Au niveau des hydrocarbures, le secteur informel n’est pas encore arrivé à concurrencer le formel. Cependant, il ne cesse de prendre de l’ampleur. Pire encore, le défaut de délicatesse que requiert la manipulation de ces produits, hautement dangereux, peut engendrer des dégâts importants sur les populations et le matériel. Les localités où se développe ce commerce, sont dans les régions du nord-est et du Sud, respectivement autour des zones urbaines d’Oujda et de Laayoune. Il n’est pas rare que dans ces endroits on vous propose un bidon de gasoil ou d’essence à moitié prix du cours officiel. Au niveau des décideurs on se rejette la balle, d’aucun arguant, par ci par là, que c’est l’accroissement du chômage urbain, la baisse de revenus, le gain facile..., si ce n’est la rareté de réseaux de distribution, ou la déficience des publics pour satisfaire des besoins fondamentaux (santé, logement, éducation...) qui constituent le terreau permettant le développement d’un tel commerce. Mais est-ce là une raison suffisante pour laisser faire?
Normalement, nous apprend-t-on, la distribution des produits pétroliers est contrôlée par une quinzaine de sociétés dont la plupart sont des filiales de multinationales. Ces sociétés gèrent un réseau de 2.000 stations services implantées à travers le pays. Ce sont les deux raffineries de Mohammedia et de Sidi Kacem, de la Société Anonyme Marocaine de l’Industrie du Raffinage (SAMIR) qui en assurent l’approvisionnement. Au niveau des provinces sahariennes, trois sociétés prennent en charge cet approvisionnement. Le secteur de la pêche est, quant à lui, approvisionné par les sociétés de distribution nationales et par des importations directes (cabotage).
Fâcheuses conséquences
Les professionnels qui se sentent lésés par un tel trafic, nous font remarquer que le réseau pétrolier est effectivement très affecté au nord-est du Royaume. L’implantation de stations-services y est moins importante que partout ailleurs à travers le pays. Ceux-ci déplorent la fermeture de beaucoup de points de vente, durant les deux dernières décennies. D’ailleurs, c’est ce qui explique la baisse de leur nombre, qui a du reste entraîné une perte d’environ 35% des ventes, comparativement au reste du pays, selon leurs estimations. En volume, la fermeture des stations services équivaut à une perte de 2.000 m3 par mois, tandis que la piraterie entraîne un manque à gagner de 5.000 m3 par mois.
Quant à la provenance, qui est un secret de polichinelle, il nous a clairement été indiqué que ces produits pétroliers de contrebande proviennent de l’Algérie pour la majeure partie. A cela s’ajoutent les rentrées clandestines de mélanges de gaz, qui sont infiltrés avec du gasoil et mis sur le marché. Les répercussions sur le matériel et les engins, ainsi que sur la clientèle sont effarantes. Hormis la détérioration du matériel, c’est un manque de confiance notoire, des clients sur la qualité des produits blancs, vendus dans la région, qui risque de les gagner, craignent les opérateurs.
Au Sud du pays, où la problématique est moindre, mais réelle, c’est le carburant sous-douane, qui est «chipé», pour être ensuite injecté dans le marché informel. Le manque à gagner, ne serait-ce que pour l’Etat, en termes de recettes, est énorme.
Que faire?
En définitive, ce qui, au départ, orientait certains usagers sur ces produits, notamment leurs prix plus bas (parfois jusqu’à la moitié) que ceux du marché officiel, leur porte grandement préjudice, à l’arrivée. Pire encore, les opérateurs croient, dur comme fer, qu’une telle pratique booste le taux de chômage, car une station-service crée au bas mot cinq emplois et cela peut aller jusqu’à une quinzaine.
Y-a-t-il un laisser-aller, de la part des autorités? Qu’est ce qui les empêche de sévir, compte tenu de tous les dangers inhérents à un tel commerce? S’il existe des mesures prises, alors elles laissent vraiment à désirer, car la vente de produits pétroliers dans des bidons, est bien visible un peu partout dans ces régions. Selon cet opérateur, il serait plus judicieux de s’attaquer au mal à la racine. En somme, il convient d’enrayer les approvisionnements en s’attaquant aux sources, qui pourtant sont connues de tous.
Le transport de produits dangereux, car inflammables, demande une expertise qui n’est pas donnée au premier venu. Et ces vendeurs occasionnels utilisent des moyens rudimentaires, où aucune précaution n’est prise pour se prémunir ou pour protéger l’environnement immédiat.
D’après nos sources, des actions ont été entreprises au niveau du Groupement des Pétroliers du Maroc (GPM), mais en vain. Il n’y a eu aucun aboutissement, car les pouvoirs publics semblent faire la sourde oreille.
Bien entendu, les défenseurs de l’informel vont encore soutenir la sacro-sainte question de survie de ces populations refusées par le secteur formel, ou de la baisse continue de leur pouvoir d’achat, mais au nom de quoi, de quels dangers? Comme le soulignait, très succinctement, un analyste, la voix du salut résiderait dans le processus qui permettra de ramener ces activités du secteur informel vers le formel.
Daouda MBaye