott. Cet axe routier, qui reliera ainsi le Maroc au Mali et au Sénégal, via la Mauritanie, dont l'inauguration est prévue d'ici quelques mois, devrait traduire encore plus la proximité géographique entre les deux pays, réduire les coûts de transports des marchandises, et par ricochet stimuler davantage les flux commerciaux au sein de la sous-région. En second lieu, la découverte du pétrole et du gaz en Mauritanie pourrait élargir le portefeuille de produits à échanger entre les deux pays et à équilibrer davantage la balance commerciale des deux partenaires. En effet, à partir de fin 2005, la Mauritanie intégrera le cercle très sélect des pays exportateurs de l'or noir. Plusieurs indices révèlent la présence d'importants gisements de pétrole. Les premières découvertes font état de réserves estimées à 650 millions de barils de pétrole récupérables. Le gaz naturel serait également très important avec des réserves découvertes sur un des sites en exploration estimées à 85 milliards de mètres cubes, soit 550 millions de barils équivalents pétrole. Une seule certitude, l'entrée en production du premier puits de pétrole mauritanien est programmée fin 2005 avec une production quotidienne de 75 000 barils.  Cette nouvelle donne peut se traduire par une hausse des exportations mauritaniennes vers le Royaume, mais aussi par une augmentation sensible d'importations mauritaniennes de produits marocains de première nécessité. Enfin, le renforcement du cadre juridique de la coopération, en ôtant les obstacles aux échanges, devrait contribuer à l'affermissement des relations commerciales entre les deux pays en attendant l'établissement d'une zone de libre-échange. 
Si l'augmentation des flux d'échanges est souhaitée des deux côtés, les mauritaniens comptent aussi et surtout sur les investissements marocains, avec une préférence l'établissement de partenariat entre privés mauritaniens et marocains pour la création de joint-ventures. D'ailleurs, la présence de 25 hommes d'affaires dans la délégation mauritanienne témoigne de la volonté des autorités de Nouakchott d'aider les privés des deux pays à tisser des relations à même de se traduire par des réalisations concrètes. De l'aveu d'un homme d'affaires marocain, "les mauritaniens sont venus cette fois avec des objectifs bien ciblés". En témoignent les contacts d'affaires qui ont réuni les hommes d'affaires des deux pays dans les domaines d'activités de la pêche, de l'industrie et des Bâtiments & travaux publics. Il s'agit de trois secteurs d'activés dans lesquels les autorités mauritaniennes souhaitent bénéficier de l'expertise et du savoir-faire des entrepreneurs marocains.

Joint-ventures

Au niveau de la pêche, la Mauritanie, qui dispose de la côte la plus poissonneuse du monde, compte sur l'expérience marocaine en matière de transformation des produits de la mer. Avec 5 % du PIB, 45 % des recettes d'exportation et 25 % du budget de l'État, le secteur de la pêche est actuellement le poumon de l'économie mauritanienne avec un volume de captures qui évolue annuellement en dents de scie avec des pics qui atteignent 700 000 tonnes. Toutefois, la production est faiblement valorisée au niveau local. Le savoir-faire des entreprises marocaines dans le domaine de la transformation, notamment la conserve de poissons, via la création de joint-ventures entre privés marocains et mauritaniens est souhaitée. Outre les coûts de production plus bas (main-d'œuvre bon marché et coût d'énergie plus bas) et un code des investissements attrayant, les investisseurs marocains pourront aussi bénéficier des débouchés offerts par le libre accès des produits mauritaniens aux marchés européens et américains. L'autre secteur qui connaît un dynamisme certain en Mauritanie est celui du bâtiment et travaux publics (BTP). Le déficit en infrastructures de base à combler fait que l'offre locale de ciments et matériaux de construction n'arrive plus à suivre la forte demande intérieure. Les importations de ciments en provenance du Maroc ont atteint, en 2003, plus de 18 millions de dirhams. Pour nombre d'observateurs, ce secteur recèle un fort potentiel de développement. La croissance économique qui devrait dépasser les 10 % à partir de 2006, avec l'exportation des premiers barils de pétrole, selon les estimations du FMI, contre une moyenne d'environ 5 % au cours des cinq dernières années, stimulera le secteur BTP mauritanien. Ce n'est pas pour rien qu'un accord de coopération et d'assistance technique en matière de réglementation et d'organisation du secteur a été signé lors de la tenue de la Haute Commission.
Enfin, pour ne pas se contenter des signatures d'accords sans lendemain, des rencontres et concertations entre hommes d'affaires marocains et mauritaniens seront maintenus à travers des visites de délégations.

Moussa Diop



 

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