Signé la semaine dernière à Ankara (capitale de la Turquie), l’Accord de Libre Échange (ALE) entre le Royaume du Maroc et la République de Turquie, et paraphé par les Premiers ministres des deux pays MM. Driss Jettou (Maroc) et Tayyip Erdogan (Turquie), vise le renforcement de la coopération économique. Ce sont tout simplement les énormes potentialités que recèlent les deux pays, qui seront ainsi exploitées au bénéfice des peuples respectifs, a déclaré en substance M. Driss Jettou, reçu par M. Ahmed Necdet Sezer, le Président turc. Il a ensuite ajouté que l’ALE offrira des opportunités de partenariat aux entreprises turques désireuses de participer aux projets lancés au Maroc (infrastructures routières et aéroportuaires, sites touristiques...). De son côté M. Erdogan, qui a regretté que le volume des échanges entre les deux pays n’ait pas dépassé 260 millions de $ en 2003, a mis l’accent sur la nécessité de redoubler d’efforts et marquer une nouvelle étape dans les relations d’affaires entre opérateurs.
Relativement au tarif douanier, un traitement différencié sera appliqué selon l’origine et la nature des produits. Dès l’entrée en vigueur de l’accord, les achats de produits marocains sur le sol turc bénéficieront d’exonération totale, tandis que ceux de produits turcs sur le sol marocain subiront un dégrèvement progressif sur 10 ans (2 listes: 10% de démantèlement par an et 3% pendant les 3 premières années et 15% à partir de la quatrième).
Une transition en douceur
Un certain nombre d’accords de coopération, servant de mécanismes juridiques, ont été aussi signés pour améliorer le climat d’investissement et des affaires entre les deux pays et catalyser une zone de libre-échange à instaurer progressivement, après une période transitoire maximale de 10 ans. Il s’agit d’accords de non double imposition fiscale et de lutte contre l’évasion fiscale (en matière d’impôts sur le revenu), et de jumelage des ports de Casablanca et d’Istanbul. Ce sont MM. Mustapha Mechahouri et Karim Ghallab, respectivement ministres marocains du Commerce Extérieur et du Transport et de l’Équipement et MM. Kemal Akitan et Binaldi Yildirim, leurs homologues turcs des Finances et du Transport, qui les ont signés.
Malgré tout, le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis divergent sur cet ALE. S’il ne manque pas d’industriels qui ont les yeux rivés sur l’avantage douanier en leur faveur, d’autres opérateurs nationaux par contre lèvent le ton et exigent des garde-fous pour atténuer d’éventuels effets négatifs sur les secteurs pharmaceutique, du textile et de l’habillement ou agricole. La période transitoire de 10 ans permettra certainement de mettre en place une réelle mise à niveau.
Des pour et des contre
M. Jaouad Hamri, Directeur de Texnord (Textile-habillement), qui a fait partie de la délégation accompagnant le Premier ministre en Turquie, trouve que les exportateurs peuvent en tirer profit dans la mesure où ils peuvent utiliser de la matière importée, notamment du tissu, de Turquie en ayant droit au certificat EUR1. Ce fameux certificat d’origine européenne permet aux produits confectionnés marocains de rentrer sur le marché de l’UE en exonération des droits de douane. Par rapport à ce qui se passait jusqu’à présent, les opérateurs marocains nationaux perdaient des marchés au profit des pays de l’Europe de l’Est, parce que ces derniers avaient la possibilité de délivrer l’EUR1 en utilisant la matière turque. Les donneurs d’ordre préféraient utiliser la filière Turquie-pays de l’Est pour une livraison en Europe. Il existe donc de réelles opportunités pour les confectionneurs locaux exportateurs.
De l’avis de cet opérateur, le point négatif peut être décelé au niveau des produits turcs qui concurrencent le textile marocain qui travaille sur le même marché. Il est clair, aux yeux de tous, que le coûts des facteurs ainsi que les conditions de production en Turquie sont plus compétitifs qu’en Europe. Sur ce cas, les fournisseurs marocains qui sont sur le même créneau sont désavantagés par rapport à leurs homologues turcs. En outre, sur le marché local, il se pose le risque de la sous-facturation de marchandises importées de Turquie. Pour enrayer cela, les opérateurs sont pour un contrôle réel aux niveaux des frontières. Sans un contrôle sévère au niveau de l’étiquetage, de la vérification des prix et de l’antidumping, aucune mise à niveau même au delà de 2014, ne pourra éviter des déboires soutient-on par ailleurs.
Le procès-verbal de la Commission Économique Mixte, qui a aussi été signé, tout comme la création prochaine d’une ligne aérienne directe entre les deux pays suffiront peut-être à rassurer les plus réticents. Time will tell.
D. MB.