Et si on mettait en branle la fonction de consommation chère à Keynes, cette relation, qui unit les variations du montant de la consommation d’une collectivité locale à celle du montant de son revenu! Pourquoi pas, vu que les circonstances engendrent les idées. Doit-on seulement en douter actuellement? Pourtant à y voir de plus près, on peut l’oser. Depuis combien de temps le système bancaire national est-il trop liquide, alors que la consommation ne suit pas? N’eussent été les actions de Bank Al Maghrib (l’Institut d’Émission National) pour éponger les surplus de liquidités, peut-être l’inflation serait aujourd’hui à des niveaux plus sensibles. D’aucuns vous diront que voila près de deux décennies que cette situation dure. Si à un certain moment, grâce à la vulgarisation du crédit à la consommation, les ménages ont effectué des ponctions importantes dans leur revenu et épargne, il n’en est plus de même aujourd’hui. La consommation, cet alter ego de l’investissement, moteur par excellence de croissance, est actuellement quelque peu essoufflée, voire même frustrée. L’offre n’a jamais été aussi alléchante, la demande piaffe pour se servir, mais est quelque peu entravée. Qu’est-ce qui expliquerait un tel paradoxe? D’abord, une raison évidente voudrait que pour pouvoir consommer, il faudrait disposer d’un revenu. Ce dernier n’évoluant que très peu, et très souvent fixé en dessous du SMIG. Allez voir du côté des vendeuses, et autres intérimaires de la place. Ensuite, l’absence d’une véritable classe moyenne capable de tirer vers le haut la consommation, qui, je le rappelle, profite à tout le monde, constitue un écueil de taille. Apparemment tous les agents économiques n’ont pas la même perception de la problématique. La preuve est que chaque fois que les pouvoirs publics ont décidé de donner un coup de pouce aux revenus, certaines corporations professionnelles ont grincé des dents. On peut les comprendre après la vague de désinvestissements (au profit de la sacrée consommation) consécutifs aux faillites enregistrées, çà et là, et amenées par une mise à niveau ratée, sinon «râpée», la concurrence internationale aidant.
D. MB.