Quand le bâtiment va tout va ! C’est ce que l’on admet communément dans le milieu des affaires. C’est aussi, sans doute, ce qui donne toute son ampleur et une si grande dimension au Salon international du BTP qui, d’année en année, ne cesse de prendre de l’envergure, pour devenir un salon à part entière. D’ailleurs, la coupole de l’Office d’Exposition de foires de Casablanca s’est avérée trop exiguë, et la manifestation a dû se tenir au Centre des Expositions de l’Office des Changes, plus spacieux, quoique encore réduit aux yeux des professionnels. Cette fois-ci, les constructeurs d’engins de terrassement et de gros oeuvres n’ont pas seulement occupé des stands de figuration. Jugez-vous mêmes, les niveleuses, les pelles mécaniques sur pneus, les chargeuses compacts rigides, les chargeuses-pelleteuses, les chargeuses à bras télescopiques, les minipelles hydrauliques, les centrales à béton, les pompes remorqueuses, les excavateurs sur chenilles, les rouleaux vibrants, les brises-roches, les concasseurs de pierres... de plusieurs constructeurs, étaient bien présentés dans le second hall. Ces sociétés, qui sont aussi bien nationales qu’étrangères, louent ou vendent ce matériel aux maîtres d’ouvrages. Si certaines tels que Fenie Brossette, les Établissements El Rhazi, la Société Mabelcôte... du côté national sont bien souvent représentées, il n’en est pas de même pour ces entreprises étrangères qui ont foulé le sol marocain pour la première fois. M. Matos, Responsable Export de Krings International, spécialisée dans le blindage de tranchées par caissons monobloc KVL (plus léger que l’acier), avoue que c’est leur première participation. Ayant déjà eu des références sur le marché national (Hydrochallenge, sur la route de Tétouan à la sortie de Tanger), cette entreprise songe même à des délocalisations futures. D’autres entreprises locales, qui offrent des accessoires du BTP, dans les domaines du verre, de la tuyauterie, des géotextiles, des sanitaires, des ronds à béton et laminés marchands, des coffrages réutilisables, des colorants... ont présenté des produits souvent révolutionnaires.
Ce n’est pas tout, car comment concevoir un salon du BTP sans parler d’équipement, de ciment, de sable, d’agglos, de parpaings, ou de bureaux d’études? A ce niveau, nous avons constaté une aspiration à fournir des produits et services moins onéreux, notamment pour réduire le coût des gros oeuvres. Global Coffrage (coffrage réutilisable), récemment créée à El Jadida , ou Technopure Bitumat (étanchéité en une seule couche), Holcim (béton prêt à l’emploi), Lafarge (faux plafond 600 x 600 beaucoup moins cher que l’Armstrong)..., vont dans le même sens. La présence remarquée de l’Agence Spéciale de Tanger-Méditerranée (TMSA, investissement total estimé à 11 milliards de Dhs) augure du réel décollage du développement du Nord, avec Tanger comme fer de lance. Les Bureaux d’études, d’ingénierie, et de conseil, qui ne cessent de faire des recherches pour l’utilisation de matériaux locaux abordables, entendent toutes donner un sacré coup de pouce à l’HBM. D’autres entreprises offrant l’accompagnement au BTP, tels que des annuaires ou journaux d’appels d’offres (Archibat, Kompass, Sodipress) ont tenu aussi à être présentes. Le Président de la Fédération des BTP, M. Benhamida, a d’ailleurs profité de la présence du ministre pour réitérer la demande de mesures dans ce sens.
La volonté du gouvernement, affichée pour éradiquer l’habitat insalubre et renforcer les infrastructures, a encore été rappelée lors du point de presse tenu en marge du salon, par les ministres du Logement et de l’Équipement. A ce titre, la fusion des organismes sous tutelle (OST) a été annoncée par le ministre du Logement et de l’Urbanisme, M. Ahmed Toufiq Hjira. Elle devait prendre effet, en principe à partir du15 décembre 2003. Elle concerne d’une part, l’Agence Nationale de Lutte contre l’Habitat Insalubre (ANHI), la société Attachourouk, et la Société Nationale d’Aménagement et de Construction (SNEC), qui sont des sociétés anonymes, et d’autre part, les sept Établissements Régionaux d’Aménagement des Constructions (ERAC). Devant se dérouler en deux temps, la nouvelle holding, qui sera baptisée Al Omrane comptera en son sein les trois OST, déjà sociétés anonymes (ANHI, Attachourouk et SNEC), ensuite, les sept ERAC, qui devront se transformés en S.A et deviendront la filiale, Al Maouil, de la holding. C’est de l’avis du ministre, la meilleure manière d’optimiser les synergies et de relever le défi contre l’habitat insalubre. En d’autres termes, c’est un sacré pied de nez aux spéculateurs qui proposent des baraques à des prix exorbitants.
Les débats sur des thèmes d’actualités et d’avenir, qui ont ponctué le salon, ont enrichi les différents opérateurs approchés.
D. MB.
Trois questions à M. Ignace Deen Camara, Directeur de Transafric Études Contrôle et Qualité
Qu’attendre en gros d’une telle manifestation?
C’est un forum qui réunit tous les acteurs du BTP. Vu que nous offrons des services d’accompagnement de ces acteurs, notre présence se justifie à plus d’un titre. En outre, par cette exposition, nous nous faisons connaître davantage, dans la mesure où la communication y est on ne peut plus directe. Compte tenu du fait que nous nous distinguons dans le domaine du management du système qualité, c’est une occasion de nouer des contacts. Il faut noter que les autorités ont introduit un nouveau système de contrôle, le plan d’assurance qualité sur les grands chantiers. Il consiste à responsabiliser l’entreprise à assurer le contrôle qualité de ses propres prestations. Cela présuppose dans l’entreprise, deux niveaux de contrôle internes et externes. Le contrôle externe est effectué par une équipe ad-hoc de l’entreprise qui vient s’assurer de l’ensemble de la conformité des matériaux et produits. Enfin, il y a un contrôle extérieur, qui est pratiqué par le maître d’ouvrage. Et manager tout ce système sur un chantier où s’exécutent différentes entreprises, avec des techniques sophistiquées et où les délais sont courts, n’est pas une mince affaire. Nous sommes spécialisés dans ce type de prestations, et parmi nos références, nous comptons de grands chantiers au niveau national.
Quelle est l’étendue de votre marché, est-il national ou d’export, où vous liez des partenariats?
Nous offrons nos services, au niveau national, mais nous envisageons de nous déployer très prochainement sur l’international, notamment en direction de l’Afrique subsaharienne. La dénomination de notre société, «Transafric Étude, contrôle et qualité», en dit déjà long sur nos ambitions. Il est clair que dans le secteur du BTP, le défi à relever, au point de vue qualité, est primordial. Lorsque l’on tient compte des taux de financements élevés, et que de surcroît le contrôle qualité ne suive pas ce serait dommageable pour les économies de ces pays. Aussi, nous avons noué des partenariats avec des entreprises étrangères, surtout canadiennes et françaises. Actuellement d’ailleurs, nous sommes en train de mener un marché conjoint avec une société canadienne. De plus, nous soumissionnons très souvent avec des sociétés françaises.
La lutte contre l’habitat insalubre, qui est présentement menée, implique une production massive d’habitat bon marché (HBM), donc d’intrants locaux moins onéreux. Faites-vous des études dans ce sens?
Bien entendu, car c’est un volet de nos activités. Dans la construction de bâtiments, tous les intrants exigent un contrôle depuis l’origine des constituants jusqu’à leur mise en place. Notre société apporte une très grande contribution du fait que déjà même le secteur informel est touché par nous, dans la mesure où celui qui construit tout seul son lot de bâtiments est tenté de le faire à moindres coûts. Et dans cette recherche de moindres coûts, il a de fortes chances d’être en face de vices cachés dans les matériaux et qu’il ne peut déceler. Nous l’aidons alors de façon qu’il puisse faire un meilleur choix et réaliser une construction qui réponde aussi aux critères de sécurité.
Propos recueillis
D.MB.