«Investir au Maroc, une opportunité pour les entrepreneurs espagnols», telle est la quintessence de la tournée de travail que vient d’effectuer, en Espagne, M. Abderrazak Mossadeq, ministre Délégué chargé des Affaires économiques et générales et de la mise à niveau de l’économie. Dans un entretien avec La Nouvelle Tribune, le ministre place ce déplacement à l’aune de la mondialisation mais aussi la politique de modernisation et de mise à niveau des entreprises marocaines que le Gouvernement a entreprise . Dans ce vaste chantier, il est urgent de chercher des partenaires pouvant participer à l’accompagnement de ces entreprises. Le voisin immédiat, dans ce cadre, l’Espagne est bien indiqué pour une telle opération de charme. Ainsi, comme le souligne M. Mossadeq, il a été surtout question de la promotion d’investissement au Maroc. Un travail titanesque puisqu’il faut avant tout convaincre l’entrepreneur espagnol de venir investir au Maroc. Naturellement cela revient à expliquer aux amis ibériques pourquoi le Maroc présente des opportunités d’investissement valables et surtout les raisons pour lesquelles le Maroc et l’Espagne doivent créer un espace commun de développement économique, de développement durable et de croissance entre les deux rives de la méditerranée. En la matière, le ministre avait plus d’une corde dans son arc car, dira-t-il devant les chefs et groupes d’entreprises espagnoles rencontrés que : «Il faut d’abord rappeler qu’il y a une stabilité politique au Maroc à toute épreuve, les élections de l’année dernière et celles de cette année l’ont démontré, sans oublier l’ouverture du Maroc.
Un fait d’ailleurs qui n’est pas nouveau puisqu’il a commencé ce programme d’ouverture depuis les années 80.» Sur un autre plan, soutient M. Mossadeq, le Maroc est membre du GATT depuis 1987 avant de voir naître sur son sol, notamment à Marroakech, l’Organisaton mondiale pour le commerce (OMC). Sur un autre tableau, notamment concernant l’Europe, «l’amabassadeur de l’Économie marocaine» a fait comprendre aux patrons espagnols que «le Maroc est lié à l’ex CEE depuis 1969 par des accords de coopération qui ont été toujours adaptés et qui ont évolué dans le bon sens jusqu’à atteindre l’accord du libre échange, lequel est entré en exécution depuis mars 2000. L’autre atout du royaume est qu’il est ouvert sur l’investissement étranger.
Des atouts indéniables
D’ailleurs, fera remarquer M. Mossadeq, il n’y a aucune différence quant à la nature du capital ou de sa nationalité car l’investisseur marocain et étranger bénéficient des mêmes conditions. Bien plus quand un opérateur investit en devises il peut rapatrier ses dividendes. Dans l’argumentation du ministre, pour convaincre les amis Espagnols de venir investir au Maroc, figure en bonne position le volet proximité géographique et culturelle. D’autres éléments sont été mis dans la balance en terme de culture d’entreprises privées dont dispose le Maroc. «Depuis son indépendance, il a opté pour l’initiative privée, pour le développement et la croissance à travers l’entreprise. De cela, nous avons pu créer des entrepreneurs aguerris qui peuvent travailler en partenariat avec l’entrepreneur étranger et nous avons toujours milité pour une croissance de l’entreprise espagnole vers le Maroc.» Au regard de tous éléments, l’Espagne devrait opter pour le Sud de la Méditerranée. Cependant, soutient le ministre, il ne s’agit pas de délocaliser mais de relocaliser pour qu’ensemble «nous puissions créer la richesse des deux côtés de la rive.» Pour cela, il y a deux aspects : d’abord celui de l’extension de l’investissement et l’extension des entreprises espagnoles sur le Maroc, l’investissement étranger au Maroc puis celui axé sur l’accompagnement des moyennes entreprises espagnoles, des PME marocaines dans leurs efforts de modernisation et de mise à niveau. Toutefois, on peut se demander si la délocasation ne serait-elle pas un frein au développement et à l’initiative des PME-PMI marocaines. A cette question, M. Mossadeq est on ne peut plus clair : «Il faut commencer par l’analyse suivante : que la croissance de l’entreprise espagnole, dans certaines limites, ne peut se développer que sur son flanc Sud de la méditerranée. Dans certains secteurs, l’entreprise espagnole, elle-même, est soumise à la mondialisation et à la compétitivité internationale. Donc rester coûte que coûte sur le sol espagnol pour faire face à cette compétitivité n’est pas évident dans certains cas. Par contre, si elle se développee sur son flanc Sud, le Maroc lui donnera des éléments de compétitivité et des coûts de facteurs lui permettant de continuer à assurer sa pérennité. L’entreprise espagnole vient pour accompagner en même temps l’entreprise marocaine dans ses efforts de modernisation. Car ensemble, elles peuvent travailler en partenariat pour assurer leur compétitivité»
Pour ce qui est de la mise à niveau, le projet de loi de Finances, qui a été adopté en Conseil de gouvernement, a introduit une série de mesures qui ont été prises par le Comité national. Et à la mi octobre, le Comité national de la mise à niveau reprendra ses travaux où il sera question d’actualiser ou de reviser les fameux groupes.
M.S.
Des progrès significatifs
Plusieurs actions en matière de modernisation des PME-PMI et du tissu économique, d’une façon générale, sont à mettre l’actif du Comité. L’une des avancées réalisées dans ce processus est la fixation des délais de paiement de l’État dans des limites raisonnables. Ainsi à partir du 1er janvier 2004, le délai de paiement est fixé à 120 jours pour les marchés supérieurs à 2 millions de Dhs et 105 jours pour les marchés n’excédant pas 1 MDH (à partir du 1er janvier 2005). Tandis qu’à commencer de janvier 2006, le délai de paiement de l’ensemble des marchés et des bons de commandes sera de 90 jours. Une révolution en soi car passés ces délais, il y aura l’application automatique des intérêts moratoires qui correspondront aux taux moyens des bons de trésor à trois mois émis sur le marché des adjudications durant le trimestre précédent. Mais, comme le souligne M. Abderrazak Mossadeq, la mise à niveau est un processus dynamique qui doit se décliner sur un plan d’action cohérent, méthodique, pédagogique mais aussi qui doit se caractériser par une démarche participative, globale et pragmatique s’inscrivant dans le temps. Une action pérenne à laquelle doivent participer tous les opérateurs et investisseurs. Dans ces conditions, si les différentes mesures ont des portées indéniables, il reste cependant l’acceptation et la volonté de tous à faire de ces mesures un moyen d’épanouissement et de développement de l’entreprise marocaine dans un contexte de mondialisation et de concurrence étrangère. Autrement dit, il faut aller plus vite dans les réformes pour une meilleure dynamique économique.