“Les entretiens que la mission du FMI a eus avec les autorités du pays et les différents agents économiques ont montré une nette amélioration de la confiance dans les perspectives de l’économie marocaine et une volonté d’intensifier les réformes.” Il ne s’agit pas là de congratulations ni de compliments mais d’un constat satisfaisant d’une institution au pouvoir planétaire, qui ne demande que la transparence et la bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques. Vous l’aurez bien deviné, il s’agit de propos d’experts du Fonds monétaire international (FMI) au sujet du progrès économique accompli par le Maroc entre 2001 et 2002. Cet effort, comme le soutient aisément un membre du Cabinet de M. Oualalou, est le fruit d’une volonté gouvernementale d’assainir l’économie du pays, dans la continuité et dans la transparence. Après les années du programme d’ajustement structurel (PAS), le Maroc est entré dans une phase de boom économique puisqu’il ne fait plus recours au financement du FMI pour restructurer son économie. Ce qui s’est traduit par une mobilité des ressources mais aussi par une nouvelle approche dans la gestion étatique. En effet, la croissance réelle s’est établie à 4,5 % grâce à une hausse de la productivité agricole et un dynamisme accru des secteurs non agricoles. Pour les experts du FMI, cette situation a permis d’établir l’équilibre extérieur renforcé par une augmentation du stock de réserves de change. En outre, l’inflation est restée modérée avec un taux de 2,8 % en 2002. Le déficit des finances publiques a été réduit de façon significative. Un bon point pour les autorités marocaines qui voient dans cette déclaration une satisfaction bien méritée après tant d’années de gestion rigoureuse. Un témoignage de la part des experts du FMI qui estiment que la politique monétaire et de change ainsi que l’exécution du budget ont contribué à la stabilité macro-économique. Une situation qui a été très bénéfique pour le Maroc. Selon les conférenciers cette bonne performance pour 2002 est d’autant plus notable que l’environnement international s’était dégradé et que les conditions climatiques étaient restées défavorables. Ces différents facteurs font que les perspectives pour l’année 2003 sont encourageantes puisque la croissance, d’après les estimations du FMI, pourrait atteindre 5,5 %. Toutefois, ce taux est lié aux conditions climatiques, jugées favorables en ce début d’année, et à la modération de l’inflation. D’autre part, la mission du FMI a noté un regain de confiance de la part des opérateurs économiques et qui pourrait se traduire par une augmentation de l’investissement, le tout consolidé par la détermination des autorités à poursuivre les réformes structurelles. Également, la reprise modérée attendue de la demande mondiale et le maintien à un niveau élevé des transferts des Marocains résidant à l’étranger devraient, pour sa part, permettre de consolider davantage la position extérieure. Un bon signe pour le gouvernement Jettou qui entame ainsi sa première année avec une bonne appréciation du FMI.
M.S.
Trois questions à Mohammed Dairi
Le Maroc a beaucoup d’atouts
Représentant du Maroc au sein du FMI, Mohamed Dairi est un expert connu de tous. Selon lui les efforts du Maroc en matière de gestion économique sont aujourd’hui indéniables. Le pays bénéficie d’une bonne situation politique et son environnement économique est prometteur.
La Nouvelle Tribune : À la lumière de vos constats, le Maroc remplit-il aujourd’hui les conditions pour emprunter sur le marché financier international ?
Comme tous les pays du monde, il y a d’abord une institution internationale qui apprécie la qualité de la politique économique d’un gouvernement, la situation générale de la balance des paiements, le budget et les perspectives ainsi que les risques pour le pays. Heureusement pour le Maroc, la stabilité politique et la stabilité macro-économique sont là pour conforter cette tendance. Certes, l’investissement a connu un ralentissement au niveau du secteur privé mais je dirais qu’apparemment les conditions sont remplies maintenant pour un démarrage sérieux de l’investissement. Et je pense que la qualité de la gestion macro-économique de la politique va rassurer les opérateurs internes et externes et permettra au Maroc, je l’espère, une dotation meilleure sur le marché financier international.
Entre l’appréciation 2001 et celle de 2002 des experts du FMI, qu’est-ce qui a réellement changé ?
Ce que je peux dire est que la mission a été agréablement surprise de la situation économique du Maroc. Les experts ont trouvé une situation meilleure par rapport à la situation qu’ils espéraient, il y a un mois. Cela veut dire qu’il y a eu un progrès concernant le budget, le déficit budgétaire. Les indices ont été nettement inférieurs par rapport à ce qui était prévu, une nette amélioration au niveau de la balance de paiement, l’inflation a été stabilisée et a connu un niveau très bas. En outre, les politiques structurelles reprennent, le processus d’ouverture démocratique continue. Je pense qu’il s’agit là de facteurs qui doivent permettre au pays d’avancer dans les réformes.
Pourtant, la dette intérieure s’accroît. Pensez-vous qu’il faille mettre en place une nouvelle politique pour juguler ce déficit ?
Il est vrai que la dette intérieure a effectivement augmenté mais il faut comprendre par là que c’est dû à la diminution de la dette extérieure. Résultat : la dette globale a été réduite cette année par rapport à l’année dernière en pourcentage du PIB. Cependant, il est certain que pour permettre la relance sérieuse du secteur privé, il faudrait que l’absorption des ressources internes par l’État puisse diminuer par une réduction du déficit pour éviter qu’il y ait une accélération de la dette intérieure.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé