Une brochure de 46 pages de septembre 2003. L’édition pouvait passer inaperçue, s’il ne s’agissait pas bien sûr du travail accompli par la douane marocaine en matière de facilitations des procédures. Intitulée «Douanes : pragmatisme et efficacité d’une réforme réussie», sous la plume de Marcel Steenlandt (Douanes françaises) et Luc De Wult (consultant Banque Mondiale), cette publication vient ainsi consacrer le parcours d’une administration considérée aujourd’hui comme un exemple de progrès au Maroc. Pour comprendre, la portée de ce document, il faut placer l’Administration des douanes et des impôts indirects dans son contexte, il y a trois ou quatre ans, quand la corruption était au centre de toutes les discussions. «Maintenant quand on parle de la corruption au Maroc, la douane est citée en cinquième ou sixième position comme étant la moins touchée alors qu’auparavant l’ADII était en première ligne. En effet, ce travail contre la corruption a été réussi grâce à un combat non pas en affichant la lutte contre la corruption mais plutôt en érigeant l’efficacité comme axe de toute action. Car l’efficacité veut dire aussi la transparence, la communication, l’ouverture. Ce qui l’est aussi pour la corruption. Autrement dit, la lutte contre la corruption exige d’abord l’élaboration d’un texte clair, une ouverture en vue de discuter avec tout le monde», confie un ancien haut cadre de la douane. Il n’est pas étonnant que le livre de Marcel et de Luc De Wulf ait retracé les différentes étapes de la réforme de la douane. Des étapes qui concernent aussi bien les différentes mesures de facilitation de dédouanement des marchandises que les recettes douanières qui ont progressé ces dernières années. D’ailleurs, pour ceux qui ont suivi de près les réformes entamées, en l’espace de trois ou quatre ans, la douane marocaine est devenue une référence au niveau mondial. À cet effet, après une série d’actions qui ont été menées à son niveau, l’ADII a commencé à devenir au sein de l’Organisation mondiale de la douane puis au sein de l’Union arabe de la douane, une référence à l’intérieur de sa région. Aussi lorsque ces instances ont commencé à considérer l’action de la douane marocaine comme novatrice, elles se sont alors intéressées à ce qu’elle fait tant elle ne cesse de faire parler d’elle dans les rencontres internationales.
L’objectif était de savoir si ce que l’ADII a réellement fait au Maroc était de la propagande ou uniquement de la théorie. À partir de là, la douane marocaine a commencé à recevoir quelques stagiaires avant que la Banque mondiale, qui l’a pourtant accompagnée dans ces réformes, ait recommandé une étude pour évaluer le travail de terrain de l’ADII. Ce qui a abouti en septembre dernier à la publication de ce rapport. Cependant, fait remarquer un analyste, ce que les gens oublient souvent c’est l’approche qui a adoptée par l’ADII ayant abouti à ces résultats. Pourtant, dit-il, cette démarche peut être déclinée dans certaines administrations qui s’y prêtent bien évidemment car le principe de base est celui de l’approche participative. Pour certains responsables, cela fait contribuer tout le monde, à l’extérieur mais aussi le personnel. Ainsi, toutes les décisions sont prises en interne et exposées en externe pour pouvoir les tester, puis en parler, communiquer pour que tous les partenaires expliquent leurs positions. En même temps, cette approche permet de corriger, s’il le faut, certaines orientations qui ne cadrent pas avec l’objectif recherché. D’ailleurs, ne dit-on pas qu’il vaut mieux être figé sur un principe et d’être obnubilé par une idée. Le travail des experts de la Banque Mondiale est aussi réconfortant, pour l’ancien Directeur Général de l’ADII et un challenge pour son successeur, quand on sait que la douane marocaine a été invitée, en mars dernier à Séoul, à la conférence internationale de lutte contre la corruption, pour expliquer comment elle a gagné cette bataille. Cette administration a été également citée dans un document de Transparency international comme étant une administration ayant réussi à lutter contre la corruption. En guise de conclusion de leurs recherches sur l’ADII, Marcel Steenlandt et Luc De Wult diront, entre autres, que «les évolutions conçues progressivement et construites tout au long de ces dernières années par la douane marocaine lui ont clairement permis de devenir une douane moderne, efficace mais surtout adaptée à son environnement économique (...). Les grands objectifs que la douane marocaine s’était fixés ont été atteints : les délais de dédouanement ont été réduits de façon tellement substantielle que les mesures de facilitation comme le dédouanement à domicile n’ont pas rencontré le succès immédiat espéré, les grandes procédures indispensables du commerce sont toutes en place, le cautionnement n’est plus un handicap financier pour l’industrie de la transformation, et les conditions de passages en douane sont claires, transparentes et prévisibles...» Si l’on ajoute à ces éléments le système informatique, qui occupe une place de choix, on comprend dès lors le grand saut qualitatif accompli par l’ADII.
M.S.