C’est, désormais, un fait. Le Maroc est en passe de provoquer ou de subir plusieurs changements dans son secteur de l’énergie. Certains sont, en effet, déjà lancés, notamment, la libéralisation du secteur et l’élaboration d’un code minier plus attractif. D’autres sont programmés pour être lancés prochainement: Introduction du gaz naturel, reconstruction ou mise à niveau de l’industrie de raffinage, développement de nouvelles facilités de stockage de produits pétroliers dans de nouvelles installations portuaires, redéploiement rationnel des principales logistiques de la distribution, création du centre d’études et de prospectives énergétiques. Et pour ce qui concerne la gestion déléguée, il est prévu de poursuivre des travaux d’assainissement liquide, sécurisation de l’alimentation en électricité et renforcement et renouvellement de l’infrastructure et des réseaux. Dans le même ordre d’idées, les changements que connaîtrait le secteur s’inscrivent dans la continuité du programme d’électrification rurale et la diversification du bouquet énergétique. De l’avis de M. Abdellah Alaoui, Président de la Fédération de l’Énergie, les opportunités d’investissement attractives sont là. Pour faire émerger ces projets et y faire adhérer certains décideurs ou séduire les partenaires existants, a-t-il ajouté, un obstacle de taille plane à l’horizon qui se situe au niveau du manque de visibilité sur l’avenir énergétique du pays. Actuellement, les intervenants dans le secteur approfondissent le débat dans un souci d’élargir l’horizon de la réflexion. Pour cette raison, ils viennent de faire appel à une compétence extérieure qui a planché sur les problèmes de l’énergie dans son propre pays et dans le contexte européen, et pour faire part de l’expérience du modèle français et des voies et moyens qui permettraient d’atteindre les objectifs fixés par la Fédération de l’Energie, à savoir, un secteur énergétique compétitif, une sécurité d’approvisionnement, développement durable en relation avec la protection de l’environnement et le droit d’accès à l’énergie aux plus démunis. Ainsi, pour M. Jean-Claude Lenoir, Député Maire de l’Orne, Président du Conseil Supérieur de l’Électricité et du Gaz en France, l’électricité est une condition pour le développement économique mais surtout de développement social. En réorganisant le secteur d’énergie en France, l’État avait plutôt et avant tout pensé à une réouverture des esprits. Le député UMP justifie ce constat par l’exemple donné par Lénine qui a dit pour démontrer l’importance de l’électricité pour le développement socio-économique de l’ex-URSS: « Le communisme c’est les Russes et l’électricité». Actuellement, la France est parmi les leaders producteurs d’énergie électrique dans le monde. 18% de sa production est destinée à l’export. Après avoir présenté l’historique du modèle français, M. Lenoir a mis en garde les opérateurs marocains contre une grande libéralisation qui a été derrière d’énormes inconvénients en France (hausse des prix de l’électricité, manque de confiance envers cette démarche...). Actuellement, la France évoque ce qui est appelé la troisième voie. Important, puisque cette nouvelle stratégie s’inscrit, selon lui, dans le cadre de l’Union Européenne dont les objectifs est de faire émerger un marché unique de l’électricité, baisser les prix et consolider la sécurité et le respect de l’environnement. Concrètement, toute entreprise est en mesure de choisir son fournisseur en électricité à partir de 2004.
De la notion de service public
Alors que l’ouverture totale des marchés de l’électricité et du gaz est prévue pour 2007. Dans ce contexte, la régulation joue un rôle essentiel pour un marché de plus en plus ouvert pour veiller au bon fonctionnement des règles du jeu du marché de l’énergie, garantir les droits des intervenants et veiller au respect de la notion du service public. Néanmoins, est-il possible sur le terrain d’évoquer la notion de service public et libéralisation du marché énergétique? A cette question, M. Lenoir a indiqué que le service public de l’électricité est une politique de soutien, de renouvellement, de rationalisation des tarifs de l’électricité et une précarité sociale à partir de la contribution de chaque usager de cette matière pour des raisons de solidarité sociale. Cela veut dire, pour M. Lenoir, que ce sont les pouvoirs publics qui sont en mesure de fixer les règles de l’ouverture des marchés. Car, explique-t-il, la libéralisation à elle seule, demeure insuffisante pour une politique énergétique efficace qui garantit à la fois le cours normal d’un marché ouvert ainsi que les contraintes de service public. Objectif: l’accès à l’électricité devient un droit pour tous. Une telle politique, conclut-il, serait derrière la paix dans le monde tant il est vrai que les électriciens interviennent le plus souvent dans un cadre de solidarité et de service public. Des principes qui priment, conclut-il, sur toute autre considération. Les décideurs marocains l’entendront-ils de cette oreille ?
H.Z.
L’ONE, une année 2003 riche en projets
Durant le second semestre 2003, l’Office National de l’Électricité a connu un programme d’activité très riche à travers la réalisation et la mise en service de nombreux projets. L’ONU a connu un deuxième semestre plutôt assez rempli. La signature de la convention pour la réalisation de la deuxième interconnexion électrique sous-marine à courant alternatif reliant le réseau de Transport d’Electricité du Maroc à celui de l’Espagne à travers le Détroit de Gibraltar a eu lieu durant l’été dernier. La mise en oeuvre de cette interconnexion est prévue fin 2005. Pour ce qui est du programme d’investissement proposé par l’ONE pour la période 2003-2008, il s’établit à un montant total de 34 Milliards de Dhs. Ce programme prévoit le doublement de l’interconnexion entre le Maroc et l’Espagne et le renforcement du réseau de Transport pour stabiliser et sécuriser l’alimentation électrique du pays. Il prévoit également le développement des énergies renouvelables à travers la réalisation par l’ONE et sans recours à la production concessionnelle de 3 projets: Deux parcs éoliens à Essaouira et à Tanger, de puissances respectives de 60 MW et de 140 MW, portant ainsi la capacité éolienne installée au Maroc de 53 MW à 253 MW à l’horizon 2006/ la centrale thermo-solaire d’Ain Beni Mathar, d’une puissance de 220 MW et qui bénéficiera d’un don du GEF de l’ordre de 20 Millions de dollars/ La réalisation, dans le cadre d’un partenariat public-privé, d’un deuxième cycle combiné de 400 MW au Nord du Maroc. A signaler que le budget relatif aux investissements de ce programme de l’ONE est estimé à 3,825 Milliards de Dhs.