La Nouvelle Tribune: Quelles sortes de déboires pourrait entraîner l’écoulement du café en vrac sur le marché local ?
M. Leuwenkroon : Malheureusement le café en vrac représente une grosse part du marché de la distribution du café au Maroc, le café en vrac ne permet pas de contrôler l’origine pour le consommateur, ne permet pas non plus de connaître les dates de production et donc de fraîcheur à savoir que quand le café grain est exposé à l’air il s’oxyde, assez rapidement et perd sa fraîcheur automatiquement, le seul avantage que veut avoir le consommateur est le dénominateur du prix, aujourd’hui évalué entre 35 et 55 Dhs le kg suivant sa provenance.
Bien entendu, le café en vrac ne permet pas d’obtenir un bon produit et ne donne surtout aucune garantie au consommateur quant à l’appellation «café» pour ce produit. A savoir que l’appellation «café» n’est autorisée par le codex alimentaire qu’aux produits ayant des mélanges 100% café sans aucun additif tel que, bien connus dans certaines traditions, le pois-chiche, hell, cannelle... qui dans ces cas auraient l’appellation «café fantaisie».
La loi sur l’étiquetage oblige les importateurs à se conformer à certaines normes, qu’avez vous fait au sein de votre association, auprès des pouvoirs publics, pour contrecarrer les ventes informelles de café en vrac ?
Pour pouvoir contrecarrer les ventes de café en vrac, malheureusement nous n’avons pas pu, au sein de la Chambre de Commerce Belgo-Luxembourgeoise (CCBLM) obtenir gain de cause à savoir que le café en vrac ainsi que d’autres produits ne sont pas contrôlables tant en qualité qu’à l’évasion fiscale pour laquelle I’Etat marocain ne dispose pas de moyens suffisants pour pouvoir les contrôler tant en effectifs qu’au point de vue législatif à ce jour.
Le consommateur n’est pas ou peu protégé mais surtout il est lésé en tant que citoyen par le biais de l’évasion fiscale pour laquelle l’Etat marocain a un réel besoin de recettes pour encore mieux améliorer la qualité de ces services publics.
Les services publics pourraient dans le temps opérer dans des secteurs tels que: 1’Environnement, la Santé Publique et surtout l’Enseignement, en offrant une meilleure éducation et un épanouissement au citoyen. Par conséquent c’est au citoyen de prendre ses responsabilités dans l’état actuel des choses et de faire son choix quant à l’achat des produits en vrac qui d’une part l’obligent à prendre des risques d’hygiène alimentaire et d’autre part, vu son caractère informel, ne lui permettent pas d’en vouloir aux services publics de ne pas suffisamment le protéger.
Malheureusement, le café en vrac n’est pas le seul coupable tant de l’évasion fiscale que de la qualité du sous-vide qui se vend, et qui n’a pas le droit d’avoir l’appellation «café» vu les mélanges d’additifs pouvant surtout nuire à la santé.
Suite aux négociations que nous avons eues avec les pouvoirs publics par le biais du Service des Répressions des Fraudes, Département dépendant du ministère de l’Agriculture, il nous a été permis pour la première fois de vivre une aventure étonnante où publics et privés ont pu conjointement avoir une réflexion sur un décret., en l’occurrence le décret de l’étiquetage en arabe des produits alimentaires, la CCBLM a été surprise de la mobilisation du Service des Fraudes tant par sa disponibilité que par son écoute, elle a été également surprise tant au niveau des industriels locaux (de qualité) que par les importateurs, ceux-ci ne souhaitaient qu’une chose: c’est d’améliorer la protection du consommateur car pour les producteurs ou les distributeurs des produits alimentaires ayant participé à ces discussions, l’intérêt majeur a été d’améliorer leur image de marque et de renom afin de se protéger par rapport à l’informel ayant deux ramifications majeures: la première étant la contrebande, entre autres, par Sebta et Mellilia bien plus connues par le consommateur par le biais de ces canaux de distribution tels que Derb Ghalef à Casablanca et autres, mais également par la deuxième filière constituée par des producteurs locaux informels n’ayant qu’un seul but l’appât du gain rapide sans avoir aucun scrupule quant au bien-être du consommateur ou d’une image de marque à défendre. Il me semble que nous devons trouver impérativement des solutions pour combattre ces deux fléaux, l’un par la baisse des droits de douanes et également de la TVA qui de toute façon se fera par l’uniformité via nos accords libres échanges Union Européenne, USA…OMC et qui obligeront certains producteurs locaux à mieux profiter de la mise à niveau pour produire mieux et permettront au consommateur d’en profiter pleinement, c’est le citoyen qui changera le monde et non pas le monde qui changera le citoyen, tout est une question de communication et d’éducation ainsi que de civisme.
Avez-vous justement songé à des solutions pour une éventuelle intégration des torréfacteurs informels dans le formel ?
Pour pouvoir intégrer les torréfacteurs de l’informel au formel, il faudrait pour cela que nous ayons une association transparente qui réunisse tant les torréfacteurs locaux que les importateurs et que ces derniers s’attellent sur la réflexion quant à l’amélioration de leur communication : peut-être en faisant de la publicité institutionnelle sur le calé pour faire augmenter la consommation nationale à savoir que celle-ci est excessivement faible par habitant. Nous pourrions envisager également par le biais d’une association forte de partager nos expériences communes au niveau de la torréfaction, de l’emballage et de la transparence...
Vous trouverez souvent le mot transparence dans mon langage qui reste pour moi le premier combat que j’ai mené depuis mon arrivée au Maroc, il y a 9 ans, tant en ma qualité de Directeur Général de Top Class Espresso- importateur exclusif de Lavazza Espresso Point, que de Président de la CCBLM, Vice-Président de la Fédération du Commerce et Services à la CGEM et de Secrétaire Général de la Fédération PME-PMI à la CGEM.
En ma qualité de citoyen, je pense qu’il est élémentaire de donner une partie de son temps pour que le Royaume du Maroc, considéré comme un pays émergent, puisse réellement tenir ses promesses pour un avenir prospère à tout citoyen marocain.
Propos recueillis par
Daouda MBaye