M. Moncef Fadili, Coordonnateur National du Programme des Agendas 21 locaux, démontre l’utilité d’un tel instrument opérationnel pour les populations et son but ultime qui vise l’engagement de tous les acteurs dans le développement local, grâce à la planification stratégique. M. Fadili soutient aussi que pour réussir cette action, il faut disposer, entre autres, d’un appui institutionnel fort.
La Nouvelle Tribune: Depuis le début du lancement des Agendas 21 locaux, y a-t-il des actions qui se sont concrétisées?
M. Moncef Fadili: Ce qu’il faut rappeler, c’est que l’Agenda 21 local est un processus qui convient en général au profil environnemental des villes. Il permet de donner une image générale de la ville en termes de priorités de développement local. Les diagnostics déjà effectués pour Marrakech et Meknès et qui le seront à la fin de ce mois pour Agadir, constituent la restitution de tous les entretiens avec les partenaires. Ensuite, l’ensemble des résultats sont débattus par tous les acteurs dans des ateliers. Généralement, il se dégage trois grands axes avec des thèmes et des sous-thèmes. Tout cet acheminement urbain débouche sur ce qu’on dénomme le Pacte Urbain, qui représente l’engagement de l’ensemble des acteurs. Il s’agit de laisser une preuve tangible, une trace concrète et durable, qui traduise l’accord des partenaires locaux sur un certain nombre de points relatifs au développement de la ville. Dans de nombreux pays, les participants signent ces Pactes Urbains. Au Maroc, cet engagement moral est approuvé par acclamation.
Après, nous passons vraiment à l’action, car l’Agenda 21 Local est, en gros, un appui en termes d’accompagnement aux municipalités, qui sont les principaux gestionnaires de la ville. Ce sont elles qui représentent à terme le point focal de ce programme. Il ne faut pas perdre de vue que les élus sont investis d’une mission de confiance et de développement local. Leurs fonctions vont au-delà de la gestion d’édilité (Eau, Électricité, Collecte de déchets, ...), mais consiste aussi à anticiper le développement de la ville sur la base d’instruments de planification stratégique. Cela signifie qu’il faut percevoir et mener une approche concrète de la ville sur le moyen et surtout le long terme.
L’Agenda 21 est donc un processus qui consiste à développer un programme d’actions partagées. A partir des ateliers se dégagent trois grands groupes de travail pour qu’on puisse véritablement mettre en œuvre l’Agenda 21. Au niveau de Marrakech, ces groupes de travail ont déjà commencé à œuvrer sur la gestion de l’eau, sur la sauvegarde du patrimoine et le développement du tourisme, et sur l’intégration des populations et l’accès aux équipements. Aussi, ce qui est encourageant c’est que dans la politique actuelle d’aménagement du territoire et de promotion de la région, l’Agenda 21 est choisi par le ministère de l’Aménagement du territoire comme un instrument opérationnel de cette mise en œuvre.
Rencontrez-vous généralement des difficultés pour mobiliser les acteurs?
En général, la mobilisation des acteurs est assez longue au départ mais finit par emporter l’adhésion générale. Nous proposons que le programme qui est aujourd’hui domicilié au niveau du ministère de l’Aménagement du territoire ait un ancrage, une domiciliation institutionnelle au sein de la commune. On va vers l’unité de la ville. Il faudrait que demain, l’Agenda 21 soit synonyme d’une équipe de personnes représentant toutes les parties prenantes au processus de développement de la ville, et puisse mobiliser des fonds et interpeller les autorités locales sur des urgences et sur certains choix de développement mieux ciblés. Des projets opérationnels seront développés et auront une valeur démonstrative pour d’autres villes.
Vous prônez des actions intégrées pilotes d’appui, mais est-ce suffisant pour faire l’effet boule de neige attendu?
Pour avoir un effet de levier, il faudrait que la municipalité, qui retrouvera dans un futur proche son unité et son homogénéité à tous les niveaux de gestion, arrive à des choix mieux ciblés. Aujourd’hui il existe des phénomènes d’empiétement au niveau de la gestion de la ville. Il est donc question d’amener les partenaires à travailler de manière plus ordonnée, et moins cloisonnée. Le constat à l’heure actuelle c’est que des déperditions d’énergie, en termes de ressources humaines et financières, sont importantes et les résultats s’en ressentent.
L’Agenda 21 ne vient pas se substituer aux acteurs, mais en tant qu’instrument d’accompagnement à la prise de décision, il contribue à une meilleure articulation entre les interventions. C’est un processus dans lequel nous prévoyons un renforcement des capacités à travers des modules de formation à la gestion locale pour les élus et les associations. C’est en quelque sorte apprendre 2 choses, notamment travailler de manière concertée, et plus rationnelle en anticipant les actions tout en identifiant ensemble les dysfonctionnements et les questions de développement prioritaire de la ville.
Mais face aux besoins colossaux, les moyens disponibles sont-ils suffisants?
Ce sont des moyens d’amorce. Le programme a une espérance de vie de 5 ans (2001-2005), c’est une sorte de levier. C’est une approche testée par de nombreux pays à travers le monde (6.500 localités ont adopté l’Agenda 21). Le Danemark dispose d’un texte depuis 2000 à l’échelle du pays, qui stipule que toute localité doit avoir un Agenda 21 local. Mais il faut noter que cet instrument s’avère très efficace dans des sociétés où l’institutionnel est déjà bien implanté. Il devrait être de même au Maroc, car il existe un institutionnel fort et des compétences techniques appropriées. Toutefois, nous sommes un peu freinés par une certaine absence de synergie, de concertation, de ciblages et par des handicaps tels que l’habitat clandestin, le sous-équipement et le sous-emploi. Au plus haut niveau de l’État, les orientations royales et gouvernementales recommandent la réduction de l’habitat insalubre, l’amélioration du cadre de vie, et la démocratie locale. Mais comment y arriver? Avec l’Agenda 21 Local on peut commencer à travailler ensemble pour solutionner ces maux. Déjà des résultats probants ont été enregistrés dans de petites villes comme Essaouira, selon des processus similaires.
Comment faire pour pérenniser de tels programmes?
Là, il est nécessaire d’avoir un appui institutionnel local. Il est acquis, de par les conventions de partanariat existant avec les villes, que le programme ait déjà un écho favorable auprès des municipalités. Mais il faudrait que ces dernières représentent le gage de cette pérennité. Il faut également tenir compte des autres acteurs locaux dynamiques, notamment le privé, l’université ou les média. A ce titre, nous envisageons des modules de formation qui devraient être intégrés aux cursus. Le secteur privé doit aussi jouer un rôle clé, car rien ne se fera au niveau local sans son appui. Les orientations officielles pour sa participation active en faveur du secteur de l’habitat, et de l’emploi le démontrent.
Le second gage de pérennité, c’est que demain l’effet démonstratif joue et qu’il y ait, au niveau de tout le pays, une sorte de réseau d’Agendas 21 locaux. Il en sortira une complémentarité, une approche commune et un phénomène de solidarité dans le type d’approche de développement local et de la planification stratégique.
Aussi, il est important d’avoir des textes de référence. Une fois que l’appropriation des instruments est faite, par les acteurs locaux, elle doit être traduite sous la forme de textes juridiques. Cela pourrait conduire à des prises de décisions plus consensuels comme les budgets participatifs, qui existent un peu partout ailleurs dans le monde. A ce moment là, nous aurons un certain nombre d’indicateurs de durabilité. Enfin, avec cet effet de levier, les bonnes pratiques enregistrées sur ces Agenda 21 Locaux, seront diffusées à d’autres villes.
Le Maroc, c’est beaucoup plus que ces trois villes. Qu’en sera-t-il alors d’une extension sur l’ensemble du pays?
On est obligé d’avoir au début quelques villes tests. Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes dans une problématique de métropole régionale, avec Marrakech, Meknès, et Agadir. Marrakech et Agadir souffrent aujourd’hui d’un exode rural très important. Cependant l’extension est en cours. Avec l’élargissement du programme de cette cité à toute sa région, les principales villes sont incluses dans le processus. Parmi celles-ci, nous ciblons d’abord les chefs-lieux de province, 5 à 6 villes-tests (Tahanaout, Aït Ourir, Benguerir , El Kelâ, Chichaoua...) pour créer un début de synergie. Avec l’Agenda 21, nous mettrons en place dans ces centres ruraux devenus urbains, des structures d’accompagnement au développement local.
Propos recueillis par
Daouda MBaye