La Nouvelle Tribune: Pour valoriser le capital humain au sein de l’organisation sur quoi doit-on mettre l’accent?
M. Guy Finné: Plusieurs éléments fondamentaux doivent être clarifiés. Toute la richesse matérielle provient des clients, sauf ce qui a été investi au départ. Ce qui revient à dire que sans clients l’entreprise n’a rien. Or pour être en relation avec les clients, l’aspect fondamental, c’est d’être capable de savoir qui sont les clients, notamment leurs attentes et desiderata. C’est là le point de départ de la mise à niveau. C’est à partir de là qu’on va orienter tout le process de l’entreprise, à partir de ce qu’on sait vendre et non de ce qu’on peut produire.
Pour être en contact avec le client, il faut avoir une bonne capacité relationnelle, il faut communiquer, sachant que ce ne sont pas les machines qui communiquent avec les clients, même si elles y contribuent. Dans la mesure où on a un capital humain, on va pouvoir organiser l’entreprise de façon à l’orienter vers les clients. En faisant une petite boucle, que l’argent vient des clients, qui à leur tour émanent de la capacité d’une entreprise à communiquer, on a alors besoin des hommes. La conséquence logique est qu’on a besoin d’investir dans le capital humain, peut-être plus que dans le hardware.
Cet investissement doit-il être précédé par des audits préalables?
Il faut au préalable faire un audit prospectif pour répondre aux questions: «Quels sont les gens qu’on a dans l’entreprise»? «Quelles sont les compétences disponibles»? «Quel capital humain on a»? «Comment le maintenir»? ... C’est d’autant plus plausible que bien souvent, il y a au sein de l’entreprise des compétences qui sont cachées, latentes et qui ne sont pas utilisées. Au Maroc, le nombre de jeunes qualifiés ou diplômés, ou qui sont Docteurs de la Sorbonne est important, ... donc les compétences existent. Parfois le chef d’entreprise ne se rend pas compte qu’il a les compétences qu’il faut. Un bon audit des compétences, du climat social..., ne peut être que bénéfique. Les compétences doivent être mises au service de l’entreprise, ce que sous-tend un climat social sain, bon. N’est-ce pas que les gens heureux travaillent mieux?
Que fait-on pour développer ces compétences?
Il faut se focaliser essentiellement sur la formation. Mais, il faut souligner que la formation ne passe pas forcément par les séminaires. Bien souvent le retour sur investissement de ces séminaires et très limité. Le plus important est la manière d’intégrer ce qu’on a appris dans l’entreprise. Il faut donc avoir un peu plus d’intelligence dans la formation. A l’heure actuelle, on a plus besoin de gens qui sont capables de réfléchir. Ne dit-on pas qu’il n’y a plus de cols blancs à qui on demande de réfléchir, ni de cols bleus à qui on demande d’appliquer des procédures. Dans son ouvrage la génération de l’excellence de Bob Keilly, il parle de cols d’or, des gens à qui on demande d’utiliser leurs cerveaux. Ce qui est fondamental aujourd’hui, c’est que plus personne ne touche la matière. c’est le plus grand changement dans l’histoire de l’humanité. Tout le monde traite des signaux, même en production, sauf l’artisan ou l’artiste. Les trois aspects qui dominent sont: signal, situation et solution. C’est un modèle que j’utilise depuis très longtemps.
Justement, est-ce que ce modèle utilisé ailleurs est directement transposable ici?
Non. Surtout pas. Je me bats d’ailleurs contre le terme de mise à niveau. Il n’existe pas de niveau mythique auquel il faut mettre les gens. Il est nécessaire d’adapter les processus contexte local. De plus, à l’heure actuelle les bras ne comptent plus. Est-il besoin de rappeler ici que les économies ne reposent plus sur la main- d’œuvre bon marché mais de plus en plus sur une main d’œuvre intelligente. J’en suis persuadé et ne suis pas le seul. Je pense surtout à celle-là même qui est capable de traiter des signaux, de comprendre la situation et de mettre en oeuvre les bonnes solutions. Jacques Delors disait que c’est la grande révolution économique et sociale du 20 ème siècle. Ce n’est pas parce que nous sommes sous l’ère de la mondialisation qu’on doit tous faire la même chose. Le Maroc n’est pas la France et cette dernière n’est pas la Belgique et vice-versa. Il faut que les gens soient lucides sur le contexte. Il est nécessaire qu’ils aient une bonne connaissance de ce qu’est un être humain et se demander d’abord comment ils fonctionnent eux-mêmes. Il est tout de même utile que ceux qui réfléchissent à comment changer les autres commencent par réfléchir sur comment se changer eux-mêmes. Mieux, il ne faut pas changer, il faut rester authentique et grandir.
Et en termes d’apports du consulting, ...?
Parce qu’il peut avoir un regard extérieur, le consultant peut apporter au chef d’entreprise une réflexion qu’il n’a pas le temps de concevoir. En général, il est préoccupé par l’urgence, et a le nez tellement dans le guidon, que ses priorités semblent être ailleurs.
Quelles sont les structures susceptibles d’accueillir de telles applications?
Ce modèle est applicable dans toutes les entreprises où il y a des cerveaux, or tous les hommes ont des cerveaux. Depuis 30 ans il y a une forte accumulation de connaissances sur la manière dont fonctionne un être humain. Pourtant si pour faire face à l’obsolescence des machines et l’évolution technologique, on a recours à la maintenance et au renouvellement de son parc, se soucie-t-on de la maintenance des cerveaux? D’où l’importance de savoir comment fonctionne le cerveau, ce qui n’a rien à voir avec la curiosité, mais qui est surtout du professionnalisme.
Propos recueillis par
Daouda MBaye