Le changement intervenu, dans le dédouanement des marchandises importées, crée depuis le début de l’année des blocages au Port de Casablanca. Le manque à gagner, pour l’économie du pays, est énorme et les frais (d’emmagasinage ou de surestaries, frais sur conteneurs après 5 jours de franchise) ne cessent de s’amonceler. Bien malin celui qui arrivera à distinguer le responsable de cette situation qui perdure depuis le 2 janvier 2004. Entre la Douane, l’Office d’Exploitation des Ports (ODEP), les compagnies maritimes, les dépoteurs, les consignataires et autres transitaires, on se rejette la balle.
D’après cet agent maritime en rade, devant les bureaux de l’Administration des Douanes -c’est le cas de le dire- c’est suite au changement du système informatique, ou la base automatisée des Douanes en réseau, qui gère les transactions, anciennement connu sous le nom de «SADOC», aujourd’hui, dénommé «BADR», intervenu depuis le 2 janvier 2004, que des difficultés logistiques sont apparues pour le dépotage des marchandises importées. Il prétend qu’il n’arrive pas à faire la saisie du manifeste, ni ne peut apporter des rectificatifs sur les erreurs qui y figurent (sur la marque, le poids, l’emballage, ...). Selon l’une de nos sources, les gens n’étaient ni assez informés, ni formés afin qu’ils puissent suivre ce revirement.
Pourtant si l’on en croit Mme Laghzioui Majida, Responsable de la Programmation et de la Communication de la Douane, toute une campagne d’informations et de formation a été menée, car l’entrée en vigueur de ce système devait avoir lieu le 29 septembre 2003. Un mailing a été envoyé à temps aux opérateurs, aux associations, même jusqu’au niveau régional pour signifier les changements envisagés. Des cellules d’accueil ont été mises en place dans les directions régionales. Mieux, plusieurs réunions avec les opérateurs ont eu lieu en juin, juillet et août de l’année dernière. Nous avons constaté, en début de semaine, au niveau du Service Manifeste des Douanes à la porte III du Port de Casablanca, M. MHidra Abdallah traitait de manière fluide, d’une manière pas trop rapide certes, le dépôt physique des déclarations sommaires. Derrière lui une de ses confrères était en train de faire une formation pratique à des dépoteurs. A ce niveau, le laxisme de ces derniers est évident.
Un rodage lent
Toujours est-il que suivant une source provenant de l’association professionnelle des agents maritimes (APRAM), il y a aujourd’hui des transporteurs, des consignataires, des dépoteurs et même des compagnies maritimes qui sont vraiment défaillants, et ce, dès les premiers jours de cette année. Cet agent soutient qu’avec ses pairs, ils sont actuellement confrontés à deux sortes de problème. D’abord la date exacte d’entrée en vigueur (2 janvier 2004) n’a été communiquée qu’à 4 ou 5 jours, le week-end inclus, soit exactement le 27 décembre 2003. Par conséquent, ceux-ci rétorquent qu’ils n’ont pas eu le temps d’assimiler les procédures. Un autre membre de l’association avoue que pour saisir ses premiers manifestes, il lui a fallu au moins deux journées. Il est vrai qu’avant de prendre congé, il a affirmé que maintenant ses difficultés se sont estompées.
C’est peut-être à cause de cela que ce transitaire, qui a aussi requis l’anonymat, a avancé qu’il ne faut pas en vouloir à la Douane, qui a même un Numéro Vert pour accompagner les opérateurs. Tout au plus, a-t-il poursuivi, on peut reprocher à cette administration d’avoir pris la décision de mettre en application ce nouveau programme sans donner au moins un délai assez long (deux jours n’ont pas suffi) pour que les usagers déposent leurs déclarations par anticipation et sortent leurs marchandises comme ils l’ont déjà fait comme précédemment avec d’autres produits. De par le passé, des délais de deux semaines à un mois avaient été donnés contre seulement deux jours cette fois-ci (du lundi au mercredi exclu). Dès le mercredi, les agents de la Douane ont arrêté d’autoriser ce qu’on appelle, dans le jargon, le dépôt des déclarations par anticipation.
Toutefois, malgré toute cette tempête, le blocage n’est pas total. Nous avons appris puis constaté sur le terrain que chez certains transitaires, il n’y a aucun problème à soulever. Ceux-ci saisissent leurs manifestes et ne sont confrontés à aucun blocage.
Pour qu’il y ait déblocage total, il faut que chacun y mette du sien, note cet agent d’un transporteur de la place. Il soutient que si les intervenants, à savoir la Douane, les dépoteurs, les consignataires, et en particulier les compagnies maritimes, qui sont les premières dans les maillons de la chaîne, le souhaitent, alors l’affaire devient traitable. Il suffit d’obtenir un ordinateur personnel de configuration Pentium II ou III, de se connecter avec un temps de réponse rapide à Internet, de déposer une demande manuellement ou de façon électronique à la Douane, une fois le mot de passe obtenu, il faut former quelqu’un en deux heures et le tour est joué.
En définitive, il ressort que ce sont plusieurs raisons conjuguées, notamment des intermédiaires (agents compagnies et maritimes, consignataires, dépoteurs, transitaires, ...) qui n’ont pas su s’y prendre à temps pour s’équiper, pour se former, des changements brusques dans les traitements et l’absence de coordination déplorée entre la Douane et le Département du Terminal Conteneurs, qui sont à l’origine de ce blocage déplorable. Si on ne remédie pas à toutes ces difficultés, les donneurs d’ordre qui ne finissent pas de prendre leur mal en patience, risquent de se tourner vers d’autres destinations.
D. MB.