Le marché n’attend pas que le Protocole de Kyoto (inéluctable, du reste) soit ratifié, par conséquent, les décideurs avertis dans les pays signataires se doivent de capitaliser des URCE (unités d’émissions de gaz carbonique). Durant la journée d’étude sur le MDP (voir www.lanouvelletribune.com) organisée le 20 février à Casablanca par le Secrétariat d’Etat chargé de l’Environnement (SEE) en collaboration avec le PNUD, les participants n’ont alors montré aucune réticence, afin que le MDP, soit mis en route. De la CNUCED à Kyoto, en passant par Rio, la communauté internationale a clairement reconnu que nous sommes tous responsables, mais à des degrés différents des changements climatiques. D’ailleurs, les effets néfastes dus à ceux-ci ne cessent de se manifester. Certes, les atolls de Vanuatu, menacés d’être immergés par les eaux de l’océan Pacifique, figurent encore sur la mappemonde, et certains diront plus de peur que de mal. Mais cela ne diminue en rien les risques graves encourus par la planète entière si les modes de production actuelle se maintiennent. Tout cela concourt à investir dans l’environnement. Et M. Emmanuel Dierckx de Casterlé, Coordonnateur Résident du PNUD à Rabat, l’a souligné dans son intervention, soutenant que si le Maroc souhaite continuer de se présenter comme un pays vert, alors il se doit d’investir dans l’environnement et de présenter des projets viables afin de bénéficier des MDP. On peut s’enorgueillir, a-t-il ajouté, du fait que le Maroc, (un bon élève selon M. Romeo Pacudan, Directeur Centre Riso de l’UNEP), fait partie d’un groupe comprenant le Brésil, l’Afrique du Sud, et la Chine, qui est le peloton de tête, présentant un cadre favorable pour recevoir des financements sur l’environnement. Comme partout ailleurs, on se cherche encore, ont souligné les intervenants. Le plus important, c’est qu’il existe une feuille de route, et qu’il faut procéder par du «learning by doing», ou comme disait l’autre c’est en forgeant qu’on devient forgeron, dans ces nouveaux marchés des crédits verts.
Ce qu’il faut retenir c’est qu’en dehors du caractère complexe de la validation des projets MDP due aux lenteurs de l’international (système onusien oblige), il y a l’appel lancé aux opérateurs qui sont les principaux partenaires pour que des victoires soient remportées sur le DD. Leur porte-parole, M. Boutaleb, Président de la Commission Entreprise et DD à la CGEM a confirmé que la tendance est à l’entreprise citoyenne dans un pays au fort potentiel en énergie nouvelle et renouvelable et que conscients du fait que les énergies fossiles se raréfient, les opérateurs ne peuvent plus continuer de consommer et de produire de la même manière.
D’autres intervenants, tels que M. Mouline, Directeur du Cabinet MSE, M. Agoumi, Responsable du Projet Pnud-Pnue RC MDP Maroc, Senhaji, Professeur à l’IAV Hassan II et Responsable à l’ONG GERERE, ont tour à tour précisé que tous les secteurs gagneraient à investir dans l’environnement, y compris le secteur financier. Les différents projets MDP présentés, et qui sont soumis au Conseil National MDP, témoignent de la conscience des décideurs sur ce plan. Un bon signe.
D. MB.
Ils ont dit
M. Mouline- MSE : Le domaine de l’environnement concerne tous les secteurs industriels, qui ont beaucoup à y gagner du reste. Pour que les fonds du MDP soient débloqués, il y a beaucoup de lenteurs, et pour aller de l’avant il y a une simplification des procédures à mettre en place. Nous devons montrer que nous avons une volonté qu’on n’attend pas que tout soit mis en place et qu’on se prépare en parallèle. Il existe un marché du gaz carbonique duquel on doit profiter.
M. Boutaleb, Président de la Commission Entreprise et Développement Durable- CGEM : Il existe un accord-cadre, le Protocole de Kyoto, qui engage les pays industrialisés à réduire leurs émissions de GES. Beaucoup de pays s’y sont inscrits, même si d’autres sont encore réticents (USA et Russie), n’empêche qu’il marche et on attend que sa ratification prochaine. Mais en attendant les opérateurs doivent-ils continuer à consommer et à produire de la même manière, lorsqu’à l’heure actuelle, le développement durable, qui permet de satisfaire les besoins des générations actuelles sans pour autant compromettre ceux des générations futures, devient incontournable? Les opérateurs marocains gagneraient à s’inscrire dans cette logique, qui est une logique de progrès, d’économique et en même temps de performance.
M. Emmanuel Dierckx de Casterlé, Coordonnateur Résident du PNUD à Rabat : Le MDP est un mécanisme international basé sur des activités localisées au niveau national. Cela nécessite d’avoir des référentiels qui tiennent la route. C’est sûr qu’au niveau national, on aimerait que cela se passe en toute transparence. C’est donc le caractère mondial du financement qui rend les procédures complexes. Il faudrait mettre les bouchées doubles, même si d’un autre côté il y a un manque de vision totale de certains grands pays, qui non seulement refusent de gratifier le PK, mais influencent d’autres dans ce sens.
Pour l’avenir, on est relativement optimiste. Aujourd’hui on est sous la menace d’événements qu’on contrôle de moins en moins. Un exemple édifiant: les 3 dernières années les plus chaudes de toute l’histoire de l’humanité, ont été vécues durant le dernier quinquennat. Si rien n’est fait, on va vers un réchauffement plus accentué de la planète et les cataclysmes de plus en plus médiatisés se répéteront. A un moment donné, les réticents devront se réveiller.
Au niveau national, la réaction du secteur financier nous permet d’avoir confiance, la salle est comble, la participation est bonne et l’intéressement est satisfaisant. Il existe un réel engouement.
M. Ahmed Bouhaouli, Secrétaire Général, du SEE : Dans ce même ordre d’idées, nous avons déjà une expérience avec le Fonds de Dépollution Industrielle (FODEP) qui est à sa 2ème ligne de financement des PME-PMI. Le secteur financier a évolué parallèlement à cela. Initialement, le FODEP fonctionnait entièrement ainsi: en dotant les banques de crédits qu’elles rétrocédaient aux entreprises et en accordant des dons pour ces projets. Maintenant, avec la nouvelle ligne, les banques ont pris sur elles-mêmes de financer sur leurs propres fonds, toute la partie prêts accordés aux PME sur la dépollution. Ceci témoigne de l’intérêt des banques marocaines pour le financement des entreprises dans le domaine de l’Environnement.
Propos recueillis par
Daouda MBaye