Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Economie
La BEI veut «booster» le financement du Privé Investissement

Auteur :
Publier le : January 22, 2004

Malgré l’existence de plusieurs fonds de garantie, d’investissement, et de lignes de crédit, l’accès aux financements reste difficile pour les PME, le sera-t-il pour longtemps encore? Avec des propos, tels que: «un seul fonds d’amorçage», «ressources à long terme trop faibles», «inadéquation de l’offre financière», «on ne prête qu’aux riches, qui sont les prétendus grandes entreprises», ..., mais aussi, «espoir», «développement du capital-risque», co-responsabilité Maroc-UE et public-privé», «plus de prise de risque pour financer les ressources à plus long terme»,..., qui sont revenus sans cesse, lors de la conférence, organisée le 16 janvier par la BEI en coopération avec la Confédération Marocaine des Entreprises du Maroc (CGEM), on peut en douter. Le soutien décliné, de manière on ne peut plus limpide, de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), donne l’espoir que dans un avenir proche, les fonds seront beaucoup plus utilisés par les PME. En effet, il est ressorti de cette rencontre placée sous le thème: «le développement de l’entreprise, dimension essentielle de l’économie marocaine», que les fonds seront mieux adaptés aux besoins de l’entreprise, plus utilisés, notamment avec une prise de risque plus accentuée (à déterminer) des banques sur les prêts à long terme, jumelée à l’application de techniques nouvelles au Maroc (quasi-fonds propres, dette subordonnée...), et surtout, seront plus conséquentes (2 milliards d’euros par an sur l’ensemble des pays partenaires méditerranéens- PPM). M. Philippe de Fontaine Vive, Vice-Président, a tout simplement déclaré, faisant aussi allusion à la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (BERD) et à la Banque Africaine de Développement (BAD), qui ont été les invités de marque, que : «Nous sommes des institutions à votre disposition.» On peut le croire, dans la mesure où déjà lors du Conseil européen des 12 et 13 décembre 2003, il a été décidé de renforcer la Facilité Euro-Méditerranéenne d’Investissement et de Partenariat (FEMIP, créée récemment le 18 octobre 2002 à Barcelone), et les différents intervenants, qu’ils soient du Public ou du Privé ont abondé dans ce sens.
M. Abderrazak El Mossadeq, ministre délégué chargé des Affaires Économiques et Générales et de la Mise A Niveau de l’Économie, a félicité la BEI pour le choix du thème, qui, dit-il, cadre parfaitement avec l’orientation du pays, qui a, très tôt, axé son développement sur le libéralisme. Après avoir fait un bref rappel historique du développement du secteur privé national, et des réformes entreprises dans le domaine financier, et ce dès le début des années 70, il a annoncé l’adoption prochaine de textes relatifs au marché des capitaux, au système bancaire et à Bank Al Maghrib (BAM, l’institut d’émission national), car du chemin reste à faire et l’accès aux financements est encore difficile pour les PME. Il a enfin souhaité que la transformation de la FEMIP en une  banque Euro-Méditerranéenne et l’accroissement du soutien de la BAD au Maroc ainsi que l’ouverture d’un guichet spécialisé au secteur privé. Ensuite M. El Mossadeq, qui a énuméré tout un arsenal de mesures gouvernementales en faveur de l’économie marocaine, a souhaité un appui important de l’Union Européenne, à l’image de l’exemple espagnol. Un cadre macro-économique sain, une administration compétitive, une concertation permanente et dynamique entre décideurs, ainsi que le développement formidable du privé n’ont pas été occultés. Il a, en quelque sorte, avancé que le Maroc satisfait aux conditions essentielles du droit à la propriété, à la sécurité de la propriété, mais à bien d’autres encore devant rassurer tout investisseur à s’implanter.

Nationaliser les instruments 

Il faut noter que la BEI et le Maroc ont une histoire commune depuis très longtemps. Seulement, elle n’intervenait que dans le secteur public pour la réalisation de projets d’infrastructures lourdes, a noté M. de Fontaine Vive, Vice-Président de la BEI. Actuellement, il s’agit d’aller au-delà, le volume des apports de moyens financiers dans la région atteindra 2 milliards d’euros. Après une première année très positive de la FEMIP, le VP de la BEI a précisé que l’élément novateur dans les actions de la BEI au Maroc est une plus grande implication pour le développement du secteur privé afin d’insuffler un sursaut de croissance à l’économie. Une bonne nouvelle, la cerise sur le gâteau, dira, sans ambages, M. Hassan Chami, Président de la CGEM. De son avis, il faut lever les freins pour permettre aux PME d’accéder aux financements avec des taux d’intérêts plus intéressants et adapter les financements à leurs besoins. Beaucoup d’espoir peut être fondé sur le FEMIP, qui est une véritable valeur ajoutée, selon M. Fathallah Oualalou, ministre des Finances. Ce dernier s’est félicité de la présence de trois grandes institutions financières internationales, et espère que la rencontre sera mise à profit par le privé et le public afin de créer les meilleures conditions de financement de la PME, souvent mal informée de l’existence des fonds, et autres lignes de crédit existants. Avec la MAN, le Maroc va passer à la phase opérationnelle et dépasser le débat, a-t-il enfin soutenu. Pour être plus pratique, M. Sean Doyle, Ambassadeur, Chef de la Délégation de la Commission Européenne au Maroc, a mentionné que les réformes doivent se faire et que les instruments de financements doivent se marocaniser. Ce qui, en d’autres termes, signifie que les cartes sont entre les mains du Maroc.
Les outils bancaires et financiers à la disposition des PME, qui ont été énoncés par les différents exposants, amèneront sans conteste ces dernières à mieux les utiliser. M. Alain Sève, Directeur Associé BEI, les a énumérés:  les prêts à long terme (privé et public), les lignes de crédits à LT (PME), le capital-risque (entreprises), financements divers et fonds de soutien FEMIP. Comme disait l’autre, les gros oeuvres des réformes sont réalisées, il reste à les peaufiner, d’autant plus que 2004 a été baptisée, année de la mise en oeuvre des réformes, par M. Zouhair Chorfi, Directeur du Trésor. Toutefois, bien qu’admettant que les problèmes de la PME demeurent, et la faiblesse des ressources à long terme, il a martelé que la réforme fait partie d’un tout et qu’on doit se garder de surcharger le secteur.

D. MB.


Trois questions à M. Jean Lemierre, Président de la BERD

La Nouvelle Tribune: Malgré d’énormes liquidités sur le marché, le financement de l’économie réelle se pose. Que faire, à l’image de vos expériences avec les pays de l’Europe de l’Est, pour y remédier?
M. Jean Lemierre :
Le Maroc réalise un très beau parcours de modernisation, et de succès économique. Aujourd’hui, on est dans une situation de grande stabilité macro-économique sociale, politique, et beaucoup de visibilité. Toutes ces conditions essentielles sont tout à fait réunies depuis bien longtemps au Maroc. Maintenant, il s’agit de savoir comment aller un peu plus en avant, pour asseoir un regain d’activité (créer de nouveaux emplois) et répondre à la concurrence internationale. Il y a clairement une orientation plus importante à donner au secteur privé, qui est composé d’un bon tissu actif comprenant à la fois des entreprises multinationales, et nationales. La question centrale reste le financement de l’économie réelle. Pourtant, on constate que le système financier marocain est assez liquide. On peut certainement  mobiliser les fonds au profit des entreprises.

De quelle manière?
Cela passe par un ensemble de considérations dont celles relatives au le système bancaire qui est de bonne qualité, doté d’une bonne supervision, d’une bonne réglementation et d’un bon contrôle. Maintenant, il s’agit d’ausculter la capacité du système bancaire à prendre plus de risque, c’est-à-dire financer à plus long terme, avec peut-être un peu moins de garanties, tout en étant prudent. Cela suppose d’abord d’avoir des banques mieux capitalisées et ensuite d’utiliser les fonds européens. Actuellement nous nous focalisons sur la question de savoir comment utiliser les mécanismes européens, de concert avec le système bancaire, pour mieux financer l’économie.

Quels sont les instruments qu’on peut mettre en place pour ce faire?
Les points d’application sont nombreux. Par exemple, beaucoup de PME souhaitent recevoir plus de capital, or il existe des techniques pour cela. Les quasi-fonds propres ou les dettes subordonnées, sont des mécanismes de financement du quasi-capital, sans avoir toujours toutes les conséquences du capital, sans en avoir aussi  toutes les vertus. Pour financer les PME à plus long terme, il faut prendre plus de risque. Les fonds européens peuvent permettre aux banques de le faire en leur prêtant à plus long terme. Il existe donc beaucoup de mécanismes qu’on peut mettre en place, qui ne sont pas très compliqués, et qui doivent transiter par les banques, car elles connaissent mieux leurs clients. Afin que la concurrence s’établisse, plusieurs banques doivent participer à ces programmes. Un autre mode de financement en dirhams par la BEI est aussi possible. Ce genre d’initiatives commence à être examiné, car l’expérience réussie dans des pays d’opération de la banque montre que ce sont des questions importantes. Aussi, il a été démontré qu’il est préférable de financer les besoins des concessionnaires de distribution d’eau ou d’électricité, en monnaie locale plutôt qu’en devises, car il y a un risque de change qui peut peser sur l’usager.
Quant à la conformité de ces techniques avec les textes réglementaires, il peut y avoir des ajustements. Ne connaissant pas assez la législation marocaine, je ne saurais trop m’avancer. Toutefois, s’il y a besoin de légiférer, ce ne sera pas très compliqué à faire.

Propos recueillis par
Daouda MBaye
        

Ils ont dit

M. Hassan Chami, Président de la CGEM:
Si des fonds ont été rapatriés, c’est parce qu’ils n’ont pas été mis à la disposition des entreprises pour qu’elles les utilisent. La grande idée qui a été évoquée ce matin, c’est qu’il faut avoir des instruments qui correspondent aux besoins des entreprises. Cela ne sert à rien d’avoir des instruments généraux qui ne soient pas applicables. Donc il faut partir des besoins des entreprises, pour mettre en place les fonds correspondants. La démarche doit être changée: d’abord s’enquérir des besoins avant de négocier les fonds.
Maintenant on est dans l’impératif de moduler les offres de financement en fonction des besoins de l’entreprise, pour une utilisation plus importante.

M. Philippe de Fontaine Vive, Vice-Président de la Banque Européenne d’Investissement :
Nous sommes prêts à soutenir tous les projets pouvant aider à l’intégration régionale, que ce soit dans les transports, l’énergie, ou l’entreprise marocaine qui peut avoir des ambitions dans l’ensemble de la zone maghrébine.
Relativement au financement de grands projets, en Égypte nous avons financé un projet important de liquéfaction de gaz. Ici au Maroc, nous avons assisté le projet de conduite de gaz qui provient d’Algérie. Dès que d’autres projets de ce type apparaîtront, nous serons à la disposition des décideurs pour les accompagner. 

M. Sylvain Dauban, Directeur du Programme d’Appui aux Institutions Marocaines de Garantie (PAIGAM):
Il est clair que les banques sont surliquides ce qui signifie qu’elles disposent de fonds pour financer l’économie. Mais est-ce suffisant? La réponse n’est pas forcément affirmative. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il existe un certain nombre de lignes de crédit qui permettent, en abondant les financements des banques, de créer des conditions d’utilisation de capitaux favorables aux entreprises. Ces fonds devraient donc être plus utilisés. Seulement il faudrait qu’ils soient connus et que la motivation des banques soit réelle. Ce qui est en train de se faire petit à petit, on constate une certaine progression dans l’utilisation. A côté de cela, il y a d’autres outils de financement de l’entreprise, notamment l’appui aux fonds de garantie. C’est d’autant plus important que l’une des pierres d’achoppement pour le financement de l’entreprise est constituée par l’absence ou le manque de garanties des PME pour acquérir des fonds. Il faut souligner que les fonds de garantie facilitent l’accès au crédit et le sécurisent. Grâce au PAIGAM, les PME peuvent obtenir 50% de garanties de leurs crédits. Ce mécanisme fonctionne très bien, et au bout d’un an, une centaine de dossiers sont en portefeuille. Après un  début timide, l’amorce est bonne et le rythme d’utilisation est aujourd’hui satisfaisant par rapport à l’utilisation de certaines lignes de crédit. 

M. Sean Doyle, Ambassadeur, Chef de la Délégation de la Commission européenne au Maroc:
A ce que je sache, il n’y a pas de décisions prises pour la création d’un bureau de représentation régionale à Casablanca. Mais il y a visiblement de fortes chances que cela se fasse, au vu des discussions de ce matin; c’est juste une question de temps. Si cela ne se fait pas tout de suite, avec l’accélération du Maroc, qui est un pays émergent, qui a de plus en plus besoin d’apports en capitaux et en investissements, cela ne devrait plus tarder. Quant à l’utilisation des fonds existants, il faut noter que certains marchent très bien. La partie difficile concerne les crédits-PME. Avec les grandes bases de la réforme du secteur financier, qui sont déjà jetées, on se dirige certainement vers plus d’accélération des utilisations de ces fonds. Il suffira de peaufiner le travail. Il est trop tôt pour déclarer victoire. Mais on peut espérer, car le ministre des Finances lui-même s’est montré très optimiste et a avancé qu’on est sur la dernière ligne droite pour trouver des solutions.



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com