A peine sorti, le CD multimédia «Tamazighe sans barrières», ne cesse de remporter des succès. Arrivé à point nommé pour satisfaire un besoin existant, c’est en fait le premier support numérique pour l’apprentissage de la langue Tamazighte. Conçu totalement par les compétences locales de l’équipe (linguistes, pédagogues et spécialistes en production Informatique et Multimédia) d’Eclisse.Com, une start up basée au Technopark de Casablanca, avec le précieux soutien d’un linguiste-chercheur à l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), Pour M. Youssef Aït MKhadem, ce produit est l’exemple parfait du profit à tirer des NTIC (support multimédia et e-learning) afin d’éviter la fracture numérique et valoriser la culture du terroir. Il a connu un franc succès dans des salons et colloques, au Maroc et à l’étranger (Colloque national au Technopark de Casablanca, les 19 et 20 décembre 2003, ou au NetExpo 2003 à Marseille). C’est tout simplement parce qu’il rend aisé l’apprentissage de la langue Tamazighte, permet de rapprocher les 2ème et 3ème générations de Marocains Résidant à l’Étranger (MRE), ou maghrébins plus généralement, à leur culture ancestrale par des méthodes ultramodernes, et fluidifie la communication entre touristes, investisseurs et autochtones. En effet, les communautés algérienne, tunisienne, libyenne, malienne, française, belge et canadienne, qui en ont eu vent lors de salons internationaux ont bien accueilli le CD.
Ceux qui connaissent Eclisse. Com ne sont aucunement surpris par la conception de ce chef-d’oeuvre. Pour rappel, cette structure a à son actif la création de plusieurs CD ROM sur le tourisme, sur la promotion numérique de sociétés nationales et internationales, sur la capitalisation des colloques et des salons sur support numérique.
L’écriture, aussi
Selon M. Mihamou, Directeur Général d’Eclisse. Com, c’est en se basant sur l’évolution pédagogique pour l’apprentissage d’une langue, qu’a été conçu le contenu de ce premier niveau. Il comprend 8 modules traitant les thèmes de l’Alphabet Tifinaghe, le Corps Humain, les Membres de la Famille, les Chiffres, les Couleurs, le Temps, la Nourriture, et la Faune et la Flore. Enrichis avec des exercices d’auto-évaluation pour chaque module, le CD regroupe plus de 500 mots de vocabulaire Amazighe. Un sacré démenti à certains faiseurs d’histoire. Qui a voulu annihiler l’apport écrit des peuples vernaculaires? Les Imazighn (voir lexique) n’ont-ils pas eu autant de mérites que les phéniciens, les sumériens, les égyptiens de l’époque pharaonique, les chinois...?
Ce n’est là qu’une première étape, car une série de trois autres niveaux et un dictionnaire multimédia, sont aussi en chantier.
D’autres versions en Anglais, en Espagnol, en Allemand, en Hollandais et en Arabe sont en chantier, nous apprend-t-on. Relativement aux trois autres niveaux envisagés (courant 2004 ), ils seront basés sur des mises en situation réelle, avec des scénarios, suivis par des chargés de production, des pédagogues et des producteurs de contenu de haut niveau, des chercheurs dans le patrimoine national, en général, et berbère en particulier. La diaspora lui réserve un excellent accueil. Nombreux à l’extérieur, le peuple Amazighe, qui compte, rien qu’en France, quelque 2,3 millions d’âmes dont pas moins de 800.000 en Ile de France l’a déjà adopté. Après une présentation à la chaîne de télévision «Berbère TV» qui émet depuis Paris, les concepteurs sont en train d’adapter une version TV, qui sera diffusée à partir de mai, à raison de 7 à 10 mn par jour. M. Mihamoui est donc très optimiste, pour l’avenir de cet instrument. Toutefois, il lance un appel pour plus de soutien, de sponsors, afin d’offrir le CD à un prix symbolique. «Lors d’un colloque organisé par l’Etat, j’ai eu à évoquer l’intérêt de l’introduction des NTIC dans l’apprentissage d’une langue» rappelle M. Mihamou. La balle est donc dans le camp des pouvoirs publics, du côté du ministère de l’Éducation Nationale (MEN) pour une utilisation dans l’enseignement, vu l’introduction récente de la langue dans le cursus scolaire au Maroc.
Quant à la distribution du CD ROM, des contacts sont en cours avec les grands distributeurs au Maroc et à l’étranger. Déjà, des agences de voyages ainsi que la compagnie nationale Royal Air Maroc pour le Skyshop (vente à bord des avions de la RAM) ont commencé à l’écouler.
Gageons que, bientôt l’Espéranto, qui comme toute langue non statique évolue, intégrera sous peu quelques vocables Tamazighte.
D. MB.
Trois questions à M. Mihamou, Directeur Général d’Eclisse. Com
La Nouvelle Tribune: Qu’est ce qui vous a amené à créer un tel outil?
M. Mihamou: Étant natif d’une région berbère du Moyen Atlas, où l’on ne parle que la langue berbère, nous avons toujours milité pour défendre notre identité culturelle. Avec l’aide d’amis chercheurs et d’une équipe de collaborateurs, nous avons commencé à consolider depuis, maintenant, plus d’une année, et nous nous sommes dits que l’un des meilleurs outils à même de mettre en évidence notre expertise, en intégrant le contenu Amazighe dans les NTIC, était de mettre au point un CD ROM. Au-delà de la question d’identité culturelle, au départ, nous l’avons fait pour nos enfants, pour un apprentissage aisé de la langue. J’ai personnellement souffert pour assimiler le berbère, que j’ai appris en retard, d’où cet intérêt par mon entourage immédiat. La première version de ce premier niveau est traduit en français pour lui donner un caractère international. Nous n’avons pas voulu faire du Tifinaghe pour le Tifinaghe, mais pour les berbères et pourquoi pas pour les autres. Nous avons donc choisi pour première matrice le français pour passer par la suite, à l’Arabe, à l’Anglais, à l’Espagnol. C’est la meilleure manière de lui donner un caractère ouvert.
Vous songez alors à la diaspora, aux investisseurs, aux chercheurs, et autres, linguistes?
Effectivement, car mis à part les berbères, qui veulent perfectionner leur apprentissage de la langue, ou ceux qui veulent l’apprendre, il a pris une autre dimension. J’ai eu à présenter le produit dans un certain nombre de salons, notamment au mois de décembre, à l’occasion du NetExpo à Marseille, où il y a une forte concentration maghrébine. Le stand du Maroc ne désemplissait pas, il y avait une grande foule. Aussi bien les Tunisiens, les Algériens que les RME marocains ne cessaient de demander des précisions sur le CD pour savoir comment s’écrit ou se prononce tel ou tel autre mot, même s’ils sont d’origine berbère. D’un autre côté, bon nombre de Français se sont intéressés, parce qu’ils voient que tout touriste, qui a foulé le sol marocain, ramène des souvenirs de l’arrière-pays, où se trouvent les plus beaux paysages, dans les régions Amazighes. Pour communiquer avec les populations de ces zones, le CD arrive à point nommé. En témoigne ce Français qui a acheté une quarantaine de pièces pour les offrir à ses amis.
Pour une communication plus courante, nous comptons passer au deuxième niveau où nous développerons plus de dialogues, des mises en situation... Nous attendons d’abord d’avoir des partenaires-sponsors du premier produit. Le scénario est prêt, ce qui reste c’est de passer à la phase de développement. Le dictionnaire multimédia, par contre, est prêt à 30%.
Notre ambition, si les moyens suivent, est de mettre sur pied un site Internet, tremplin nécessaire pour le E-Learning ou la formation sur ordinateur à distance (FOAD).
Sur le plan pédagogique, avez-vous volontairement penché pour le ludique?
Nous avons opté pour le ludique, parce que dans l’enseignement d’aujourd’hui, il est difficile de faire passer un message sans mettre de la couleur, du son et de l’animation. Pour retenir l’attention d’un enfant devant une machine, il est nécessaire de mettre du ludique. C’est tout à fait valable pour un adulte, car il a lui aussi besoin d’animation pour un apprentissage aisé.
Propos recueillis par
Daouda MBaye